De lourdes amendes en cas de blocages de routes et d’occupations ?


Le parti au pouvoir veut une loi punissant de 1 600€ «d’amende forfaitaire délictuelle» les «entraves à la circulation»


En novembre et décembre 2018, le pouvoir a tremblé. En plus de manifestations émeutières dans les grandes villes françaises, des milliers de ronds-points étaient bloqués, des autoroutes et des péages paralysés, de grands centre commerciaux inaccessibles. Les Gilets Jaunes ont freiné les flux. Et le capitalisme ne fonctionne que grâce aux flux : le déplacement constant de marchandises, d’informations et d’êtres vivants. Quand tout est bloqué, la grande machine est enrayée.

Le gouvernement français est actuellement en train de faire passer la loi LOPMI au Parlement, qui signifie «loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur». Une batterie de mesures autoritaires dont on entend peu parler malgré leur gravité. Hausse massive du budget de la répression, attaques frontales contre les libertés restantes, militarisation toujours plus dure du maintien de l’ordre.

Et dans cette fuite en avant, le parti présidentiel veut généraliser les «amendes forfaitaires délictuelles». Créées en 2016, ces amendes permettent aux policiers de prononcer une sanction pénale en-dehors de tout procès. Le policier administre directement la peine, sans juge, sans débat, sans possibilité de se défendre. Avec la LOPMI, le clan Macron veut que ces «amendes délictuelles» soient très lourdes en cas de blocages de routes et d’occupations de lieux d’études. Il est clair que Macron se prépare à rencontrer des résistances lorsqu’il va s’en prendre aux retraites et autres conquêtes sociales. Il fait donc passer en prévision une législation qui permettra de frapper économiquement et massivement ses opposants.

À travers la LOPMI, Macron veut punir d’amendes de 500 à 1000€ les lycéen-nes et étudiant-es qui occuperaient leurs facs ou leurs bahuts. Un vieux rêve de la bourgeoisie : empêcher le monde étudiant de lutter et de s’approprier ses lieux d’études. Si la mesure passe, les autorités pourraient aussi considérer les Assemblées Générales et autres réunions comme des «occupations» et distribuer de lourdes amendes à des étudiant-es déjà précaires.

Autre projet, des amendes de 800 à 1600€ à ceux qui «entravent la circulation». Cela peut recouvrir une palette extrêmement large d’actions. Barrer une autoroute, mais aussi tout simplement marcher en-dehors des parcours officiels, occuper un rond-point ou monter une barricade, peuvent aussi être considéré comme des «entraves». C’est une atteinte dissimulée au droit de manifester, une de plus.

Dans sa guerre sociale, le pouvoir s’attaque au porte-monnaie. Qui peut se permettre de risquer des amendes aussi lourdes en période d’explosion des prix ? Et même avec des caisses de soutien, comment faire si des forces de l’ordre distribuent délibérément ces amendes exorbitantes en masse, de la même manière qu’ils en ont distribué des dizaines de milliers pendant le confinement ?

Après l’interdiction des manifs et les tirs de grenades, après les arrestations et les dissolutions d’associations ou de médias indépendants, après la réquisition de grévistes pour briser le mouvement des raffineries : l’amende pour blocage est un moyen supplémentaire qui frappe les économies des opposant-es, en plus de la répression physique. La marque d’une démocrature.

La LOPMI a été adoptée le 18 octobre en première lecture par le Sénat. Elle est actuellement débattue au Parlement.


Une pétition a été mise en ligne contre cette mesure.

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