Police, drogue et impunité

L’histoire digne d’un mauvais feuilleton débute dans un appartement de Moissy-Cramayel en Seine-et-Marne, le 15 juillet 2020. Mickaël M, brigadier sort d’une vacation de nuit. Le flic est chauffeur du commissaire divisionnaire Sébastien Durand. Depuis plus d’un an, il escorte le directeur territorial de la police nationale du Val-de-Marne. Dans son logement, vers 3 heures du matin, à peine quelques heures avant de reprendre le travail, le policier va consommer des stupéfiants.

Une consommation dont le fonctionnaire de police est coutumier d’après l’enquête de Politis. Jusqu’ici, une banale histoire d’addiction. Sauf que le brigadier est armé, donc dangereux, et qu’il va être soudain pris de bouffées délirantes. Complètement défoncé aux amphétamines, sujet à des hallucinations, le policier s’embrouille avec son compagnon, tire avec son arme de service dans l’appartement avant de se retrancher dans sa chambre. Depuis l’état d’urgence, les agents ont le droit de conserver leur arme chez eux, ce qui a provoqué de nombreux drames.

Enfermé dans la pièce, flingue à la main et pensant que des personnes vont s’en prendre à lui, il faut carrément l’intervention d’un équipage du RAID pour extraire le brigadier forcené. Des moyens anti-terroristes utilisés pour intervenir sur un policier drogué et armé. Une belle image de la “police républicaine”. La suite de l’affaire va prendre une tournure tragi-comique inquiétante. Le fou de la gâchette sous amphet’ est donc interpellé et placé en garde à vue. Le parquet de Melun décide de relâcher Mickaël M. avec un simple rappel à la Loi pour usage de stupéfiants. Aucune mention n’est faite de l’usage de l’arme par le policier.

Après un cours passage à l’hôpital et en clinique psychiatrique, le policier ressort. En septembre 2020, rebelote. C’est fois-ci, l’agent assermenté se bourre d’anxiolytiques : nouvelle dispute avec son conjoint, nouvelle altercation. À l’arrivée de la police, l’agent tente de s’enfuir avant d’être à nouveau arrêté. Encore une fois, zéro poursuite judiciaire. De son côté, la police nationale fait le dos rond. Certes, une enquête administrative est ouverte.

L’institution admet volontiers que le brigadier a manqué «au devoir d’exemplarité […] par l’usage de stupéfiants et l’usage illégitime et dangereux de l’arme administrative». La sanction proposée : trois jours d’exclusion sans conseil disciplinaire. Une punition de premier groupe, l’une des plus légères dans la police. Même dans un collège, les enfants sont sanctionnés plus durement qu’un flic drogué, violent et dangereux. Une situation particulièrement préoccupante.

Pire, Mickaël va être réaffecté au commissariat d’Alfortville dès l’automne 2020, quelques semaines après son arrestation, avant d’être ensuite réarmé en janvier 2021 dans une brigade de police secours. Et sans aucun suivi médical particulier. Un véritable danger public, renvoyé sur le terrain avec son arme de service. Tout va bien.

Pour résumer, on peut donc en France : être policier, consommer des produits psychotropes, utiliser son arme hors service au risque de tuer, déclencher des opérations anti-gang pour être extrait de sa chambre d’appartement et être réhabilité par l’administration, au point de porter de nouveau une arme quelques mois plus tard dans l’exercice de ses fonctions. Impunité totale. Comme à quasiment à chaque fois, les policiers les plus violents sont blanchis par la hiérarchie et protégés par l’institution judiciaire. Mais dormez sur vos deux oreilles braves gens : la police vous protège.

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