«Valeur travail» : dynasties de milliardaires


«Les riches ont travaillé dur et ont pris des risques pour arriver où ils sont». «Les milliardaires sont des génies partis de rien». Ces mythes imposés par l’imaginaire néolibéral sont complètement faux. Un exemple avec l’homme le plus riche du monde : le français Bernard Arnault, empereur du luxe.


Lignée d’ultra-riches

Sa fortune est estimée à 182 milliards de dollars, loin devant le deuxième plus riche du monde, Elon Musk. Bernard Arnault, lui-même issu d’une grande famille patronale, est en train de placer ses cinq enfants à des postes prestigieux au sein de ses entreprises. Son fils Antoine a été nommé en décembre à la tête de la holding de contrôle de LVMH. L’aînée Delphine prend la présidence de Christian Dior Couture. Les trois autres fils de Bernard Arnault ont aussi des postes dorés : Alexandre est, à 30 ans déjà, vice-président exécutif du joaillier américain Tiffany, à l’âge où la plupart des personnes galèrent pour sortir de la précarité. Frédéric, 28 ans, est à la tête d’une firme de montres de luxe et Jean, 25 ans, est directeur du marketing et du développement chez Louis Vuitton. Le mérite on vous dit ! Les cinq rejetons du milliardaire ont trimé comme des bêtes et ont dû faire leurs preuves pour gravir les échelons !

Mirage

En 2015, Macron part faire un show sur les start-up à Las Vegas. Il prépare sa future campagne présidentielle. Interrogé par un journaliste sur ce voyage bling bling il répond : «Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires». En une seule phrase, Macron diffuse alors deux mirages toxiques de l’imaginaire capitaliste. Non, être «milliardaire» n’est pas souhaitable, l’accumulation illimitée d’argent bien au-delà de tout ce qu’on pourrait dépenser dans une vie est une déviance. D’autant plus qu’il s’agit de fortunes amassées sur le travail des autres ou sur une spéculation improductive. Non «être milliardaire» ne se fait pas par choix, à la force du travail. Les «self made men» partis de rien et devenus milliardaires n’existent pas. En réalité, les riches forment des dynasties.

Héritage

Le Financial Times, le très libérale journal économique anglais, mesurait qu’en France 80% de la fortune des milliardaires provient de l’héritage. Notre pays est devant l’Allemagne, l’Italie ou l’Inde en matière de reproduction des milliardaires. La «réussite», «l’innovation» ou les «risques» pris par les riches sont des arnaques. C’est l’argent de papa qui fait le boulot dans 8 cas sur 10.

Prenons l’exemple d’Elon Musk : héritier de parents ayant une mine de diamants en Afrique du Sud, il est contre le salaire minimum, contre les allocations, contre l’État social tout étant pour les aides publiques à son entreprise Tesla. Prenons un autre milliardaire, Arnaud Lagardère. Un empire légué par son papa, qu’il a dilapidé et ruiné par de mauvais choix. Rassurez vous, il lui restera toujours assez pour avoir une vie entière de pacha. De même, le groupe Mulliez qui possède des grandes surface ou Pinault dans le luxe et Dassault dans l’armement, ont tous des directions «familiales», avec les enfants du big boss aux postes clés. Grands patrons richissimes de père en fils ou filles.

Mais le phénomène ne se limite plus aux ultra-riches. La France redevient un pays d’héritiers, sans possibilité d’ascension sociale. La part de la fortune héritée dans le patrimoine total représente 60% aujourd’hui contre 35% dans les années 1970. Du simple au double. Cela veut dire qu’avec des parents pauvres, il est quasiment impossible de sortir de la pauvreté, malgré les rares exceptions mises en avant par les médias pour faire croire au grand rêve capitaliste. Pourquoi diffuser ces mythes ? Pour que les enfants du prolétariat ne cherchent pas à détruire le système, mais à y prendre des responsabilités, à jouer le jeu du capitalisme, sans savoir qu’ils ont très peu de chances d’y parvenir.


Une source : https://www.ft.com/content/747a76dd-f018-4d0d-a9f3-4069bf2f5a93

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