Nantes : abandon de l’Arbre aux Hérons


Après l’aéroport et le nouveau stade : un troisième projet inutile et imposé abandonné à Nantes


L’Arbre aux hérons, le projet remontait au début des années 2000, quand Nantes se rêvait «capitale européenne» et misait tout sur le tourisme. Une structure de 35 mètres de haut faite de bois et d’acier, pesant 1000 tonnes et dont la construction devait démarrer cette année, en 2022, après de nombreux retards.

Le projet était d’abord évalué à 35 millions d’euros puis à 52,4 millions depuis 2021. Une nouvelle estimation montait désormais à 80 millions d’euros, notamment à cause de l’explosion du prix de l’acier. L’ardoise finale aurait-elle dépassé la barre symbolique des 100 millions ? Probablement et cela aurait été gênant pour la mairie, qui affiche sa volonté de «sobriété». Surtout pour un projet imposé sans débat préalable ni concertation, et contesté par les habitants du quartier.

Rien qu’au prix de 52,4 millions d’euros, cela représentait l’équivalent de 325 logements sociaux, 18 rames de tramway, 17 crèches ou encore 200 km de pistes cyclables, résumaient des élus écolos.

La somme colossale reposait sur un partenariat entre public et privé, comme les Métropole adorent en faire. Deux tiers financés par la ville et des acteurs publics, le reste par des mécènes privés. Pour ses concepteurs, l’Arbre aux hérons devait être à Nantes «ce que la Tour Eiffel est à Paris» et même, sans rire, l’équivalent des «jardins suspendus de Babylone». Un «grand défi industriel et technologique» vantaient ses promoteurs.

Le projet est donc abandonné ce 15 septembre. C’est une bonne nouvelle pour les habitants, un peu moins pour les spéculateurs immobiliers, les pros du tourisme et les propriétaires. Les nantais et nantaises connaissent bien l’endroit qui était destiné au projet : la Carrière Misery, rebaptisée «jardin extraordinaire» par la Métropole. Il s’agit d’une ancienne carrière de granite, transformée en usine le siècle dernier, puis devenue friche industrielle remplie de graffitis, au bord de la Loire. Ces dernières années, la mairie a investi des millions pour rendre cet endroit «attractif», c’est-à-dire rentable. «L’arbre aux hérons» étant l’étape finale de l’opération. Une reconversion du monde ouvrier au loisir touristique.

L’objectif à terme, était une transformation complète du quartier du bas-Chantenay. Un ancien quartier ouvrier qui a su rester assez populaire malgré une gentrification acharnée de la ville de Nantes. L’arbre aux hérons devait servir à «réaménager» toute la zone, avec en ligne de mire des dizaines de milliers de mètres carrées de bureaux, de résidences inabordables et de commerces.

Ce projet pose la question de l’aménagement urbain en général. Rendre la ville «attractive» pour qui ? Les loyers sont déjà hors de prix et des centaines de milliers de nantais et nantaises galèrent pour se loger. C’est une vision de la ville consommable et réservée aux riches qui était contestée à travers le projet. Finalement, c’est la crise économique qui a raison de l’arbre mécanique.

Il n’en reste pas moins qu’il s’agit du troisième abandon de projet inutile ces dernières années à Nantes. En 2017 la ZAD de Notre-Dame-des-Landes obtenait la victoire contre l’aéroport qui devait bétonner le bocage. En 2019 c’est un projet mégalo de nouveau stade accompagné d’un buildings et de centres commerciaux qui tombait par terre. En 2022 c’est ce projet phare de la métropole touristique. Une mauvaise nouvelle pour les «investisseurs» et les spéculateurs immobiliers. Il reste encore un projet absurde et hors de prix de CHU, à la pointe de l’île de Nantes, en zone inondable, alors qu’il y a déjà un hôpital existant au cœur de Nantes.

Ces petites victoires ne sont pas suffisantes. C’est tout le rapport à la ville, aux façons d’habiter l’espace qui doit être repensé. Et avec le chaos climatique et la crise sociale et sanitaire, il y a urgence. Pour qu’un jour les vrais hérons, de chair et d’os, puissent réinvestir la Loire en toute sérénité.

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