Victime de coups de Taser, un jeune de 21 ans est envoyé en prison avec un faux PV policier


Encore un jeune victime de violence policière et incarcéré sur la base de mensonges policiers – des vidéos de témoins font toute la lumière sur cette sombre affaire


Le 20 mars dernier, Ahmed fête tranquillement l’anniversaire d’un ami de son quartier avec d’autres habitant.e.s, juste en bas de l’immeuble. Vers 1h du matin, 4 policiers déboulent, et en quelques minutes, Ahmed reçoit deux coups de Taser qui le clouent au sol. Un autre homme, Saïd, subit la même chose. La police fait usage de grenades lacrymogènes sur le reste des participant.es et frappe Ahmed au visage à plusieurs reprises.

Par la suite, comme d’habitude, la police justifiera ses actes en affirmant qu’Ahmed était “menaçant” et qu’il essayait de porter des coups au policier, tout comme Saïd. Ils soutiennent également que les 4 policiers ont essuyé des jets de projectiles, qu’ils étaient en situation de danger, et donc que l’usage des armes et des lacrymogène était parfaitement légitime. Une impression de déjà vu, où la scène décrite est rocambolesque, et dans laquelle ils sont des héros qui ont fait leur travail au péril de leur vie (comme c’est très fréquent dans les quartiers populaires!). Impossible à démentir, les témoignages des habitant.es n’ayant aucune valeur face à la police…. Sauf que : quelqu’un a filmé la scène et les images montrent une réalité tout à fait différente.

La vérité est très simple : personne n’a menacé les agents de police. Aucun jet de projectile n’a eu lieu. Ce sont au contraire les policiers qui ont provoqué les jeunes. Qui leur ont infligé des coups de Taser sans qu’ils aient montré la moindre agressivité. Qui ont frappé Ahmed au visage alors qu’il ne pouvait de toute façon plus bouger.

Après cette scène de violence abjecte, les policiers vont rédiger un faux PV pour se dédouaner, et porter plainte contre Ahmed pour outrage et rébellion. Le 22 mars, le jeune blessé passe en comparution
immédiate, demande un délai pour préparer sa défense… et est incarcéré en attendant son audience ! Pour des chefs d’accusation aussi bénins que «outrage et rébellion» et alors qu’il a été blessé, à la fois par le Taser et par des coups au visage !

Au procès, les vidéos présentées à l’audience font heureusement tomber la version policière. L’histoire des policiers est fausse. Le PV est un tissu de mensonge. Des faits qui rappellent l’affaire des faux aveux de Saint-Nazaire, une pratique très répandue dans la police mais difficilement démontrable. Ahmed a depuis porté plainte pour «violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique» et «faux en écriture publique».

Cette sombre affaire est l’exemple parfait de la façon dont se passent les violences policières : les agents mobilisés commettent des violences sans qu’il y ait un début de légitime défense, ils rédigent leur récit en se coordonnant, et la justice les croit sur parole. Que vaut la parole d’un jeune des quartiers populaires, surtout s’il est racisé, face à la police ? Rien.

Il a fallu que des vidéos soient prises pour qu’Ahmed ne passe pas plusieurs mois en prison. Ces mêmes vidéos que l’État policier cherche à tout prix à éviter par des lois comme la loi «séparatismes» et la loi de sécurité globale. Mais au-delà du mensonge flagrant qui envoie un jeune homme en prison, l’utilisation du Taser est extrêmement choquante. Le Taser est une arme qui envoie des décharges électriques. Quelle personne faut-il être pour s’en servir ainsi gratuitement ?

Depuis son introduction aux Etats-Unis, plus de 1000 personnes sont mortes après avoir été tasées. Amnesty International s’est déjà inquiété de son usage, aux USA notamment, il y a plus de 10 ans en affirmant la dangerosité de l’arme. Enfin, le Comité contre la Torture de l’ONU, dans son rapport de 2007 (page 33), déclare que l’usage du Taser constitue «une forme de torture».

En France, le ministère de l’intérieur veut étendre l’utilisation du Taser dans la police et la gendarmerie…pour remplacer la technique de la clef d’étranglement qui doit être interdite !! Il est remarquable qu’à chaque fois qu’une arme ou une technique policière est révélée dangereuse ou interdite, elle est remplacée par une autre tout aussi dangereuse. On se souvient, par exemple, de la grenade offensive OF-F1 qui a tué Rémi Fraisse et qui a ensuite été interdite, remplacée par la GLIF4, qui a arraché des mains, et qui a donc été interdite, pour être remplacée par la GM2L, qui fera des dégâts tout aussi importants dans les prochaines mobilisations.

Si la police se sent impunie au point de rédiger sans complexe des faux PV qui envoient des gens en prison, de Taser des jeunes sans le moindre début d’explication, de tirer au LBD à hauteur de tête constamment, de balancer des grenades au pifomètre dans les foules… C’est parce que devant la justice et devant les puissants, la police ne peut pas avoir tort et qu’elle obtient tout ce qu’elle demande et même plus. Le pouvoir ne tient tellement plus que par sa police qu’il lui accorde tout et même au-delà de ce qu’elle demande.

Désarmer la police, c’est donc à la fois lui retirer ses armes matérielles, mais c’est également la désarmer politiquement, lui enlever ce sentiment d’impunité qui la rend si meurtrière, en particulier avec la jeunesse des quartiers, ainsi que sa fonction de contrôle permanent de la population.


Soyons ingouvernables. Désarmons la police !


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