11 Novembre : mémoire d’un ensauvagement nationaliste


Il y a 104 ans jour pour jour s’achevait la plus effroyable boucherie que l’Europe avait alors jamais connue, la première guerre mondiale.


4 années de conflit, 10 millions de morts, 40 millions de blessés, et d’innombrables mutilations atroces. Des hommes défigurés, invalides, traumatisés : une génération entière sacrifiée. 11 départements français et 3000 communes dévastées par les combats. Sur des kilomètres, la désolation, des trous d’obus, de la terre, des tranchées, du sang.

La Première Guerre Mondiale est une boucherie industrielle. 1 milliard d’obus tirés. Les premiers gaz militaires et les premiers avions de guerre expérimentés. Les soldats sont précipités dans un massacre mécanique, sans commune mesure avec les conflits précédents.

Comme toujours en France, on trouve aux commandes, au gouvernement comme à la tête de l’armée, des fous dangereux. Des généraux aussi incompétents qu’avides de sang envoient à la mort des hommes par dizaines de milliers. En 1917, le «généralissime» Nivelle sacrifie 350.000 soldats en quelques jours pour un résultat inexistant. Le général Joffre, qui a donné son nom à tant de rues et de places en France, préconise une technique aussi désuète que terrifiante : la «furia française» ou «offensive à outrance». Le principe est simple : envoyer en masse les fantassins équipés de baïonnettes face aux obus et aux mitrailleuses allemandes. Les soldats n’ont aucune protection, vêtus de tenues bleues et rouges en tissus. Résultat : plusieurs centaines de milliers de morts en quelques jours dès le début de la guerre. Joffre et Nivelle ne répondront jamais de leurs crimes. Par contre, ceux qui refusaient d’aller à la mort ont été fusillés pour l’exemple.

La guerre des tranchées, ce sont aussi plusieurs centaines de milliers de civils hommes, femmes et enfants qui meurent de famine à l’arrière, alors que les gouvernements dépensent des sommes astronomiques en armement. Ce sont des troupes d’hommes venus des colonies françaises et anglaises, envoyés en première ligne pour mourir dans des champs à plusieurs milliers de kilomètres de chez eux. Si toutes les victimes civiles et militaires de cette guerre défilaient sous l’Arc de Triomphe, il faudrait des semaines de commémoration. Il ne reste de tous ces cadavres que plusieurs tonnes de médailles posthumes et des hectares de cimetières dans les champs boueux de l’est de la France, des enfants innombrables qui ont grandi sans père.

La guerre des tranchées est la première opération concertée de propagande moderne. Les médias allemands, français, anglais et autres vont endoctriner méthodiquement les populations pour les envoyer au massacre. On flatte les instincts nationalistes, on parle de guerre «juste», on invente tous les plus gros mensonges pour pousser des peuples à s’entretuer. Durant toute la guerre, la presse française fait preuve d’un zèle total pour mentir et manipuler la population. La propagande au quotidien. Rien n’a changé. Cette guerre n’a été déclenchée que pour satisfaire les délires revanchards des gouvernements français et allemands, et pour enrichir les marchands de canon. «On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels» écrivait très justement Anatole France peu après le conflit.

Cet immense gâchis, cet océan de souffrances, pour quoi ? Rien. Pire que rien : cette guerre sera la mère de toute les autres. 20 ans plus tard, un deuxième conflit dévaste l’Europe et le monde : ses racines remontent à la guerre de 14. Les totalitarismes sont nés dans cette Europe meurtrie, militarisée, brutalisée. Hitler et Mussolini, anciens soldats, sont les purs produits des tranchées. Ils veulent continuer la guerre, imposer un ordre nouveau, nationaliste et autoritaire.

La Première Guerre Mondiale c’est aussi l’une des plus grandes trahisons de la gauche. Les socialistes et les syndicats avaient juré de ne pas laisser les peuples s’entre-tuer, car les opprimés de tous les pays ont les mêmes intérêts. Mais en France, au moment de la mobilisation générale, la CGT n’appelle finalement pas à la grève : elle se rallie à l’Union Sacrée et à la propagande de guerre ! En Allemagne, seule une infime partie du Parti Socialiste va œuvrer pour la paix, dans la clandestinité, et sera durement réprimée.

Aujourd’hui les nuages de la guerre menacent encore. Un conflit sanglant est déjà en cours en Europe, des blocs s’affrontent de nouveau. Les fascistes sont aux portes du pouvoir dans de nombreux pays, ils l’ont déjà conquis. Le gouvernement français veut endoctriner la jeunesse dans un «Service National Universel», un véritable dressage nationaliste. Les crédits militaires explosent, les États se réarment. Le capitalisme est de plus en plus sauvage. Face à l’internationale autoritaire qui se constitue, de Rio de Janeiro à Rome, de Moscou à Budapest, il est vital de reconstruire une internationale sociale, anticapitaliste, révolutionnaire, pour que jamais ne revienne la guerre entre les peuples.


Dessin : Tardi

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