🚔 Nantes capitale de la répression


Analyse d’une escalade sĂ©curitaire


🔴 Déchaînement de propagande

«Nantes, peur sur la ville», «Nantes, pire que Bogota». Pendant deux semaines, quotidiennement, les chaĂ®nes d’info en continu ont imposĂ© un rĂ©cit anxiogène depuis Paris : la ville de Nantes serait Ă  feu et Ă  sang. Après plusieurs jours de reportages dĂ©lirants et d’interviews policières en plateau, Cnews dĂ©pĂŞchait un prĂ©sentateur dans les rues de Nantes le 29 septembre, pour filmer l’insĂ©curitĂ©. Il s’est retrouvĂ© devant des rues parfaitement calmes. Tant pis, il fallait faire du sensationnel : en direct, les camĂ©ras ont zoomĂ© sur des passants maghrĂ©bins en affirmant qu’il s’agissait de «dealers». Une intoxication raciste dĂ©libĂ©rĂ©e. Dans la foulĂ©e, la presse d’extrĂŞme droite, Valeurs Actuelles, Le Figaro, puis la presse locale ont amplifiĂ© l’Ă©cho mĂ©diatique de cette campagne dĂ©lirante. Ils se sont notamment jetĂ©s sur un viol commis de nuit sur l’Ă®le de Nantes. La victime a trouvĂ© la force de rĂ©clamer publiquement que cesse la rĂ©cupĂ©ration du crime terrible qu’elle venait de subir. Peu importe, les charognards de la presse l’ont utilisĂ©, amplifiĂ©, avides, obscènes. «Peur sur la ville», rien ne devait arrĂŞter la machine.

🔴 Annonces sécuritaires

Cette campagne folle a portĂ© ses fruits. La maire socialiste de Nantes s’est prĂ©cipitĂ©e dans le gouffre sĂ©curitaire : multipliant les dĂ©clarations sur les chaĂ®nes des milliardaires, se prĂ©cipitant chez Darmanin, ministre de l’IntĂ©rieur issu de l’extrĂŞme droite. Le 5 octobre, Johanna Rolland annonçait fièrement une batterie de mesures autoritaires. 100 camĂ©ras de surveillance supplĂ©mentaires, soit un total de 250 dans la ville. Quand Estrosi en installait le mĂŞme nombre Ă  Nice, tout le monde dĂ©nonçait la sociĂ©tĂ© de contrĂ´le. Elle annonçait aussi l’implantation de la CRS 8, une unitĂ© de «super-CRS», qui patrouillent dĂ©jĂ  cagoulĂ©s et lourdement armĂ©s dans les rues et contrĂ´lent au faciès. La maire PS promet aussi la construction d’un CRA, un camp de rĂ©tention pour exilĂ©.e.s Ă  Nantes, faisant ouvertement le lien entre immigration et insĂ©curitĂ©, marchant ainsi dans les pas de la droite extrĂŞme. La majoritĂ© «rose-verte» participative n’est, comme d’habitude, qu’une salle d’attente pour le fascisme. Enfin, Johanna Rolland claironnait l’embauche de 70 policiers municipaux de plus, et de l’arrivĂ©e d’une «unitĂ© de force mobile» de 70 agents, «affectĂ©e aux quartiers politiques de la ville». Traduction : la mairie va encore davantage fliquer les pauvres.

đź”´ Une ville sous occupation

Tout le monde sait parfaitement que Nantes est dĂ©jĂ  une ville hautement sĂ©curitaire. La mairie dĂ©veloppe un centre de vidĂ©osurveillance depuis des annĂ©es, arme sa police municipale, de plus en plus nombreuse, le tribunal envoie en prison Ă  tour de bras. La Bac de Nantes et les images de ses interventions ultra-violentes sont connues dans tout le pays. Quel est l’objectif de cet emballement ? Mettre Nantes en coupe rĂ©glĂ©e ? Les CRS ne gèrent pas «l’insĂ©curité», ils font du maintien de l’ordre, ils rĂ©priment les manifestations, occupent l’espace public. Les camĂ©ras n’empĂŞchent pas la dĂ©linquance, toutes les Ă©tudes le prouvent, mais elles sont très efficaces pour fliquer la population. Un centre de rĂ©tention ne sert qu’Ă  appliquer les politiques xĂ©nophobes et inhumaines de l’État. Rien de tout cela n’a pour objectif de veiller Ă  la «sĂ©curité».

🔴 Inversion du réel

La mise en scène actuelle choque bon nombre de nantais et nantaises que l’on n’entend pas dans les mĂ©dias. Faut-il rappeler que 4 personnes sont mortes en 5 ans lors d’interventions de police Ă  Nantes ? Abou, lors d’une interpellation en 2017. Aboubakar, d’une balle dans le cou en 2018. Steve, noyĂ© le soir de la fĂŞte de la musique en 2019. Et un quinquagĂ©naire, mort dans une cellule de garde Ă  vue le 14 septembre 2022, dont on a très peu entendu parler. 4 morts, aucun procès, aucune condamnation. Nantes, c’est aussi plusieurs centaines de blessĂ©s par la police ces dernières annĂ©es. Notamment 3 personnes Ă©borgnĂ©es en une seule journĂ©e lors d’une manifestation contre l’aĂ©roport, une main arrachĂ©e sur la ZAD, un lycĂ©en Ă©borgnĂ© au LBD en 2007 – le premier en France – un jeune Gilet Jaune dans le coma en 2018, aujourd’hui lourdement handicapĂ© au cerveau. Aucun procès, aucun coupable. C’est aussi des milliers de gardes Ă  vue lors des mouvements sociaux, des patrouilles omniprĂ©sentes, des dispositifs policiers uniques en France. Nantes enfin, ce sont des descentes de dizaines de policiers armĂ©s pour un homard en papier mâchĂ© ou un atelier de banderoles. Il suffit de sortir dans une rue de la ville pour se rendre compte que le taux de policiers par habitants et sans doute l’un des plus Ă©levĂ©s de France. Certains mĂ©dias ont pourtant osĂ© prĂ©senter Nantes comme une ville sans policiers. L’inversion du rĂ©el Ă  son paroxysme.

đź”´ Que disent les chiffres ?

Selon les donnĂ©es policières elles-mĂŞmes, pourtant très discutables, la dĂ©linquance baisse Ă  Nantes. Selon un rapport du 28 septembre comparant l’annĂ©e 2019 et l’annĂ©e 2022, les fait de dĂ©linquance ont diminuĂ© de 9,31%, le nombre de mis en cause baisse de 6,98%, mĂŞme les gardes Ă  vue diminuent cette annĂ©e de 5,76% alors que les magistrats ont des consignes de fermetĂ©. Le nombre de mineurs mis en cause et d’étrangers baissent Ă©galement. Les «atteintes Ă  la tranquillitĂ© publique » baissent de 6,23% comme les cambriolage. Deux indicateurs augmentent : les «atteintes Ă  l’intĂ©gritĂ© physique» et le trafic de stupĂ©fiant. Plusieurs gros rĂ©seaux de trafiquants ont Ă©tĂ© dĂ©mantelĂ©s ces dernières annĂ©es, provoquant des guerres de bandes et des tirs dans certains quartiers pour rĂ©cupĂ©rer des zones. L’augmentation de la violence mafieuse est donc, en partie, liĂ©e Ă  l’arrestation de gros bonnets. Par ailleurs, la question de la drogue ne se rĂ©glera pas pas la rĂ©pression. Les pays d’AmĂ©rique Latine ont eu beau dĂ©clarer la « guerre» Ă  la drogue au prix de centaines de morts, le trafic ne s’est jamais aussi bien portĂ© en Colombie comme au Mexique ou aux USA. Tant que les inĂ©galitĂ©s se creuseront et que les perspectives sociales s’assombriront pour de nombreux jeunes dĂ©favorisĂ©s, toutes les polices du monde ne pourront pas rĂ©sorber ces trafics, qui sont une forme de capitalisme sauvage parmi d’autres. Le système nĂ©olibĂ©ral gĂ©nère ces mafias.

🔴 Sortir du piège

Nous sommes donc pris en Ă©tau dans une mâchoire infernale. D’un cĂ´tĂ©, la ville de Nantes et la France dans son ensemble foncent chaque jour plus profondĂ©ment dans la rĂ©pression. De l’autre, la prolifĂ©ration de groupes mafieux et de violences nihilistes ne peuvent qu’augmenter sur fond de dĂ©sagrĂ©gation sociale, de dĂ©sespoir, de pertes de repères. Par exemple, les troubles mentaux explosent, et l’on sait que la moitiĂ© des personnes incarcĂ©rĂ©es relèvent de soins psychiatriques plutĂ´t que de sanctions. Mais il n’y a plus de moyens pour ces soins. Le nombre de sans abris augmente et ce sont parmi les catĂ©gories de population les plus rĂ©primĂ©es. Le modèle qui s’impose est de tout rĂ©gler par la police. Toujours moins de rĂ©ponses sociales, toujours plus de rĂ©ponses pĂ©nales.

Saviez vous que le nombre de policiers par habitants est dĂ©jĂ  plus Ă©levĂ© en France aujourd’hui qu’en Allemagne de l’Est en 1962 ? Et que le gouvernement investi des milliards supplĂ©mentaires pour «doubler» le nombre de patrouilles sur le terrain pendant que tous les autres services publics sont Ă  l’agonie ? Les mobilisations collectives et les solidaritĂ©s sont dĂ©jĂ  les premières victimes de ce piège infernal. Si Ă  Nantes, le nombre de policiers ne cesse d’augmenter et le «sentiment d’insĂ©curité» aussi, que peut-on en dĂ©duire ? Que la police est inutile, qu’elle n’est pas la solution. Ces centaines d’agents et plus et ce Centre de RĂ©tention n’apporteront que du mal aux plus faibles, aux plus pauvres, aux exclus, et Ă  celles et ceux qui dĂ©sobĂ©issent.

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