5 février : retour à la normale ?


Ces deux derniers mois il s’est passé des choses incroyables. Un mouvement spontané aux formes inédites. Des manifestants qui bloquent des ronds points et déferlent sur les Champs Élysées. Des foules qui tiennent les rues pendant des heures. Des barricades, des fêtes, des feux. Mais aussi des rendez-vous hebdomadaires qui finissent par devenir des rituels, et une répression féroce qui épuise le mouvement.


Le 5 février était donc attendu comme une nouvelle étape. Un moment de convergence, de dépassement, d’unité. Un appel des syndicats à la « grève générale », qui devait rencontrer la détermination des Gilets Jaunes, pour offrir une énergie nouvelle aux luttes en cours. La journée aura d’avantage sonné comme un retour à la normale.

À Nantes, le mardi 5 février commence pourtant de façon enthousiasmante, avec le blocage de la zone aéroportuaire par une centaine de syndicalistes et de Gilets jaunes, et une nouvelle mobilisation à l’université. À 13 heures, des centaines de personnes se retrouvent devant la Cité des Congrès. Un point de rendez-vous original mais dangereux : plusieurs personnes sont arrêtées en tentant de rejoindre la manifestation, sans grande réaction.

Après les traditionnels discours syndicaux, le cortège s’élance. Plus de 5000 personnes dans les rues, beaucoup de drapeaux de syndicats et de partis, et à l’avant, un cortège de tête hétérogène composé de Gilets Jaunes, d’étudiants étrangers et de jeunes souvent masqués. Une banderole proclame : «Les casseurs sont en costard». Car au même moment, les députés votent la loi «anti-casseurs» pour briser le droit de manifester.

Même s’il y a du monde, le défilé semble tomber dans des habitudes que l’on pensait dépassées. Le parcours évite soigneusement de passer trop près des lieux de pouvoir et de là où vit la classe dominante. Au contraire, les syndicats ont négocié un trajet particulièrement court, sur deux grands axes vides, autorisés par la préfecture, et balisés par la police. Alors que les Gilets Jaunes, par leur spontanéité, avaient inventé des formes de manifestations dynamiques et improbables, tout est sous contrôle ce mardi après-midi. Rien ne déborde. Après seulement 45 minutes de marche à pas lents, les syndicats annoncent la «dispersion» devant le miroir d’eau. Le même scénario, un défilé très court et une dispersion rapide, s’est répété dans la plupart des villes.

Les camions s’arrêtent, la banderole syndicale stoppe une partie du cortège, comme pour offrir les premiers rangs de la manifestation sur un plateau aux CRS et à un groupe inquiétant et massif de la BAC qui attend devant. Beaucoup, y compris dans les rangs syndicaux, s’interrogent sur un parcours aussi court, loin de correspondre aux appels enthousiastes des jours précédents. Dans la foule, les plus jeunes, surpris, interrogent des syndiqués : «vous ne continuez pas avec nous ?», alors que les plus aguerris et fatalistes répondent : «il n’y a rien à attendre».

L’avant du cortège repart dans le sens inverse, pour entamer un deuxième tour. Beaucoup moins nombreux mais plus dynamique. Quelques tags fleurissent, et un début d’affrontement a lieu rue Paul Bellamy. Mais les menaces de la BAC, la diminution du cortège et une forme de déception ont raison des derniers manifestants, qui subissent une charge à la croisée des trams. La manifestation aura duré au total moins d’une heure et demie dans un calme presque total, alors que les défilés du samedi ne s’arrêtent jamais avant la nuit. Et le calme n’aura pas empêché plusieurs arrestations, et des violences policières.

Oui, il y avait du monde dans les rues ce mardi, mais pas beaucoup plus que lors des manifestations des Gilets Jaunes. Moins, en tout cas que ne laissait espérer un appel à la grève générale attendu depuis des semaines. Et après ? La CGT appelle à une prochaine date en mars. Dans plus d’un mois.

C’est vrai, les manifestions du samedi ne sont peut être pas le meilleur moyen de faire vaciller le gouvernement. Mais ces «journées d’action» inoffensives et espacées de plusieurs semaines entre elles ne peuvent mener qu’à l’échec et à l’impuissance générale.

Alors à nous d’écrire collectivement la suite de l’histoire, d’inventer de nouvelles formes qui permettent de faire progresser, et gagner les révoltes en cours.

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