Italie, France et ailleurs : l’alliance du néolibéralisme et du fascisme


L’extrême droite est l’arme du capitalisme en temps de crise


«Cela devait être un café rapide et cela s’est transformé en une longue conversation cordiale avec une nette convergence de vue sur les principaux dossiers européens» : c’est l’exclamation d’un néofasciste italien, dans le journal Le Monde, juste après la rencontre entre Macron et la nouvelle dirigeante italienne d’extrême droite Giorgia Meloni. Dimanche 23 octobre, le président français était le tout premier dirigeant étranger à aller saluer en personne, à Rome, la nouvelle cheffe du gouvernement, celle qui admirait Mussolini et dirige un parti issu du fascisme historique.

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron déclarait déjà : «Je suis tout à fait prêt à travailler avec la présidente du conseil italien Giorgia Meloni». Très loin des indignations faciles de certains journaux français, il y a quelques semaines, sur le «retour du fascisme» en Italie. Très loin, aussi, des appels au «barrage républicain» et aux incantations à voter «contre l’extrême droite», qui paralysent toutes les élections françaises depuis 30 ans. En réalité, les néolibéraux et les fascistes n’ont jamais été opposés, ils sont alliés. En France comme en Italie.

Depuis 10 jours en France, des néonazis et des pétainistes défilent en France aux cris de «immigrés assassins» et appellent à «tuer des arabes», en récupérant le crime atroce qui a emporté la petite Lola à Paris. Depuis des mois, l’extrême droite française multiplie les violences, s’entraîne au grand jour, appelle à prendre les armes. Que font les autorités ? Le gouvernement Macron n’a jamais le moindre mot de condamnation face à la montée de ces réseaux ouvertement fascistes, dans les urnes comme dans la rue. Au contraire, il préfère aller saluer les héritiers de Mussolini avec un grand sourire à Rome. Dimanche soir, Macron publiait une photo en compagnie de Giorgia Meloni avec l’explication : «en peuples amis, avec l’Italie nous devrons poursuivre tout le travail engagé. Réussir ensemble, avec dialogue et ambition, nous le devons à notre jeunesse et à nos peuples».

L’extrême droite est le bras armé du patronat. L’ultime recours du capitalisme en crise. En France, Marine Le Pen est désormais soutenue par une large part du patronat. Par exemple, le mouvement de chefs d’entreprises fondé par Sophie de Menthon invite régulièrement Marine Le Pen afin «d’échanger leurs vues sur l’entreprise» selon Le Figaro. Cette patronne au nom à particule, Sophie de Menthon, est l’incarnation du capitalisme prédateur. En 2011, elle justifiait déjà dans une émission le travail des enfants du Tiers-Monde : il faut maintenir le travail des enfants dans les pays sous-développés, car ils font vivre leur famille». Aujourd’hui, cette femme se dit «charmée» par le parti d’extrême-droite : «Ils ne sont pas comme LFI qui veut la révolution et monter à Versailles». Concernant Le Pen, elle explique : «j’ai trouvé une femme libérée, souriante, à l’écoute».

Même situation de l’autre côté des Alpes. Le Figaro expliquait avant les élections italiennes que «Meloni est adoubée par le patronat». Elle jure «vouloir aider ceux qui créent de la richesse et des emplois». Elle a même proposé à Fabio Panetta, économiste de la Banque Centrale Européenne, le poste de ministre de l’Économie. Première décision économique de Meloni ? Annoncer la suppression du revenu minimum universel, équivalent du RSA français, mais aussi «réduire fortement les taxes sur le travail», en particulier sur les nouvelles embauches, ou favoriser les contrats d’apprentissage dès le plus jeune âge. C’est un copier-coller du programme néolibéral de Macron, qui précarise les pauvres et les force à accepter l’exploitation.

Quelle est l’origine du fascisme ? Une milice patronale : Mussolini crée juste après la guerre de 14-18 des «faisceaux» de combat, nationalistes et violents, qui jouent le rôle de briseurs de grève, en attaquant les mobilisations ouvrières massives qui ont lieu en 1919 et 1920. Ces groupes, opposés à la lutte des classes, cassent les luttes sociales et maintiennent l’ordre pour le compte des riches. Deux ans après, Mussolini marche sur Rome et la bourgeoisie lui donne le pouvoir. Hitler s’en inspirera pour imposer le nazisme en Allemagne.

C’est une erreur d’opposer une France démocratique et une Italie conquise par l’extrême droite. Ce sont deux régimes hybrides. Côté français, un gouvernement néolibéral et autoritaire gouverne de fait avec Le Pen. Le RN et En Marche votent l’essentiel des mesures importantes ensemble, ils s’opposent ensemble à la taxation des profits et à l’augmentation des salaires. Macron s’appuie sur une police largement acquise à l’extrême droite pour réprimer les luttes sociales, tout en garantissant l’impunité des néofascistes. En Italie, ce sont les héritiers de Mussolini qui ont gagné dans les urnes, mais avec un programme néolibéral, pro-européen, avec une coalition qui va des néofascistes aux centristes. Macron et Meloni veulent d’ailleurs travailler ensemble sur l’immigration, l’énergie, la crise en Ukraine… À l’international Volodymyr Zelensky s’est d’ailleurs empressé, le jour même des élections, de féliciter la victoire de l’extrême droite en Italie.

Entre un néolibéralisme pré-fasciste et un néofascisme soluble dans le libéralisme, il n’y a guère de différence. C’est la nouvelle gouvernementalité qui s’impose partout : le capitalisme se durcit, la bourgeoisie se radicalise. En face, une seule opposition : le bloc populaire et la contre attaque par les luttes.

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