Le nucléaire, énergie verte ?


Notre époque est orwellienne : les mots n’ont plus de sens, le réel est renversé. La Commission Européenne vient de classer l’industrie nucléaire comme une «verte», en lui offrant le label «énergie de transition».


Le visage de Macron devant la cheminée d'une centrale nucléaire, "énergie verte".

Le 31 décembre, la Commission Européenne terminait son projet final sur la classification des différents types d’énergies et leurs impacts environnementaux. La France a fait un lobbying pour que le nucléaire entre dans une catégorie «verte» et a obtenu gain de cause. Le nucléaire ne poserait donc pas plus de problèmes environnementaux que les énergies renouvelables !

Ce «classement» a des conséquences : l’industrie nucléaire va pouvoir bénéficier de nouveaux financements, ce qui va freiner le développement d’énergies réellement renouvelables et moins polluantes.

Les lobbyistes du nucléaire le répètent : l’énergie nucléaire serait «plus propre» car elle dégagerait moins de CO2 dans l’atmosphère que le pétrole ou le charbon. C’est vrai. Mais il y a d’autres types de pollutions et des dangers autrement plus graves :

  • La France est dépendante de l’extraction d’uranium, combustible nécessaire pour le fonctionnement des centrales. Cet uranium, la France va le chercher au Niger, ou elle l’achète au Kazakhstan. Bref, le nucléaire est dépendant d’une gestion coloniale et de la mondialisation capitaliste. Aller chercher l’uranium à plusieurs milliers de kilomètres, cela représente de la pollution. Sans compter les dégâts de l’exploitation minière.
  • Le nucléaire utilise d’énormes quantités d’eau. Pour refroidir les réacteurs, il faut des flux d’eau disponibles en permanence, c’est pour cela que les centrales sont situées le long des rivières. Mais si les cours d’eau s’assèchent ou ne fournissent pas d’eau en quantité suffisante, c’est la catastrophe. Les centrales sont arrêtés en urgence, voire pire…
  • Moins d’émission de carbone, mais une pollution radioactive. Le 21 décembre 2021, EDF annonçait avoir pollué les sols et les eaux sous la centrale du Tricastin, dans la Drôme. 900 litres ont débordé et se sont déversés dans le réseau de collecte d’eaux pluviales. Du tritium y a été détecté : jusqu’à près de 29.000 Becquerels par litre. Trois fois plus que le maximum recommandé par l’OMS. Ce genre d’incident n’est pas isolé. Des échantillons d’eau de la Loire prélevés à Nantes en 2018 révélaient une pollution radioactive du fleuve, d’où est tiré notre eau potable. «Le tritium est présent sur près de 400 km» de Loire, où se trouvent plusieurs centrales nucléaires, expliquaient les experts.
  • Le nucléaire produit des déchets immortels, des tonnes de matières hautement radioactives et extrêmement dangereuses pour des milliers d’années. Autrement dit, l’énergie produite ces dernières décennies va polluer pour un temps qui va bien au-delà de nos civilisations ! La solution retenue est d’enterrer ces déchets, notamment dans une immense poubelle souterraine prévue à Bure, dans la Meuse. Avec tous les risques que cela comporte à moyen et long terme.
  • Le coût écologique n’est pas immédiat, mais dure à l’infini. Si les pharaons avaient utilisé du nucléaire, nous devrions encore subir la menace de leurs déchets. Notre société de la démesure, et l’orgueil sans borne des décideurs nous font oublier ces réalités. Sans parler du risque d’accident majeur. Des drames comme Tchernobyl ou Fukushima sont possibles en France, pays le plus nucléarisé du monde.

Dangereux, polluant même en fonctionnement régulier, producteur de déchets dont la dangerosité persiste sur des durées supérieures à celles des civilisations humaines, fortement consommateur d’eau, le nucléaire est donc classé «énergie verte» par l’Europe à la demande de la France. Macron vient même d’annoncer un plan de construction de nouveaux réacteurs nucléaires EPR en France et un milliard d’euros d’investissements d’ici à 2030 dans le développement de petits réacteurs modulables.

Pour tout cela, il faut des financements, désormais facilités par ce classement européen.


Nous fonçons dans le mur, et nos dirigeants appuient sur l’accélérateur.


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