💥HOMMAGE AUX HÉROS ET HÉROÏNES DE LA COMMUNE DEVANT LE SACRÉ-CŒUR

Par MFC 1871

« Il y a 150 ans jour pour jour commençait la Commune de Paris 1871, l’occasion de revenir sur cet Ă©pisode occultĂ© de l’histoire de la capitale et mĂ©connu du grand public, pour qu’enfin elle retrouve toute la place qui lui est due dans l’imaginaire collectif ! 72 jours oĂą l’esprit rĂ©volutionnaire parisien illumina une nouvelle fois la marche de l’histoire. Femmes, hommes, et partisans de nombreuses nationalitĂ©s participèrent activement Ă  ce soulèvement populaire alors porteur de grands espoirs pour imaginer une sociĂ©tĂ© plus juste et plus Ă©galitaire. Les habitant-es de Paris ont mis en oeuvre des mesures de transformation sociale et politique : tentative de mettre en place un nouveau gouvernement, rĂ©quisition des logements vides, suspension des loyers et annulation des dettes locatives, interdiction du travail de nuit, rĂ©quisition des moyens de production abandonnĂ©s par les patrons, Ă©cole libre – gratuite et laĂŻque, rĂ©organisation du travail, Ă©galitĂ© salariale hommes-femmes, reconnaissance de l’union libre, sĂ©paration des Ă©glises et de l’Etat… La mesure la plus radicale de la Commune fut la destruction de l’État bourgeois

.Ă€ la fin des annĂ©es 1860, Paris gronde et pour dĂ©tourner la colère sociale, NapolĂ©on III cible un ennemi extĂ©rieur la Prusse (les États allemands coalisĂ©s). Il dĂ©clare la guerre le 19 juillet 1870 mais le conflit vire au fiasco et en septembre 1870, la capitale est encerclĂ©e. L’Empire s’effondre et la RĂ©publique est proclamĂ©e, un gouvernement provisoire est instituĂ© suite Ă  la capitulation de la France face Ă  la Prusse. Les parisiens se sentent trahis et dans ce climat de tension, Adolphe Thiers (chef du gouvernement provisoire) se mĂ©fie plus que jamais de la population parisienne c’est la raison pour laquelle il ordonne, dans la nuit du 17 au 18 mars 1871, de dĂ©sarmer Paris en reprenant les canons mais le peuple ne l’entend pas de cette oreille! Pour la bourgeoisie de l’époque il est hors de question de laisser aux classes laborieuses les moyens de se dĂ©fendre. Les canons Ă©tant entreposĂ©s sur les hauteurs de MĂ©nilmontant, Belleville, Buttes Chaumonts et d’autres lieux – le plus grand nombre (171) ont Ă©tĂ© rĂ©unis sur la butte Montmartre. Ils avaient Ă©tĂ© payĂ©s par les parisien(ne)s grâce Ă  des souscriptions populaires pendant la guerre et le siège des Prussiens, les plus pauvres s’étant comme toujours particulièrement sacrifiĂ©s. Cette artillerie Ă©tait alors sous le commandement de la Garde nationale une force armĂ©e locale composĂ©e essentiellement de parisiens, organisĂ©e en quartier et Ă©lisant ces officiers. Les gardes nationaux avaient regroupĂ© sur la butte ses 171 canons pour les soustraire Ă  l’envahisseur prussien et dĂ©fendre Paris : un prĂ©cieux armement que les parisien(ne)s n’entendaient se voir confisquer ni par l’ennemi, ni par le gouvernement. Le mot « Commune » est alors revendiquĂ© par des Parisien(ne)s qui demandent au peuple de rĂ©sister contre les Prussiens alors que le gouvernement en place refuse, de peur que ça ne se retourne ensuite contre les classes dominantes.

Au petit matin du 18 mars 1871 c’est Ă  Montmartre que la Commune se dĂ©clenche. Les quartiers populaires de Paris se soulèvent et les parisien(ne)s empĂŞchent les soldats envoyĂ©s par Adolphe Thiers de rĂ©cupĂ©rer des canons, financĂ©s par la population elle mĂŞme en vue de la dĂ©fense de leur ville. Les soldats sont stoppĂ©s par la foule pacifique et les deux groupes fraternisent. De nouveaux ordres tombent, l’armĂ©e doit tirer sur la foule pour se faire obĂ©ir. Les soldats n’obĂ©issent pas et les Parisiens s’en prennent Ă  deux gĂ©nĂ©raux, qui sont emprisonnĂ©s et fusillĂ©s Ă  Montmartre. Plusieurs quartiers se rĂ©voltent, le comitĂ© central s’installe Ă  l’HĂ´tel de ville Ă  la nuit tombĂ©e et le drapeau rouge flotte sur le bâtiment conquis sans la moindre effusion de violence : c’est le dĂ©but de la Commune qui durera du 18 mars 1871 jusqu’Ă  la Semaine sanglante Ă  la fin du mois de mai 1871, l’évènement qui aurait pu ĂŞtre anecdotique se transforme en rĂ©volution qui durera deux mois et marquera l’Histoire, en 24 heures le gouvernement et son armĂ©e se replient sur Versailles et abandonnent la capitale Ă  ceux qu’ils baptiseront Communards.

Le SacrĂ©-Coeur sera construit quelques annĂ©es plus tard sur ce haut-lieu de la Commune de Paris qu’était la butte Montmartre, prenant le sens d’une revanche Ă  la fois clĂ©ricale et antisociale, il sacralise une haine de classe. En effet, c’est dans le nord de la ville – Ă  Belleville, MĂ©nilmontant et Montmartre notamment – qu’a eu lieu, le 18 mars 1871, le gros de la bataille marquant le dĂ©but de la Commune. C’est depuis l’emplacement actuel du SacrĂ©-CĹ“ur que les troupes d’Adolphe Thiers ont tentĂ© de faire descendre les canons et armes confisquĂ©s aux insurgĂ©s en ce jour de mars 1871. La Commune de Paris, administration municipale autonome du gouvernement français, naĂ®tra de cet Ă©pisode. Elle deviendra de fait une rĂ©volution ouvrière et populaire, qui, pour la première fois dans l’histoire, posera les bases d’un pouvoir prolĂ©tarien. Cette dernière sera violemment rĂ©primĂ©e lors de la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871 ; Montmartre sera, une nouvelle fois, le théâtre de quelques-unes des actions les plus violentes de cette rĂ©pression. 150 ans nous sĂ©parent de la Commune et elle reprĂ©sente toujours l’Ă©pisode rĂ©volutionnaire le plus honni de la bourgeoisie française, puisque c’est son pouvoir, son État, ses intĂ©rĂŞts de classe qui y furent compromis par une « masse » populaire consciente.

Aujourd’hui dans un Paris gentrifiĂ© des artistes et associations subventionnĂ©s par la mairie (malgrĂ© les gĂ©missements de la droite parisienne-versaillaise) commĂ©morent en mettant en avant « l’esprit festif du dĂ©but de la Commune », se contentant de rĂ©surgences mĂ©morielles d’un moment, tout en se dissociant des violences qu’il ne faudrait pas glorifier et donc de fait la dĂ©naturent de son caractère rĂ©volutionnaire alors que la IIIe RĂ©publique française est nĂ©e sur les cadavres de la Commune de Paris. L’histoire officielle ne veut pas surtout pas s’encombrer de ces dizaines de milliers d’hommes et de femmes, massacrĂ©s et dĂ©portĂ©s en masse pour leurs idĂ©es. La commĂ©moration de la Commune de Paris est un combat politique et cet anniversaire se doit d’impulser une rĂ©flexion sur l’actualitĂ© des thèmes dĂ©veloppĂ©s sous la Commune, et sur le devenir de notre sociĂ©tĂ©, oĂą les espaces de libertĂ© se rĂ©duisent sensiblement dans un contexte mondial de pandĂ©mie et de crise sanitaire, Ă©conomique, sociale, politique d’ampleur inĂ©dite mais qui favorise aussi des prises de conscience sur la nature et le sens du système capitaliste quelles qu’en soient les formes dans lesquelles nous y vivons oĂą que ce soit dans le monde. Ne laissons pas la mĂ©moire de la Commune aux boutiquiers branchĂ©s qui s’en approprient l’identitĂ© pour poursuivre la gentrification de la capitale ni aux traitres rĂ©formistes et autres rĂ©publicains de gauche qui ne sont plus Ă  une rĂ©cupĂ©ration près pas plus que que de se satisfaire d’une commĂ©moration culturo-universitaire. Ne dĂ©politisons pas l’histoire dĂ©filons avec nos envies, nos slogans pour les insurgĂ©-es d’hier et d’aujourd’hui.

QUE VIVE LA COMMUNE! »