Vendée : chronique de l’injustice ordinaire


On parle rarement de la Vendée, sauf lorsqu’il s’agit du Puy du Fou. Le département situé au sud de Nantes est réputé calme, conservateur, rural et balnéaire. Pourtant, il s’y passe des choses. Voici cinq histoires révoltantes vues et vécues en Vendée : celles d’une justice aux ordres des forts et dure avec les faibles.


➡️ Un couple privé de logement

En 2018, Adrien et Marine s’installent comme maraîchers bio dans la petite ville de Mâché, en Vendée. Ils y vivent en mobil-home avec leurs deux enfants, un habitat léger avec un très faible impact sur les terres qu’ils exploitent. Une agriculture qui répond aux problématiques d’aujourd’hui et de demain. Mais l’actuel Maire de Mâché ne le voit pas sous cette angle, le terrain n’étant pas constructible il décide de lancer une procédure d’expulsion. Quelque mois plus tard la justice rend son verdict, le couple est sommé de remettre en état la parcelle, autrement dit, ils sont expulsés de chez eux sur leur propre terrain.

Résultat : les deux parents sont actuellement en arrêt maladie suite à ces pressions morales. La justice ordonne de priver de toit un couple, ses enfants, et les maigres salaires qu’ils arrivent à se sortir ne suffiront pas à rénover l’ancienne maison présente sur la parcelle ou trouver une solution digne. Une pétition déjà signée plus de 100.000 fois est en ligne. Bien plus qu’un simple respect de la loi c’est un modèle de vie qui est attaqué.

➡️ Tourisme et campings

La justice prive une famille de son mobil-home, mais ne s’attaque pas aux énormes machines à fric touristiques que sont les campings. Des entreprises qui peuvent se permettre de préempter des terres agricoles, parfois protégées, y compris en cas de risques de submersion marine, pour artificialiser et y implanter leurs parcs de mobil-homes. Ces mêmes campings ont l’autorisation de gaspiller des centaines de milliers de mètres cube d’eau dans leurs infrastructures aquatique alors que n’importe quel-le habitant-es du Nord-Ouest et Sud Vendée risque de payer une amende en période de restriction d’eau, ou quand les villes côtières perdent peu a peu de leur surface agricole au profit de lotissement champignons hideux, vides pour la plupart du temps, faisant grimper le prix de l’immobilier bien au-dessus du niveau de vie des populations locales. Une partie des nouveaux lotissement seront bientôt en-dessous du niveau de la mer, laissant planer le risque de nouvelles submersions marines meurtrières comme ce fut le cas en 2010 avec la tempête Xynthia. Les leçons n’ont pas été tirées.

➡️ Prison ferme pour des étincelles

Au tribunal de La Roche-sur-Yon, un jeune tout juste majeur était jugé le 20 décembre. Il sortait de garde-à-vue, envoyé en comparution immédiate. Le soir de la finale de coupe du monde, il sortait en état d’ébriété et tirait quelques feux d’artifice. Deux gerbes d’étincelles avaient touché les murs de la gendarmerie de Montaigu. Il n’y a ni blessé, ni dégât, ni un quelconque préjudice. Pourtant, la juge assène : «C’est une arme de guerre monsieur, j’espère que vous en avez conscience.» Le jeune homme dit qu’il ne savait pas que c’était une gendarmerie, les forces de l’ordre affirment que si. 24 mois d’emprisonnement, dont 12 ferme avec mandat de dépôt. Un jeune homme de 18 ans part derrière les barreaux, pour rien.

➡️ Port artificiel

À Brétignolles-sur-mer, le maire voulait absolument construire un port de plaisance artificiel, dévastant le littoral protégé. En 2019, il avait même démarré des travaux illégaux sur la côte, pourtant protégée par diverses lois de protection environnementale, sans que la justice n’intervienne.

À l’époque habitant-es, associations, gilets jaunes et militant-es écologistes avaient mis un coup d’arrêt au projet de pataugeoire du mégalomane et de sa milice. Mais les dégâts causés par le début des travaux sont très importants et la zone n’a toujours pas été réparée, laissant au passage une mer de sable où la végétation peine à revenir. La justice a fait son choix : défendre le capitalisme mortifère au mépris même des lois qu’elle est censée faire respecter.

➡️ Mégabassines

En Vendée aussi, des mégabassines ont été construites pour capter l’eau des nappes phréatiques au profit de gros agriculteurs. Ces bassines ont récemment été mises en lumière grâce aux mobilisations dans les Deux Sèvres. Ici encore, la justice n ‘a vu aucun problème à privatiser une ressource universelle indispensable à la vie.

Début août 2022 deux débâchages ont eux lieu sur des bassines dans le Sud Vendée. Car les gestes de résistance se multiplient dans le département. Le début d’une grande série ?


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