Noël Le Graët : itinéraire d’un malfaiteur du foot business

Noël Le Graët, puissant patron de la Fédération Française de Football et représentant de l’Europe au sein de la FIFA, la Fédération International de Football, est dans la tourmente. Il s’est attaqué au monstre sacré du ballon rond : Zinedine Zidane. Interrogé sur la carrière du virtuose du ballon rond, il a répondu, méprisant : « Moi, je n’en ai rien à secouer. Il peut aller où il veut ! Il peut aller où il veut, dans un grand club, une sélection, j’y crois à peine en ce qui le concerne. Si Zidane a tenté de me joindre ? Certainement pas, je ne l’aurais même pas pris au téléphone.»

La déclaration fait scandale. Pourtant, Noël Le Graët n’en est pas à son premier «dérapage». Racisme, homophobie, harcèlement, soumission au Qatar. Itinéraire d’un malfaiteur du foot capitaliste.

➡️ Patron breton

Le Graët est d’abord un patron et un politicien. Il fonde dans les années 1980 un groupe agroalimentaire dans la ville de Guingamp, qui vend des fruits de mer et du poisson. L’entreprise s’agrandit, absorbe d’autres sociétés, notamment l’entreprise de croquettes Friskies. En 2017, le groupe réalise 200 millions d’euros de chiffre d’affaire. Riche économiquement, Noël Le Graët touche aussi à la politique, puisqu’il est membre du Parti Socialiste et se fait élire maire de Guingamp de 1995 à 2008.

En parallèle, il monte dans l’organigramme du football mondial. Il enchaîne quatre mandats à la tête de la FFF, indéboulonnable boss du foot français, réélu en 2021 à l’âge de presque 80 ans. Membre de la FIFA, il devient une figure des institutions mondiales du foot. Il y soutient l’homme d’affaire Sepp Blatter, ancien patron du foot mondial mis en cause dans plusieurs affaires de corruption. Sous son mandat, l’attribution de Coupes du Monde dans des conditions louches, sur fond de fortes sommes d’argent s’enchaînent.

➡️ Racisme

En septembre 2020, Noël Le Graët estime que «Le phénomène raciste dans le sport, et dans le football en particulier, n’existe pas ou peu» après que Neymar, joueur brésilien recruté par le PSG, se soit plaint d’injures racistes.

La même année, Kylian Mbappé explique qu’il a failli arrêter de jouer pour l’équipe de France après avoir reçu des tonnes d’insultes racistes suite à la défaite de la France lors de l’Euro. Il explique qu’il n’a pas été soutenu par Noël Le Graët : «Je lui ai bien expliqué que c’était par rapport au racisme et NON au penalty. Mais lui considérait qu’il n’y avait pas eu de racisme…»

Le Graët, en tant patron du foot français, n’a pas non plus fait grand chose contre le pillage des joueurs africains, débarqués en Europe de plus en plus jeunes, dans des conditions toujours plus dégradées qui virent au trafic d’êtres humains. Modification de l’âge des joueurs, réseaux mafieux et agents qui s’engraissent sur le dos des familles… et les jeunes joueurs qui ne percent pas sont finalement jetés dans la misère, sur un continent qu’ils ne connaissent pas. Si Le Graët n’a pas fait cesser ces pratiques, c’est qu’il y a de l’argent à se faire, beaucoup d’argent. L’africain est une marchandise comme une autre, sa valeur est spéculative sur le marché des transferts et la FFF a intérêt à se servir dans les anciennes colonies avant que les autres championnats ne s’en emparent.

➡️ Sexisme et homophobie

En 2019, Noël Le Graët affirme qu’il ne souhaite pas que les matchs de foot soient interrompus lors de chants homophobes. Son argument ? «Le racisme dans les stades et l’homophobie en tribunes, ce n’est pas la même chose». En 2022, il s’oppose publiquement au port d’un brassard contre l’homophobie par les joueurs français au Qatar. «J’ai été l’un des leaders pour qu’il n’y ait pas ce brassard. Trois ou quatre pays, toujours d’Europe de l’Ouest, le voulaient.»

Par ailleurs, au sein de la FFF, des femmes dénoncent le harcèlement et les messages à caractère sexuel envoyés par Noël Le Graët. «Venez chez moi pour dîner ce soir», «Je préfère les blondes, donc si ça vous dit», «Vous êtes drôlement bien roulée, je vous mettrais bien dans mon lit», voici quelques SMS reçus par des femmes travaillant pour la Fédération. L’une d’elle raconte «Il me dit qu’il faut que je me mette en jupe le jour du voyage. Évidemment je refuse, je mets un pantalon. Dans l’avion, je suis à côté de lui, il pose sa main sur ma cuisse. Je l’ai repoussé en lui disant ‘président, on ne va pas commencer le trajet comme ça’». Plusieurs d’entre elles ont démissionné car elles se sentaient «harcelées sexuellement, mais aussi moralement» et ont évoqué une ambiance «toxique» et «sexiste».

➡️ Dissimulation d’actes pédophiles ?

Le journaliste Romain Molina, qui travaille sur les dessous du football, a réalisé une enquête accusant la Fédération française de football d’avoir couvert de nombreux cas d’abus sexuels, notamment sur des adolescents. Selon lui Noël Le Graët, ainsi que plusieurs personnes haut-placées à la FFF, auraient «couvert de multiples affaires d’abus sexuels, y compris des abus sur des joueurs mineurs». Son enquête révèle que la FFF aurait mené des enquêtes internes, et aurait découvert de nombreux cas d’abus sexuels, mais les aurait délibérément dissimulés.

➡️ Qatar

Naturellement, Noël Le Graët soutient l’attribution de la Coupe du Monde au Qatar par la FIFA. Pour se justifier, il va minimiser les conditions de vie difficiles des travailleurs exploités dans la monarchie. À propos des conditions indignes subies par les employés de l’hôtel des Bleus, des dortoirs insalubres filmés par des journalistes, il balaie d’un revers de la main : «C’est pas insoluble ça. C’est des coups de peinture.» Il explique par ailleurs : «Je suis persuadé que ça va évoluer positivement au Qatar et je défends le principe de progrès grâce à la Coupe du monde.» Il estime même que le Qatar «a fait d’énormes progrès sur le plan social».

Pendant la compétition, Noël Le Graët, ne réside pas au camp de base des Bleus mais à Doha, dans un hôtel de luxe, à Doha, avec les membres du Conseil de la FIFA, dont il fait partie.

En définitive, Noël Le Graët crée aujourd’hui un scandale pour phrase irrespectueuse envers Zizou alors qu’il mène depuis des années, à la tête du foot français, une politique relativisant l’homophobie et le racisme, qu’il est accusé de harcèlement sexiste et d’avoir couvert des agressions, et affiche son soutien à une dictature théocratique. Alors qu’il est sur la sellette, souvenons nous de l’ensemble de son œuvre.

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