La star de Cnews : un «prédateur» de mineurs au tribunal

Jean-Marc Morandini est une incarnation de la télévision poubelle, ces médias de masse adeptes de l’audimat à tout prix, des intox et de la vulgarité. Il est aujourd’hui une star de la chaîne d’extrême droite Cnews, possédée par le milliardaire Bolloré. L’animateur a notamment été envoyé dans la rue, entouré de caméras, faire la campagne d’Eric Zemmour il y a quelques mois, ou encore à Nantes ou Lyon pour parler d’insécurité. À Nantes, il s’était livré à un show obscène il y a trois semaines, en qualifiant de «dealers» des passants d’origine maghrébine dans le centre-ville. Ces derniers jours, la chaîne Cnews s’est précipitée sur l’assassinat d’une petite fille pour faire le parallèle entre criminalité et immigration.

Lundi 24 octobre 2022, c’est le même Jean-Marc Morandini qui passait en procès au tribunal de Paris pour des faits de «corruption de mineurs», assimilables à de la pédophilie. Dans cette affaire, il encourt une peine de cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende. Trois jeunes, adolescents au moment des faits, ont porté plainte.

Dès le début de l’audience, l’animateur est recadré car il a pris une photo de la salle d’audience. Quelques minutes plus tard, ses avocats demandent pourtant le huis clos, pour empêcher la presse de couvrir le procès. Demande refusée.

Trois affaires sont évoquées, dont le mode opératoire est similaire. Des adolescents de 14 à 16 ans, «fans» des émissions de Morandini, viennent sur les plateaux, dans le public, ou le contactent pour entrer dans le monde des médias.

La première victime s’était rendue à l’enregistrement d’une émission avec ses parents, et avait été ajouté sur Twitter par l’animateur. Le profil du jeune homme laisse apparaître son âge et un visage juvénile. Rapidement, Morandini lui propose «un plan à trois» avec une animatrice et multiplie les propositions sexuelles.

Jean-Marc Morandini demande : «Et elle les lit tes messages [ta mère] ?» Réponse du jeune homme «Mais non tkt, je ferme mon Twitter.» «Et elle connaît pas ton code ? – Ben non, je me déconnecte -Ouf…» À la barre, l’animateur prétend qu’il s’agit de «blagues» et «d’humour». La juge évoque ensuite un «scénario» autour d’une fellation. Le père de l’adolescent finit par découvrir les messages et met un coup de pression au quinquagénaire. Une plainte sera déposée plus tard.

Un deuxième jeune homme a, lui aussi, échangé avec l’animateur via Twitter. Pour assister aux émissions, Jean-Marc Morandini, lui demande une photo de son pénis. «Pour visiter ses locaux, il m’a demandé une photo de mon sexe. J’ai donc envoyé une photo d’un sexe trouvé sur Internet pour qu’il me laisse tranquille.» Dans la main courante qu’il déposera, cet ado précise qu’il avait dit qu’il avait 15 ans, était en 3e et qu’il aimait le foot et le handball. «Comme je lui ai dit que je faisais du sport, il m’a demandé comment je prenais ma douche ? Nu ou en caleçon ? Est-ce que je regardais les autres ?»

«Est-ce que quand vous demandez à 41 reprises en 50 jours une photo de son sexe à un jeune de 15 ans, c’est une blague ?» demande l’avocat de la victime. «C’est une blague lourde. Mais c’est une blague.» Le jeune homme explique qu’aujourd’hui, il est toujours sous traitement médicamenteux et qu’il a toujours du mal à dormir.

Troisième témoignage, un autre mineur à l’époque des faits invité chez Jean-Marc Morandini, officiellement pour passer un casting pour un remake du film «Ken Park». Il s’agit d’un film américain interdit aux moins de 18 ans, montrant notamment des relations sexuelles entre adultes et adolescents. «Il m’a demandé de m’asseoir sur le canapé. Il est venu à côté de moi. Assez proche. Sur la table basse, des photos avec des sexes d’homme en gros plans et des visages.» L’animateur passe des extraits du film au jeune homme «il m’a montré une scène avec une femme qui avait un rapport sexuel avec deux garçons. J’étais mal à l’aise. Jean-Marc Morandini commentait les scènes.» Puis «il m’a dit de me lever et me mettre contre un mur. Il a fait des photos. Son regard a changé». Morandini lui demande de se déshabiller, «Je lui ai dit non. Il m’a montré des photos de garçons nus devant le même mur. Je ne voyais pas de porte de sortie. Il m’a fait comprendre que j’étais venu de Rennes…» L’ado se retrouve nu, «il m’a dit que j’avais un petit sexe. Je ne pouvais plus bouger.» L’animateur lui demande de se masturber. La victime finit par refuser, se rhabille et part.

L’avocat de la victime précise que Jean-Marc Morandini n’avait pas racheté les droits du film, n’avait pas de scénariste, pas de metteur en scène, pas de scénario. Ce casting était un prétexte, un piège.

L’animateur est poursuivi dans une autre affaire similaire, révélée par le journal Les Inrocks. En 2015, une boîte de production contacte plusieurs hommes, tout juste majeurs, qui rêvent d’être acteurs et postulent en ligne, pour un casting en vue d’une «websérie» sur le football, baptisée «Les Faucons». Derrière le l’initiative, Jean-Marc Morandini, qui leur explique qu’il s’agit d’un projet sur «les jeunes et la nudité, sans tabou». Il va filmer les jeunes hommes nus dans un vestiaire ou encore demander des vidéos de masturbation. La directrice de casting propose à l’un d’entre eux de jouer une scène de fellation, et lui demande si son partenaire peut être «JMM».

Les jeunes comédiens se disent ensuite manipulés, une affaire sera jugée pour «travail dissimulé» et «harcèlement sexuel». Un procès aura lieu ultérieurement.

Revenons au procès du lundi 24 octobre. L’animateur ne semble pas vraiment avoir de regrets. Le procureur explique qu’il va demander une «peine lourde, car il y a trois victimes». Et requiert finalement un an de prison avec sursis. Les avocates de Morandini demandent la relaxe pure et simple. Le délibéré est fixé le 5 décembre.

L’animateur a expliqué lors du procès gagner autour de «20.000 euros par mois» chez Cnews. La chaîne d’extrême droite a annoncé qu’il «resterait à l’antenne» lors de ses procès. Alors que les journaux de Cnews montent en épingle le moindre fait divers, aucun sujet n’a été consacré au procès de Morandini.

Dans le même média, le pétainiste Eric Zemmour qui a monopolisé les antennes pendant des années, est la cible de nombreuses accusations d’agressions sexuelles. Sans conséquences.

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