9 février, acte 13 : l’insurrection qui tient


2000 manifestants à Nantes, des barricades à la Roche-sur-Yon


Cela fait déjà 13 semaines qu’inlassablement, quelles que soient les conditions météo, malgré la répression et les campagnes médiatiques hostiles, des dizaines de milliers de personnes prennent les rues chaque samedi. Contre l’injustice sociale, contre le mépris des puissants, contre Macron et le monde qu’il incarne. Localement, les deux places fortes de l’Acte 13 se trouvaient à Nantes et à La Roche-sur-Yon.

À Nantes, le cortège met du temps à démarrer en début d’après-midi. La foule semble moins nombreuse, moins dynamique. Difficile de dire si cette lassitude vient de l’appel régional à se déplacer en Vendée ou à la succession de manifestations très sévèrement réprimées. Il faut dire que Nantes est le théâtre d’expérimentations répressives depuis des années. Malgré tout, peu à peu, la manifestation de quelques centaines de personnes va gonfler dans les rues, au point d’atteindre 2000 participants au plus fort. Mais le dispositif policier laisse peu de place à l’improvisation, et dès le Cours Saint-Pierre, les premières grenades sont tirées. Une tentative de monter vers la rue du Calvaire est à nouveau repoussée par des salves de gaz. Après un premier tour sur les grands axes, sous escorte rapprochée, le cortège se dirige à nouveau vers la Préfecture où une souricière est organisée par les forces de l’ordre, très nombreuses. Fait inédit et assez inquiétant, il suffit que la gendarmerie lance des sommations pour que les premiers rangs se mettent à refluer. La cohésion et la confiance des manifestants semble faire défaut, face à la disproportion des forces en présence.

Mais l’après-midi n’est pas finie. Des affrontements ont lieu sur le Cours des 50 Otages. Les rares vitrines de banques encore intactes sont esquintées. Beaucoup de tags fleurissent sur les murs. Et comme souvent sur cette avenue, la police s’adonne à son sport favori : le stand de tir. Des dizaines et des dizaines de grenades pleuvent sur le cours, y compris dans les cafés et sur les toits des immeubles. Le sol est jonché de munitions. Des poubelles sont enflammées. Une partie du cortège parvient à monter vers les rues commerçantes, alors qu’une autre, de quelques centaines de personnes, arrive à se faufiler jusqu’à la Place Graslin. Les charges de la BAC, épaulées par des groupes paramilitaires de la BRI, habillés en ninja, sont très violentes. Des explosions, des coups et des blessés pour voler une simple banderole.

Lors d’une charge, une cartouche bleue, de type chevrotine, est retrouvée au sol sur le Cours des 50 Otages Elle a malheureusement été remise à la police par un manifestant sans avoir pu être expertisée. Nous sommes intéressés par tout témoignage ou photo pouvant documenter cette découverte inquiétante.

La composition de la foule évolue, il y a de plus en plus de très jeunes venus des quartiers, qui sont les cibles privilégiées de la police. Après une longue période de flottement, une nouvelle banderole apparaît, et remet en mouvement un petit cortège dans les rues de Bouffay, avec une beaucoup plus grande d’énergie qu’en début d’après-midi. Les slogans anticapitalistes résonnent dans les ruelles. Mais c’est la chasse à l’homme, et à nouveau, la banderole est volée, et plusieurs manifestants arrêtés. Une jeune femme crie ses droits à un manifestant interpellé. Un policier lui répond «viens sucer ma queue salope !», puis sort sa matraque et la menace. Les rues retrouvent leur calme. Encore une fois, la manifestation aura duré des heures, jusqu’à la nuit, mais sans parvenir à mettre en échec les pièges posés par la répression, faute de solidarité et de détermination collective.

Au même moment, les rues de La Roche-sur-Yon connaissent une mobilisation inédite. Pendant toute la semaine, la presse et les élus locaux ont mené une campagne basée sur la peur et la dissuasion. Cela n’a pas marché, car 2000 personnes de tout l’Ouest marchent dans la ville vendéenne fondée par Napoléon. Après une première partie plutôt calme, les rues se couvrent de barricades et se remplissent de lacrymogène. Des manifestants font fuir plusieurs fois les voitures de la BAC. Plusieurs symboles du capitalisme sont ciblés : des banques ont leurs vitres brisées. Les rues de la Roche n’ont probablement pas connu de telles scènes depuis très longtemps. Un tag sur un mur : «gravé dans La Roche».

Ce samedi 9 février confirme encore une fois que le mouvement est profondément enraciné. Qu’il refuse, semaine après semaine de se laisser bâillonner. Mais il manque encore l’étincelle et l’intelligence collective de dépasser les affrontements rituels, et leur scénario écrit d’avance par le gouvernement.

Soyons l’étincelle !


Photos : pêle-mêle Nantes et La Roche-sur-Yon

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