Le 19 août 1955 : grève insurrectionnelle à Nantes, les CRS tuent un ouvrier


Plus de 60 ans après, hommage à Jean Rigollet, tué par la police


Il y a exactement 66 ans avait lieu à Nantes un mouvement social qui a marqué l’histoire par son intensité. Au beau milieu de l’été 1955, les ouvriers nantais des chantiers navals, à la suite de ceux de Saint-Nazaire, se mettent en grève pendant des semaines. Ils seront rejoint par de nombreux nantais solidaires. Le conflit est dur : le 17 août les manifestants attaquent des locaux du patronat.

Le lendemain, ils s’en prennent à la prison et au tribunal pour faire libérer leurs camarades réprimés. Les manifestations réunissent des dizaines de milliers de personnes à plusieurs reprises… Le 19 août, sur le Cours des 50 Otages, un maçon de 24 ans est fauché par une balle tiré par les CRS. Au cœur de Nantes, près de la Préfecture, la police tuait un manifestant.

Après la fin de la grève, la CGT déplorera «les idées anarcho-syndicalistes très fortes que les mouvements de 1955 ont encore développées» dans la classe ouvrière du département. Cette position des syndicats peut expliquer l’oubli qui frappe cette lutte pourtant historique par son ampleur, son intensité, et ses pratiques.

Et aujourd’hui ? La police continue de tirer sur la foule à coups de grenades et de balles en caoutchouc. Aujourd’hui encore, à Nantes comme ailleurs, la police tue et mutile. Les nombreuses personnes blessées par la police nantaise ces dernières années en témoignent.

Pour ne pas oublier la mort de Jean Rigollet, un hommage avait été organisé il y a quelques temps sur le Cours de 50 Otages, avec des affiches et des fleurs à l’emplacement du décès, près de la plaque commémorative officielle. Un vent de résistance souffle toujours dans les rues de Nantes.


«Il n’y a aucune forme d’organisation plus autonome que quinze mille ouvriers agissant unanimement dans la rue. (…) Nantes a fourni l’exemple [de] formes d’orga­nisation qui s’avèrent déjà les seules efficaces, et qui s’avéreront de plus en plus les seules possibles.»
Cornélius Castoriadis, “Les ouvriers face à la bureaucratie”, Socialisme ou Barbarie n°18, janvier-mars 1956.


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