đź’¸ MĂ©gabassines : la rĂ©pression a dĂ©jĂ  coĂ»tĂ© plus d’un million d’euros


Ă€ propos d’Ă©conomie et de rĂ©pression : un calcul du coĂ»t du dispositif Ă  Sainte-Soline


Pour protĂ©ger une esplanade en terre battue, le week-end du 29 et 30 octobre 2022, l’État français a dĂ©ployĂ© 1700 gendarmes, une antenne du GIGN, 7 hĂ©licoptères, des drones. Cela aura coĂ»tĂ© plus d’un million d’euros. On vous explique.

En 2018, une seule heure de vol d’un seul hĂ©licoptère au dessus de la ZAD Ă©tait estimĂ©e Ă  1500 euros par la radio France Inter. Des sites de professionnels du secteur Ă©voquent le chiffre de «plus de 2000€» pour une heure d’utilisation d’un hĂ©licoptère «écureuil», celui utilisĂ© par les gendarmes. MĂŞme en gardant la fourchette la plus basse (celle de France Inter, et sans compter l’augmentation du prix du carburant ces derniers mois), en partant sur 7 heures de vol pour 7 hĂ©licos, cela donne minimum 73.500€ par jour. Mais cela ne compte pas l’aller-retour depuis les bases, parfois lointaines. Ni les survols qui ont eu lieu dès le vendredi et jusqu’au dimanche soir. On peut facilement arrondir Ă  au moins 100.000 balles d’hĂ©licos.

Le coĂ»t des gendarmes ? Lors de l’expulsion de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en 2018, c’Ă©tait 220.000€ la journĂ©e selon France Inter. Oui, la journĂ©e. Ă€ l’Ă©poque, pour environ 3000 agents sur zone, il fallait compter 100.000 balles d’hĂ´tel par nuit pour loger les forces de rĂ©pression, et 120.000 de primes de dĂ©placement tous les jours. Mais cela ne comprend pas le salaire fixe des gendarmes, bien mieux payĂ©s que des ouvriers, des profs ou des infirmières. Et le prix des repas, fournis par des prestataires ? 50.000€ par jour !

Pour 1700 gendarmes prĂ©sents 3 jours (du vendredi soir au lundi matin) dans les Deux-Sèvres, on peut facilement Ă©valuer le total des frais de personnels entre 500.000€ et 750.000€. Quid du GIGN et des gradĂ©s, qui bĂ©nĂ©ficient sans doute d’un traitement spĂ©cial ? Combien de milliers d’euros en plus ?

Il faut ajouter le prix du carburant des dizaines de fourgons. Certains escadrons ont traversé la France pour venir sur le site. Mais aussi le coût des munitions tirées. Chaque grenade coûte entre 30 euros et 50 euros pièce. La gendarmerie en a tiré des milliers. Fourchette basse : 50.000€ de grenades.

Tout cela reste sous-Ă©valuĂ©, car il faut ajouter les dispositifs d’Ă©coute, la rĂ©munĂ©ration d’infiltrĂ©s envoyĂ©s sur site, les drones, les enquĂŞtes et la surveillance en amont et en aval. Et tous les checkpoints postĂ©s jusqu’Ă  20 kilomètres autour du site.

En additionnant les diffĂ©rentes sommes, on arrive dĂ©jĂ  facilement Ă  un million d’euros uniquement destinĂ©s Ă  faire peur, blesser et arrĂŞter des Ă©cologistes. Pour un week-end. Autour d’un chantier vide. Darmanin annonce dimanche soir que 1000 gendarmes vont rester durablement sur place pour empĂŞcher une ZAD de s’installer. Cela veut dire plusieurs centaines de milliers d’euros supplĂ©mentaires par jour !

Ă€ quoi sert ce rapide calcul ? Ă€ montrer que la rĂ©pression est idĂ©ologique. L’État pouvait très bien laisser les anti-bassines bouger quelques grilles et envahir un trou en terre battue. Mais non, il fallait tenter de briser les rĂ©sistances, ce qui n’a heureusement pas marchĂ©. S’il faut mettre plus d’un million d’euros contre une seule mobilisation Ă©cologiste, le rĂ©gime sort le portefeuille. Il n’y a pas de “sobriĂ©tĂ©” en matière de terreur d’État. Soumettre la population, l’empĂŞcher de prendre en main son avenir, ça n’a pas de prix.

Rappelons pour finir que 7 hĂ©licoptères pour une seule manif, c’est du jamais vu en France, mĂŞme lors des plus grosses opĂ©rations sur des ZAD ou pendant les Gilets Jaunes. Les gendarmes avaient mĂŞme des fusils Ă  “marquage chimique” et autres panoplies “innovantes”. Et ce n’est que le dĂ©but : 90 blindĂ©s neufs arrivent sur le terrain, de nouvelles unitĂ©s de super-CRS sont dĂ©ployĂ©es dans les villes, le gouvernement annonce 15 milliards d’euros supplĂ©mentaires sur cinq ans pour le ministère de l’IntĂ©rieur et veut “doubler les effectifs sur le terrain”.

L’État français se radicalise.


Le chiffrage de France Inter en 2018.