? Capitalisme du désastre : 4,3 millions de m3 de gaz brûlés chaque jour à la frontière russe


9000 tonnes d’équivalent CO2 et des suies noires qui accélèrent la fonte des glaces


C’est une station qui compresse le gaz, près de la frontière entre la Russie et la Finlande. Le site de Portovaya est située sur le gazoduc qui transporte le gaz russe vers l’Europe. Depuis l’invasion de l’Ukraine, la guerre est aussi économique et énergétique : l’achat de gaz à la Russie a été drastiquement diminué. Conséquence : une immense flamme brûle jour et nuit à Portovaya.

Sur le site 4,34 millions de mètres cubes de gaz naturel sont brûlés chaque jour par la technique de «torchage», une pratique qui consiste à enflammer les excédents de gaz naturel. Des millions de tonnes d’énergie fossile brûlés pour rien, tous les jours. Une telle quantité de gaz représente une valeur d’environ 10 millions d’euros et libère autour de 9000 tonnes d’équivalent de CO2. Vous avez bien lu : chaque jour. Ces volumes ont été expertisés par Rystad Energy, un cabinet de conseil norvégien spécialiste en énergie pétrolière et gazière.

Le patron d’une firme gazière britannique expliquait à la BBC que «les exploitants hésitent souvent à fermer des installations de peur qu’il soit techniquement difficile ou coûteux de les remettre en service, et c’est probablement le cas ici». Il est plus économique de continuer à polluer massivement et détruire le gaz que de stopper les machines. Les scientifiques s’inquiètent des grandes quantités de dioxyde de carbone produites par ces «torchages». Cette pratique ne produit pas que du CO2 mais aussi des suies, en particulier des particules de carbone noir qui vont se déposer sur la neige et la glace. En assombrissant ces surfaces claires, ces suies accélèrent «considérablement» la fonte des glaces et le réchauffement global.

Cette affaire est un exemple parmi d’autres de la folie du capitalisme mondial. Des quantités phénoménales de gaz brûlées en pure perte, polluant massivement, alors que les pénuries d’énergie menacent plusieurs pays. Mais l’exemple russe n’est pas isolé.

En France, une filiale de l’entreprise Engie rejette volontairement des milliers de mètres cubes de gaz. Une vidéo montrant un vanne relâchant dans l’air un puissant panache de méthane avait été révélée au printemps. Il ne s’agissait pas d’un accident mais d’une pratique courante et volontaire : «la mise à l’évent». Il s’agit de purger rapidement une canalisation avant une inspection ou des réparations. Pour la direction de l’entreprise, purger ses tuyaux en relâchant de grandes quantités de gaz permet de gagner du temps. Et le temps, c’est de l’argent. Plus de 2,5 millions de mètres cube sont gaspillés de cette manière chaque année rien que par ce seul sous-traitant d’Engie. C’est l’équivalent de la consommation de plusieurs milliers de ménages. Le gaz rejeté étant du méthane, il est 30 fois plus polluant que le CO2. La pratique est illégale, mais jamais sanctionnée. «La fin de l’abondance» disait l’autre…

Dans le même registre, durant le confinement de 2020, les compagnies aériennes ont fait voler des dizaines de milliers d’avions à vide. La seule compagnie allemande Lufthansa a confirmé 18000 vols «fantômes». Les avions volaient en rond, sans passager, pour brûler leur kérosène, avant de se poser. Il s’agissait d’éviter de perdre leurs «droits d’atterrissage et décollage» : si les compagnies n’utilisent pas au moins 80% des créneaux horaires qui leur sont alloués dans les aéroports, ceux-ci peuvent être attribués à la concurrence. Il est plus rentable de voler à vide et de polluer pour rien. Capitalisme du désastre.

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