Pap NDiaye, héritier de Blanquer


Il n’a que le mot “méritocratie” à la bouche, mais s’acharne à perpétuer les inégalités


Fin septembre Pap NDiaye, le ministre de l’Éducation Nationale, annonçait un “resserrement” des programmes afin de maintenir les épreuves écrites de spécialité au baccalauréat dès le mois de mars. L’actuel ministre avait l’occasion de désavouer l’ancien, Jean-Michel Blanquer : il ne l’a pas fait. “Je suis un pur produit de la méritocratie républicaine”, clamait le ministre lors de son intronisation en mai dernier. Et pourtant, en plaçant coûte que coûte les épreuves de spécialités du Bac dès le début du printemps, il achève de gratter le vernis qui masquait déjà bien mal une école au service des entreprises et de l’idéologie néolibérale.

De la part d’un héritier, on n’en attendait pas moins. Fils d’un ingénieur sorti d’une école prestigieuse et d’une enseignante, Pap a grandi dans des conditions favorables pour être accepté à l’hyper sélective École Normale Supérieure, puis à se frayer un passage dans les méandres du copinage universitaire jusqu’au fauteuil de ministre. Capital social, culturel, économique : pour un «pur produit de la méritocratie républicaine», on repassera.
Sur les bancs des grandes écoles, le ministre a visiblement appris comment consolider un héritage : en faisant sécession. Et comme le disait Michel Pinçon, sociologue de la bourgeoisie disparu récemment, la ségrégation se fait par la richesse. Pour transmettre à ses enfants son mérite, Pap n’a rien trouvé de mieux que l’École Alsacienne, une école privée pour gosses de riches se préparant un avenir brillant. Pendant que l’enseignement public se meurt, la bourgeoisie met ses enfants à l’abri. L’inverse de la méritocratie et de «l’école républicaine»…

Comme son prédécesseur Blanquer, la tâche de Pap NDiaye est donc de mettre au pas la jeunesse, de la trier, de la faire rentrer vaille que vaille dans le moule du marché du travail. Idéologiquement, NDiaye n’est rien de plus qu’un Blanquer à l’air un peu plus jovial et sans les saillies médiatiques contre l’islamo-gauchisme. Mais idéologiquement, NDiaye c’est Blanquer quand même. La preuve, Édouard Geffray est toujours n°2 du Ministère de l’Éducation – DGESCO – et le religieux Mark Sherringham est toujours à la tête du Conseil Supérieur des Programmes : deux proches de Blanquer, l’un technocrate et l’autre ultra-réactionnaire.

Suite à cinq années de “réformes” désastreuses dans l’Éducation Nationale, NDiaye avait lancé des pourparlers sur les dates du bac pour les nouveaux enseignements de spécialité. Et pour cause : les programmes étaient littéralement infaisables, le Covid ayant servi de prétexte pour mettre en place des aménagements temporaires ces dernières années. Mais le nouveau ministre n’a pas désavoué l’ancien : le bac restera en place au mois de mars afin de comptabiliser les notes dans Parcoursup. Le bac ne vaut plus rien, c’est désormais Parcoursup qui compte, car l’école n’est plus que ça : une gigantesque machine à trier, à sélectionner, à brimer. Bref, une machine qui vise moins à émanciper des êtres humains qu’à les adapter au marché du travail. Et c’est cela qui est confirmé par le ministre.

Pour sauver le bac en mars, avec des programmes rejetés par une large majorité des enseignant-es, le ministre avait le choix : écouter les profs, qui savent un peu de quoi illes parlent puisque c’est leur boulot, ou utiliser la méthode Blanquer. Et vendredi 30 septembre, NDiaye retroussa ses manches pour montrer ses petits muscles de “pur produit de la méritocratie républicaine à qui on la fait pas”. Pas de concertation, mais un arrêté au Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale pour “resserrer” les programmes. Traduction : on enlève des chapitres à évaluer au bac, mais on ne touche pas aux programmes pourris préparés par Blanquer et ses amis.

Le summum de l’hypocrisie porte sur les programmes de Sciences Économiques et Sociales, une matière particulièrement sous contrôle du ministère vu les sujets qu’elle aborde (économie bien sûr, mais surtout sciences politiques et sociologie). Les profs de SES s’étaient d’ailleurs fortement mobilisé-es lors de la réforme du lycée, allant jusqu’à refuser de siéger aux jurys du bac 2019 dans plusieurs académies.

En 2022 les profs de SES auront donc appris en cours d’année que le chapitre sur l’école et le système méritocratique est retiré des exigences du baccalauréat. Tant pis pour les élèves qui auront commencé l’année par ce chapitre et qui ne bénéficieront donc pas de temps supplémentaire pour voir le programme. Ce ne sont, après tout, que 8000 élèves, une broutille face à la nécessité de garder le bac en mars. L’APSES, principale association de profs de SES, a déjà lancé une pétition pour remettre l’ensemble des écrits du bac au mois de juin et réformer les programmes. Un mouvement de grève pourrait voir le jour avec les enseignants d’autres spécialités au mois de novembre. Et si Pap NDiaye ne plie pas, les profs ont encore de la chantilly au frais.


Pour aller plus loin sur le personnage de Pap NDiaye.

Le communiqué de l’APSES.

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