Les victoires sont possibles !


Un peu d’histoire pour sortir de la morosité ambiante


Le chaos climatique est là. Tout le monde le constate avec une certaine impuissance, voire de la résignation. Mais s’indigner ne suffit pas, il est possible de faire reculer le désastre près de chez soi. La preuve, de nombreuses luttes de territoire ont remporté des victoire ces dernières années. Quelques exemples :

Notre-Dame-des-Landes

Probablement la lutte la plus emblématique de la décennie passée. Un vieux projet des années 1970 ressorti des placards par le Parti Socialiste. Un aéroport géant de la multinationale Vinci, sur des centaines d’hectares de bocage nantais et de zones humides. Le terrain est occupé à partir de 2007. Les paysans se mobilisent, l’opposition s’organise. Une première expulsion en 2012 est repoussée par une résistance acharnée sur le terrain. 1500 gendarmes s’embourbent sur la ZAD. Après des années de combats sur le terrain, de recours judiciaires, de fêtes, de manifestations gigantesques à Nantes et de sabotages, le projet est abandonné en 2018. L’État se venge en attaquant la ZAD au printemps et envoie un dispositif militaire qui tire des milliers de grenades pour casser des cabanes. Mais aujourd’hui, le bocage de Notre-Dame-des-Landes est toujours vivant, son écosystème préservé, et des expérimentations politiques, sociales et paysannes sont toujours en cours.

Plogoff

Face à l’Océan, ce morceau de Finistère est l’épicentre des résistances contre le nucléaire. Entre 1975 et 1981, l’État veut implanter une centrale nucléaire à Plogoff. Les habitants du village s’organisent et luttent jusqu’à l’abandon du projet. Toute la population est mobilisée : le curé sonne les cloches de l’église pour prévenir d’une invasion de gendarmes, les grands-mères harcèlent les CRS, les paysans distribuent des lance-pierres et les plus jeunes barricadent les routes. L’enquête d’utilité publique est incendiée. Des comités de soutiens éclosent dans toute la France. Le gouvernement finit par reculer en 1981.

Le Carnet et le Pellerin

1976, le long de la Loire, les décideurs choisissent d’implanter une centrale nucléaire au Pellerin à 25 kilomètres de Nantes. Quelques semaines plus tard, 3000 personnes défilent dans le petit village. L’année suivante, un rassemblement festif sur la zone regroupe 10 000 personnes. L’enquête publique démarre dans un climat d’hostilité totale, elle est sabotée par les habitants. Le sous-préfet et les CRS sont arrosés de purin par des paysans devant la mairie du Pellerin. Le registre d’enquête est volé et brûlé sur la Place du marché. Les arrestations de paysans provoquent d’importantes manifestations devant le tribunal de Nantes. Des liens se tissent avec la lutte de Plogoff. En 1977 des barricades et des affrontement ont lieu. Les conseils municipaux démissionnent à l’automne 1978, en guise de protestation. 5000 personnes marchent du Pellerin à Nantes. L’année suivante, plusieurs manifestations réunissent à nouveau des milliers de personnes avec des affrontements sérieux. Le projet est abandonné.

Mais l’année suivante, une autre centrale est planifiée un peu plus loin, au Carnet, à 40 kilomètres de Nantes ! Des manifestations émeutières ont lieu tous les dimanches, dès février 1982. Les années passent, la centrale s’enlise. Chirac relance le projet en 1987. Le mouvement d’opposition revient en force en 1996, avec une marche de 4000 personnes sur le site. En 1997, 6000 personnes défilent à Nantes. Puis 8000 deux mois plus tard. Des affrontements ont eu lieu sur la zone. Des véhicules de chantier sont bloqués dans un chemin étroit par une grosse souche d’arbre; leurs pneus sont dégonflés ou crevés. Les sondages des sols sont sabotés. En 1997, après une manifestation de 30000 personnes, le projet est abandonné pour de bon.

Erdeven

Toujours en Bretagne, à Erdeven, dans le golfe du Morbihan, un projet nucléaire est annoncé en 1974. Manifestations de 15000 personnes et fêtes anti-nucléaires sur les plages. Le gouvernement recule rapidement l’année suivante.

Lannion

Dans le Trégor, au nord-ouest de la Bretagne. L’idée est d’extraire des quantités phénoménales de sable dans la baie : une décision d’Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’économie. Pendant presque 10 ans, les habitants et habitantes se battent contre ce pillage. Manifestations massives, marins mobilisés. L’arrêt définitif des travaux miniers est annoncée en janvier 2022. «C’est une victoire un peu par K.-O» explique le président du «Peuple des Dunes».

Saint-Père en Retz

Au Sud de Nantes, les décideurs de la ville de Saint-Père en Retz, lancent un projet de «surf park» à quelques kilomètres des côtes. Un bassin artificiel qui fabriquerait des vagues pour permettre à des «surfeurs» de s’amuser dans des rouleaux alors que l’océan est juste à côté. Cela aurait détruit 20 hectares de terres agricoles, consommé des dizaines de millions de litres d’eau potable et des quantités phénoménales d’énergie. Le travaux sont arrêtés par la mobilisation en 2019. Le projet est abandonné peu après.

Montbert

Il était prévu l’implantation d’un centre Amazon géant, de 185 000 m², sur la commune de Montbert, au Sud de Nantes. Plusieurs mobilisations ont lieu. Des milliers de personnes défilent par deux fois malgré les mesures de confinement et la forte présence policière. Une alliance de ZADistes, de syndicalistes et de paysans se forme. Le projet est abandonné en 2021.

Brueil-en-Vexin

En région parisienne, le ministère de l’écologie donne le feu vert en 2019 pour une carrière destinée à fabriquer du ciment dans un parc naturel régional des Yvelines. Abandon en 2022 face aux contestations.

Sivens

Dans le Tarn, un barrage devait permettre aux agriculteurs productivistes d’irriguer leurs champs bourrés de pesticides en bloquant le cours d’eau local et en détruisant la végétation. Les travaux commencent. Le terrain est occupé. La répression est terrible. En octobre 2014, Rémi Fraisse est tué par un tir de grenade de la gendarmerie sur le site. L’année suivante la ministre de l’écologie écarte le projet de barrage à Sivens. Mais il a fallu un mort. Et c’est un abandon temporaire, car le projet pourrait être relancé.

Roybon en Isère

Face à un projet de Center Parcs, espace de loisir géant qui détruirait des espaces boisés pour notamment «un espace aquatique géant à l’abri d’une bulle chauffée toute l’année à 29°C», une ZAD se crée à partir de 2014. Le projet est abandonné en 2020.

Dijon

La métropole veut urbaniser une zone de friche avec un prétendu «écoquartier». 10 ans de bataille, le projet est abandonné. À Dijon, le quartier autogéré des Lentillères mêle agriculture, économie non-marchande et autogestion.

2020

Une porcherie industrielle géante de 6000 porcs est abandonnée à Ossun dans les Pyrénées. La même année, le «Yellow Park», un projet pharaonique de deuxième stade et centre commercial à Nantes, est abandonné face à la mobilisation des supporters et des écologistes.

2019

À Gonnesse, un mégacomplexe de loisirs et de commerces situé dans le Val-d’Oise est abandonné.

Nonant Le Pin

Dans l’Orne, un centre d’enfouissement des déchets dangereux est mis en service le 22 octobre 2013. Le site ne fonctionne que deux jours : les forces de l’ordre étaient obligées d’escorter les camions remplis de déchets. Le projet est définitivement abandonné en décembre 2016.


Certes, ce sont parfois des petites victoires, localisées, mais elles sont nombreuses. Et il y en a beaucoup d’autres. Bien des projets destructeurs auraient vu le jour sans ces résistances locales. D’autres luttes de territoire sont en cours, notamment contre les mégabassines en Charentes, et d’autres naîtront bientôt contre le nouveau délire nucléaire de Macron. Le point commun des luttes qui gagnent, c’est la détermination de l’opposition sur le terrain, la pluralité des acteurs et des action, l’occupation, le sabotage… et l’absence de résignation. Et si ces luttes se généralisaient ? Nous ne sommes pas condamnés à subir la destruction de notre écosystème.

Faire un don à Contre Attaque pour financer nos articles en accès libre.