Et plus de 60% des français «ont une mauvaise opinion du capitalisme»

Un jeune anglais sur deux estime que les émeutes sont justifiées. C’est le résultat d’un sondage de l’institut ComRes réalisé par le journal The Independent en Angleterre. 29% des électeurs pensent que des troubles violents sont appropriés compte tenu de l’explosion du coût de l’énergie. Parmi les 18 à 24 ans, la moitié pensent que les émeutes sont justifiées. Chez les 35 à 44 ans, ils sont plus de 40%. Des millions d’anglais approuvent donc l’action directe et la prise de rue face à l’inflation. Et des grèves se multiplient déjà.
Une étonnante tribune est parue dans The Guardian, le grand journal de référence en Angleterre. Le chroniqueur Owen Jones écrit dans une chronique du 23 août : «Quand des millions de Britanniques croient que les émeutes sont justifiées par la flambée du coût de la vie, ce n’est pas une exagération de décrire la nation comme une poudrière».
Il dresse ensuite une longue comparaison entre la France et sa «tradition révolutionnaire», et l’Angleterre, réputée plus calme. Voici ce qu’il écrit : «Les Français protestent contre la flambée des coûts et obtiennent des résultats – qu’est-ce qui ne va pas avec le Royaume-Uni ?» ou encore «les dirigeants français ont une crainte logique que leurs citoyens expriment leur rage dans les rues et sur les places des villes, ce qui limite les attaques contre leur niveau de vie. En termes simples, les dirigeants français ont peur de leur peuple. En Grande-Bretagne, dans l’état actuel des choses, ce n’est pas le cas.»
Owen Jones passe en revue les évènements français qui ont fait peur au gouvernement, de Mai 68, les grandes grèves de 1995 ou encore le soulèvement des Gilets Jaunes. Et estime que l’action de rue pourrait revenir sur le devant de la scène en Angleterre également : «les températures peuvent chuter, les factures peuvent augmenter, mais un hiver chaud pourrait être à nos portes».
Cette vision de la France est idéaliste, même si elle peut faire plaisir. En réalité, Macron parvient, pour l’instant, à étouffer efficacement les mobilisations populaires. Et veut profiter de son second mandat pour imposer ce qu’il n’a pas osé faire lors du premier : en particulier la réforme des retraites. Il faut dire que l’appareil policier français est sans commune mesure, en terme de moyens et de violence, avec celui dont dispose l’État anglais. D’ailleurs Macron n’a même pas voté de plan d’aide aux ménages face à l’inflation, comme c’est le cas en Angleterre, en Espagne ou en Allemagne.
Il n’en reste pas moins qu’études après études, les français sont «champions» de l’anticapitalisme. En décembre 2021, un sondage Odoxa pour Challenges et BFM Business mesurait que 62% des Français ont «une mauvaise opinion du capitalisme», contre seulement 37% qui en ont une bonne opinion. Ce sentiment anticapitaliste culmine chez les femmes à 70%, et chez les ouvriers à 69%. Bizarrement, on en entend assez peu parler…
En 2011, déjà, un sondage IFOP mesurait que sur 10 pays étudiés, c’est en France qu’on trouve le moins de défenseurs du capitalisme. Devant l’Italie, le Brésil, les USA ou encore la Chine. Mais contrairement à l’Angleterre, les sondeurs français prennent soin de ne pas demander à la population si elle approuverait des émeutes contre la flambée des prix. Ça ferait désordre.
Chez nos voisins, la nouvelle cheffe du gouvernement s’appelle Liz Truss, issue de la droite néolibérale la plus dure, et se revendique de Thatcher. En France, Macron veut piétiner tous nos droits.
Des deux côtés de la Manche, la colère est forte, mais les dirigeants n’ont apparemment aucune intention de l’entendre. Jusqu’à mettre le feu à la poudrière ?
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