Comment Macron mène la guerre sociale


En quelques mois seulement, le gouvernement Macron est allé plus loin que 30 ans de gouvernements néo-libéraux. C’est une véritable révolution conservatrice, qui ne rencontre quasiment aucune résistance. Ces dernières semaines, Macron attaque simultanément sur trois fronts : le droit du travail, les universités, les statuts dans la fonction publique. Ces trois sujets ont, par le passé, provoqué les plus grands mouvements sociaux de l’histoire de France. Rapide retour historique.


1986

Automne1986, Jacques Chirac vient d’arriver à Matignon et tente de faire passer une loi introduisant une sélection à l’entrée de l’université. Exactement comme la Loi Vidal, portée actuellement par le gouvernement. L’enjeu est d’adapter le monde de l’éducation et de la recherche à celui, précarisé et libéralisé, de l’entreprise. En 1986, le projet de loi porté par le ministre Devaquet jette la jeunesse dans la rue : des universités sont bloquées, des manifestations réunissent des dizaines de milliers de personnes dans les rues. Le 22 novembre un appel à la grève générale dans les universités est lancé. Le lendemain, une manifestation nationale appuyée par les syndicats et partis de gauche rassemble 200 000 manifestants Le mouvement recueille un écho médiatique favorable. Au ministère de l’Intérieur, Charles Pasqua ordonne aux forces de l’ordre la plus grande fermeté. Sur fond de mobilisation et d’actions de plus en plus importantes et soutenues par les syndicats, la police tue un jeune, Malik Oussekine qui traînait aux abords d’une manifestations le 6 décembre 1986. Dans les jours qui suivent, le ministre de l’éducation démissionne, la loi est retirée, et le décès d’un jeune homme provoque un séisme politique.

1995

Automne 1995, la droite de retour au pouvoir lance, sous l’égide d’Alain Juppé, un grand plan de libéralisation de la sécurité sociale, et en particulier une attaque contre le statut de fonctionnaire et le recul de l’age de la retraite. Dès le mois d’octobre, d’importantes grèves éclatent dans l’industrie automobile. Le 10 octobre, grève massive dans la fonction publique, suivie d’une grève à la SNCF le 25 octobre. A partir de là, les cheminots seront les fers de lance du mouvement : les trains seront quasiment intégralement bloqués pendant plusieurs semaines, paralysant le pays. Les grèves montent en puissance le 30 octobre et le 14 novembres, avec plusieurs millions de personnes en arrêt de travail pour défendre la sécurité sociale. En complément, des modes d’actions radicaux émergent dans tout le pays. Début décembre, la gare routière de Nantes est incendiée. Les locaux patronaux du Mans sont saccagés. Des permanences du parti au pouvoir sont murées un peu partout. A Orly, des affrontements éclatent entre policiers et grévistes d’Air France. Dans une petite ville de Moselle, 4 000 mineurs équipés de casques, de lunettes de protection; et armés de manches de pioche, de morceaux de câbles en acier, s’affrontent avec 500 gendarmes mobiles et 200 CRS devant la direction de leur entreprise. Des grévistes de EDF coupent le courant de bâtiments administratifs et patronaux. Le 12 décembre marque le point culminant du mouvement, avec deux millions de manifestants.
Le 15 décembre, le gouvernement retire sa réforme. C’est la victoire du plus grand mouvement de grève depuis 1968 en France.

2006

Dernière année du quinquennat pour le gouvernement Chirac en fin de règne. Le premier ministre annonce la loi dite CPE – Contrat Première Embauche – qui vise à précariser massivement l’emploi chez les plus jeunes, avec une période d’essai de deux ans pour les moins de de 26 ans. Le MEDEF applaudit.

Un mouvement démarre des université dès le mois de février. En mars, plus de 80 facs, et des milliers de lycées sont bloqués. Le 10 mars, l’occupation de la Sorbonne, suivie d’une expulsion par la police, médiatise fortement la lutte. Cette mobilisation de la jeunesse s’inscrit dans la durée, avec au minimum deux manifestations par semaine dans toutes les grandes villes de France, et des action quasiment quotidiennes de blocages sur tout le territoire : gares, transports en commun, routes, rond-points, périphériques … Des dizaines d’universités sont occupées par les étudiants. En parallèle, tous les samedi, les syndicats appellent à de grandes manifestations qui réunissent de plus en plus de monde dans les rues, jusqu’à atteindre 3 millions de manifestants au début du mois d’avril. La lutte se durcit, notamment à Paris, et dans les villes de l’Ouest, avec des manifestations nocturnes et des affrontements avec la police. Le 10 avril, le gouvernement retire le CPE. C’est la dernière victoire d’une lutte sociale en France.

Quel intérêt de revenir sur ces trois mouvements sociaux victorieux en particulier ?

Tout simplement parce que Macron a mené de front trois attaques rigoureusement identiques, en quelques mois seulement. La Loi Devaquet, de 1986, est l’équivalent de la Loi Vidal qui va mettre en place la sélection à l’université. Avec la Loi Travail XXL, passée en force cet automne par ordonnances, c’est tout simplement un CPE multiplié par 10, précarisant la jeunesse, mais également tout le reste du monde du travail. Quant au Plan Juppé de 1995, il ressemble furieusement à l’attaque contre la SNCF que compte mener le gouvernement dans les jours à venir.

Est-il imaginable qu’il continue sa série d’offensives historiques sans rencontrer d’obstacle, alors que des attaques identiques, et même moins violentes, ont suscité des grèves et des manifestations gigantesques ces 30 dernières années ?

La réponse dans les prochaines semaines.

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