Saint-Nazaire : violences d’État contre les lycéens


Retour sur la journée du mardi 18 octobre à Saint-Nazaire


Les médias nationaux ont beaucoup parlé de la répression qui a touché les lycéens de Nanterre, en région parisienne, la semaine dernière. Celle qui a visé la jeunesse nazairienne le jour de la grève générale du 18 octobre n’a, quant à elle, eu aucun écho.

À Saint-Nazaire, la Cité Scolaire de la ville, construite après guerre, est l’un des plus grands ensembles d’enseignement de France, comptant plus de 3500 élèves, combinant lycée professionnel et général. Ce jour de lutte, le lycée Aristide Briand était bloqué au petit matin. Les élèves manifestaient ainsi leur solidarité avec les grévistes et portaient leurs propres revendications, dans un contexte de plus en plus sombre pour la jeunesse.

À 7h30, ils recevaient déjà des des grenades lacrymogènes. Et cela va durer des heures : la police va tirer un très grand nombre de munitions sur les lycéens pendant toute la journée. En réponse, les jeunes vont tenter de garder la rue. Une barricade sera allumée le long de la route en fin de matinée.

Autour de midi, la police lance des charges pour arrêter des adolescents. Sur Instagram, un jeune de 16 ans raconte qu’il est tombé dans une «embuscade» policière. Cerné, il est plaqué au sol : «un flic m’écrase la tête en me gueulant ”arrête de faire le malin !”» À côté, son ami se fait arrêter également, avec «un flashball braqué à 2 mètres de lui». La police les accuse d’avoir jeté des cailloux. «Ils me mettent en cellule, un type avait gerbé sur les murs, quelqu’un avait balancé de la bouffe sur les caméras, ça sentait la pisse». Dans le couloir, il est humilié sur la couleur rousse de ses cheveux, un policier le fixe, touche son pistolet et lui dit «j’espère que tu passeras la nuit ici, toi». Ce lycéen ne sortira qu’après 24h en cellule, mercredi midi. «Et encore je n’ai rien vécu comparé à certains» explique-t-il.

Selon la presse locale, au moins 11 mineurs ont été mis en garde à vue mardi à Saint-Nazaire. La situation ne s’est partiellement calmée que lorsque des syndicalistes sont venus soutenir les lycéens et s’interposer pour faire cesser les tirs. Mais de nombreuses personnes ont été blessée par des LBD au cours de la journée. Des photos de corps de lycéens marqués par des impacts de balles en caoutchouc circulent sur les réseaux sociaux.

Le syndicat CGT des territoriaux de Saint-Nazaire explique qu’un de ses militant rejoignait «pacifiquement avec sa chasuble CGT le rassemblement» devant le lycée Aristide Briand, lorsqu’il a «reçu un tir de Flash-Ball dans l’arrière de la cuisse.» La police jouait au ball-trap sur tout ce qui passait. Une compagnie venue de Nantes a même été envoyée «en renfort».

Pour autant, dans ce bastion ouvrier qu’est Saint-Nazaire, la journée de grève a été éclatée, avec des AG séparées dans la ville et pas de manifestation dans le centre. D’où un certain sentiment d’impuissance. Les modalités de lutte très timides décidées par les directions syndicales n’ont même pas empêché la répression de se déchaîner sur des mineurs. Partout, c’est la jeunesse qui subit la répression en première ligne. La police va-t-elle continuer à attaquer impunément la jeunesse en lutte sans réaction ?


Le récit du lycéen en garde à vue

Le récit de nos collègues du média Tous dehors

Les images de blessures au LBD par BKNM :

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