Des caméras cachées pour espionner les mouvements écologistes

Dans les Deux-Sèvres, près de Niort, une mobilisation monte en puissance contre les «méga-bassines», des lacs artificiels destinés à irriguer les grosses exploitations d’agriculture intensive. Ces bassines viennent pomper la nappe phréatique et assèchent une zone entière, en particulier les terres des petits paysans, pour le profit des grosses productions bourrées de pesticides.

Des personnes mobilisées ont eu la surprise de découvrir qu’elles étaient surveillées illégalement. Du matériel de surveillance, dont une caméra, a été découvert à proximité de l’endroit où le collectif “Bassines non merci” organise régulièrement des réunions. C’est près d’une maison, le domicile du père d’un militant, qu’une première caméra cachée sous une toile de camouflage a été découverte, enfoncée dans le sol. La caméra est dirigée vers le portail d’entrée de la maison, pour filmer toutes les allers et venues. Dans un fossé qui longe le mur à l’extérieur, il y avait d’autres dispositifs de surveillance enveloppés dans un sac poubelle et recouverts par un filet de camouflage. Il s’agit de deux mallettes en plastique noir, des batteries, et ce qui ressemble à un récepteur. La batterie est une unité d’énergie mobile portable, fabriqué par la société Accuwatt Technologies, spécialisée dans la fourniture des forces opérationnelles et des forces armées. Il s’agit probablement d’un dispositif «IMSI Catcher», qui aspire les données des appareils numériques qui passent à proximité.

Ce type d’opération a déjà été vu près de Nantes. Dans l’estuaire de la Loire, une lutte est en cours pour préserver 150 hectares de zone naturelle du bétonnage. À la rentrée 2020 des caméras et des moyens de surveillance avaient été découverts, cachés dans des troncs d’arbre ou des pierres. Il s’agissait de «caméras très sophistiquées et camouflées» retrouvées par des militants au Carnet, où des écologistes luttent contre le bétonnage d’un site naturel. Un dispositif illégal, dont les images accusent la gendarmerie locale. Elles avaient été installées à la veille d’un «weekend de résistance» prévu à proximité du Carnet. Ces quatre caméras filmaient en continu et étaient reliées, via des câbles enterrés, à des grosses batteries et modems, également dissimulés, permettant d’envoyer directement les images à un poste à distance.

La captation d’images sur la voie publique est encadrée par la loi. Comme le rappelle la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés), en principe les personnes filmées doivent en être informées par des panneaux visibles, affichés en permanence, comprenant au minimum un pictogramme représentant une caméra. Il s’agit ici d’opérations secrètes de renseignement. Mais cette activité est elle aussi encadrée par la loi. La captation d’images dans un lieu privé fait partie des techniques ne pouvant être déployées que pour «la défense et à la promotion des intérêts fondamentaux de la Nation», par exemple pour «la prévention du terrorisme» ou encore la prévention «des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique». Protéger l’écosystème en plein effondrement est donc une atteinte à leur ordre.

Pour surveiller les personnes qui luttent pour la justice ou la défense d’une planète vivable, les moyens de surveillance et de répression sont illimités. Pendant que les semeurs de guerres, les évadés fiscaux, les tueurs en uniforme et autres puissants bénéficient d’une impunité totale.

Dans les Deux-Sèvres, le collectif opposé au «méga-bassines» a annoncé qu’il compte déposer plainte contre X pour surveillance illégale. Plusieurs journées de mobilisation écologiste doivent justement avoir lieu du 24 au 27 mars à la Rochénard.

Voici le programme : https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/un-printemps-maraichin-contre-les-megabassines

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