Kanaky : contre le colonialisme, terre de révoltes


Le 29 octobre 2016, un jeune de 23 ans, William Décoiré, est tué par un gendarme lors d’un contrôle. Une révolte éclate. Barricades et émeutes. Deux ans plus tard. l’affaire est classée sans suite par la justice, alors que le principal témoin nie la légitime défense du tireur.


Une manifestation pour une Kanaky indépendante fait face à la gendarmerie française

Cette affaire fait écho aux violences policières fréquentes que nous connaissons en France Métropolitaine. Mais elle se passe de l’autre côté du monde, dans une colonie française. La Nouvelle-Calédonie, selon le nom donné par l’Empire. La Kanaky pour les autochtones.

Cette terre est un archipel au cœur de l’Océan Pacifique, conquise par l’armée française au 19ème siècle. La France veut y fonder une colonie pénitentiaire, en faire une île prison, un bagne. Par exemple, après la Commune de Paris, des milliers de révolutionnaires sont déportés sur l’île, loin des barricades de la capitale. Parmi les exilés, la célèbre anarchiste Louise Michel, qui sympathise avec le peuple Kanak qui subit l’occupation militaire. Elle écrit à propos de son exil : «Qu’on en finisse avec la supériorité qui ne se manifeste que par la destruction !»

Au 20ème siècle, le peuple Kanak continue de tenir tête au colonialisme, alors que la France exploite les richesses minières de ses terres, notamment le nickel, dont les profits ne seront jamais redistribués aux peuples locaux.

En parallèle, l’archipel est devenu une colonie de peuplement, avec l’installation de colons européens sur plusieurs générations, les «caldoches» qui peu à peu mettent en minorité les peuples autochtones.

Les tensions montent dans les années 1980, avec l’essor du mouvement anticolonialiste Kanak. L’État français riposte avec une grande violence. Certaines manifestations sont réprimées dans le sang. Le territoire est militarisé. En avril 1988, une prise d’otages dans la grotte d’Ouvéa, menée par un groupe d’indépendantistes, se solde par une intervention militaire faisant vingt et un morts en pleine élection présidentielle. Pour beaucoup, il s’agit d’une exécution sommaire pour terroriser durablement les Kanaks.

L’archipel sera aussi le théâtre de luttes anti-militaristes et anti-nucléaires. En 1995, des manifestations massives à Nouméa empêchent le gouvernement français de tester ses bombes nucléaires en Nouvelle-Calédonie. D’autres révoltes ont lieu ces dernières années, contre la vie chère – tout est beaucoup plus onéreux qu’en France métropolitaine alors que la population est plus pauvre – ou à propos du prix des déplacements.

Ce dimanche 4 novembre, un premier référendum pour ou contre l’indépendance – sur trois consultations prévues – est organisé sur l’archipel. Malgré une intense campagne des indépendantistes, le «non» l’emporte avec 56% des voix, un score à rapprocher du fait que les Kanaks soient désormais minoritaires sur leurs terres. Le score de 44% de votes en faveur de l’indépendance est donc considérable, d’autant que l’archipel est très clivé, avec un fort vote anti-indépendance au sud, où se concentrent les richesses , et un «oui» massif au nord et dans les petites îles, plus pauvres.

Ce référendum permet de rappeler que la France reste une puissance coloniale, qui exploite encore des terres dans le Pacifique et les Caraïbes, conquise et gardées depuis des décennies par la violence. Les révoltes contre les injustices continuent d’y couver et ne doivent pas être oubliées.

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