La fabrique de l’opinion


Un article du Point reprend un sondage annonçant que le président bénéficierait de la confiance d’un français sur deux


Emmanuel Macron aurait la côte chez près de 48% des français. Étrangeté quand on sait que depuis le début du quinquennat, lui et son gouvernement ont méthodiquement réprimé la quasi totalité des contestations sociales, saccagé le droit du travail, rogné sur les droits sociaux et dans le même temps renforcé le pouvoir des ultra-riches à l’aide de mesures massivement impopulaires. Qui peut y croire ?

Plus surprenant encore, on apprend que ce serait justement chez les sympathisants de la France Insoumise (+15%) et d’Europe Écologie Les Verts (+6%) qu’on observerait la plus forte progression du taux de confiance en Emmanuel Macron. Sympathisants dont les élus se sont fait justement violenté et molesté par la police ces derniers jours, notamment lorsque la Confédération Paysanne manifestait contre la politique agricole européenne et son modèle productiviste.

Alors que les paysans occupaient les locaux de la direction générale de Pôle Emploi et que la police employait le gaz et la matraque pour dégager les occupants, deux élus de la république étaient pris à parti par les policiers. La députée FI Bénédicte Taurine était violemment projetée au sol par les forces de l’ordre tandis que le sénateur Joël Labbé d’EELV était repoussé à grand renfort de coups de boucliers par un gendarme. Quelques jours plus tôt, les syndicats policiers d’extrême droite avaient ouvertement menacé les élus qui ne rejoindraient pas leur manifestation pour exiger les pleins pouvoirs.

Taper sur des élus de l’opposition augmenteraient la confiance chez leurs propres partisans ? Mener une politique ouvertement raciste et sécuritaire ferait monter la popularité de Macron dans ce qui reste des partis de gauche ? Quelle vaste fumisterie. Désormais les enquêtes d’opinion saturent l’espace politique et médiatique pour annoncer le duel écrit d’avance par les médias : Le Pen face à Macron, extrême droite et droite extrême.

Commandées essentiellement, par les partis, les lobbys et la Presse, ces enquêtes rythment la vie politique française. Ces sondages visent à donner un crédit «scientifique» aux arguments de toutes sortes. Pourtant les biais sont multiples, et le sondage commandé par Le Point, hebdomadaire pour cadres de droite, massivement perfusé de subventions publiques, en est l’exemple. Choix des questions et des réponses, types d’échantillons de la population testée, temporalité, etc, orientent et constituent de l’opinion.

Il s’agit pour les politiciens d’adapter leur communication sur certains sujets ou tout simplement de fabriquer, de rendre acceptable une idée, un projet politique dans l’opinion publique. Et quand les sondages sont défavorables, comme par exemple pour la casse des retraites ou la «loi de sécurité globale», massivement rejetées, les puissants jouent au contraire la carte de l’épreuve de force.

Dans tous les cas, on est dans une stratégie de manipulation, voire dans un pur exercice de communication. On vous laisse donc juger de cette basse manœuvre propagandiste d’une chaîne d’information au service des ultra-riches, volant au secours d’un président aux abois, toujours plus détesté par une large partie de la population. Comme sa police.

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