Calais : trois grévistes de la faim dénoncent le harcèlement quotidien contre les exilés


«C’est le seul moyen qu’il nous reste»


Alors que la droite et l’extrême droite racistes brandissent les «racines chrétiennes de la France» dans tous les médias, on entend très peu parler de cette grève de la faim. Un prêtre septuagénaire, membre de Secours Catholique, Philippe Demeestère, est en grève de la faim pour protester contre le harcèlement des exilés. Il mène cette grève avec Anaïs Vogel et Ludovic Holbein, 35 et 38 ans, deux militants engagés dans le tissus associatif calaisien.

Tous les trois vivent à Calais, ville côtière de la Manche. Depuis le 11 octobre, ils ont arrêté de s’alimenter pour interpeller l’opinion et les pouvoirs publics. Une grève de la faim en solidarité avec les personnes exilées pour dénoncer les mauvais traitements quotidiens dont sont victimes les migrants à Calais et Grande-Synthe. Un acte radical : «c’est le seul moyen qu’il nous reste» déclarera l’un des grévistes. Ils vont entamer leur 3ème semaine de jeûne.

Parce que, oui : Calais est un laboratoire. Un terrain d’expérimentation des politiques racistes et mortifères de l’État français à l’encontre des populations en exil. La ville est un des lieux de passage entre le continent et les îles britanniques. Une zone transfrontalière où chaque jour, les violences policières s’exercent sur ceux et celles qui rêvent d’Angleterre. Pour l’année 2020, Human Rigth Watch recensait environ 1058 expulsions de lieux de vie informels à Calais et Grande-Synthe, quasiment 3 expulsions par jour sur le littoral, un chiffre ahurissant. Ces opérations de police sont accompagnées à chaque fois de vols et de destructions de matériel. Tentes lacérées, effets personnels volés, violences physiques, une politique de harcèlement et d’intimidation assumée par les autorités.

Il y a aussi les bénévoles empêchés d’agir et l’entrave à la liberté de la presse : la préfecture calaisienne empêche le travail associatif auprès des migrants à coup d’arrêtés préfectoraux interdisant les distributions de nourriture et de boissons. Les cuves d’eau potable aux abords des campements sont percées par les flics. Lors des expulsions, les forces de l’ordre éloignent systématiquement les journalistes et les militants. Un moyen de cacher les exactions policières aux yeux du monde…

À l’approche de l’hiver, les revendications des trois grévistes de la faim sont simples. Ils demandent «l’arrêt des démantèlements des camps de migrants pendant la période hivernale, l’arrêt de la confiscation des tentes et des effets personnels des migrants et l’autorisation pour les associations non-mandatées par l’État de pouvoir bénéficier de lieux pour les distributions d’aide humanitaire.»

Pour soutenir leur action, une pétition a été mise en ligne et recueille déjà plus de 20 000 signatures.

Dans un contexte de radicalisation du pouvoir et de zemmourisation générale du débat public, il existe un autre monde fait de solidarité et d’entraide, qui refuse l’enfermement et les frontières. Un monde qui lutte contre le racisme d’État et le fascisme rampant, un monde de Justes. Y compris au sein de l’Église : la foi n’est pas la propriété de fanatiques et de fascistes. Ne l’oublions pas et organisons la riposte ! Il en va de la responsabilité de notre camp dans cette époque troublée.


La pétition : https://www.change.org/p/emmanuelmacron-gr%C3%A8ve-de-la-faim-%C3%A0-calais-arr%C3%AAt-de-la-maltraitance-des-personnes-exil%C3%A9es-faimauxfrontieres

Le journaliste Louis Witter est sur place et suit la situation : https://twitter.com/LouisWitter

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