Mathieu Rigouste : tabassé par la police, le chercheur passe en procès


«L’état m’a tabassé, il a fait son travail» : procès ce jeudi 5 janvier


Mathieu Rigouste est un chercheur indépendant, qui travaille notamment sur la police et les violences d’État. On lui doit des ouvrages passionnants, tels que «La domination policière», livre sociologique et historique sur la police et sa généalogie raciste, mais aussi «La police du futur», sur les innovations sécuritaires, ou encore des travaux sur la guerre d’Algérie. Mathieu Rigouste est également engagé dans les luttes sociales de sa ville.

Alors qu’il décrypte et dénonce les violences policières dans ses livres il subit lui-même, dans la nuit du 21 au 22 juin 2013, une agression de la part de trois policiers. Alors qu’il tente d’interrompre une bagarre avec des amis, une bande d’agents en civil débarque et arrête plusieurs personnes, dont le chercheur. Il raconte : ils «m’attrapent et m’écrasent au sol. Le premier me comprime la cage thoracique en m’enfonçant la colonne vertébrale avec son genou. Pendant ce temps un second me serre les menottes jusqu’à l’os. Tandis qu’un troisième me maintient les pieds». Il poursuit : «On m’a ensuite enfoncé dans la voiture en me cognant la tête contre le bord de la carrosserie», un policier «a placé sa main derrière ma nuque et a envoyé de toutes ses forces ma tête contre un mur. Puis un autre ou le même – je ne sais pas, on m’a toujours frappé par derrière et menotté – a écrasé ma tête avec sa main contre de lourdes portes battantes». Il est ensuite frappé au sol dans un commissariat de Toulouse. Le bilan des blessures constatées par les médecins est impressionnant : fracture du poignet gauche, traumatisme facial avec hématome, œdème péri-orbitaire, une plaie à la lèvre inférieure et une contusion à la cheville droite. Mathieu Rigouste a vécu un calvaire, un défoulement policier. Il écrira : «L’état m’a tabassé, il a fait son travail».

Le sociologue va ensuite porter plainte, mais comme dans la plupart de ces affaires, les policiers sont blanchis. Les agents prétendent que le chercheur serait tombé seul, malgré des éléments accablants et de nombreux témoignages. La justice rend un non-lieu en août 2021, après de longues années de procédure, et innocente ainsi les trois policiers. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Quand il s’agit de répression, c’est la victime qui se retrouve bien souvent poursuivie.

Mathieu Rigouste est donc envoyé sur le banc des accusés, quasiment 10 ans après les faits. Six policiers de la BAC l’accusent d’«outrage, violence et rébellion», accusations pour lesquelles la peine maximale encourue est de 3 ans de prison et 45.000 euros d’amende. Le récit rocambolesque des agents de la BAC prétend que la victime aurait sauté «les deux pieds en avant» sur les policiers avant d’en frapper un au visage. Les policiers réclament également qu’il soit fiché S. Un non-sens complet : ce n’est pas à la police de réclamer une peine et ce n’est pas à un juge de déterminer qui doit être fiché, même si, en l’occurrence, il suffit de lutter contre les violences policières pour subir un fichage.

Cette double répression, policière et judiciaire, d’abord réservée aux habitant-es des quartiers, puis étendue à de larges spectres contestataires frappe aujourd’hui une part croissante de la population. Cette affaire est évidemment politique. L’acharnement qui poursuit Mathieu Rigouste depuis 10 ans est une attaque contre un chercheur indépendant qui travaille sur les violences de la police.

Le procès a lieu ce jeudi 5 janvier 2023, au tribunal de Toulouse. Un rendez-vous est fixé à partir de 13h devant le palais de justice. Le Comité Vérité et Justice 31 annonce «une table de presse et des prises de parole seront organisées devant le tribunal, accompagnées de thé et de café». Si vous êtes dans les parages, n’hésitez pas à y apporter votre soutien, la solidarité est notre arme.