Guyane : un projet de centrale menace la forêt


«Zone Autochtone à Défendre»


En bas : vue aérienne du projet
En haut : des personnes bloquant le chantier

Alors que Macron parade en Afrique centrale à l’occasion du One Forest Summit, l’État français perpétue sa politique coloniale en imposant un projet aberrant de centrale photovoltaïque en Guyane, quitte à détruire plusieurs dizaines d’hectares de forêt amazonienne.

On le rappelle, la Guyane est un réservoir mondial de la biodiversité où cohabitent près de 5.500 espèces végétales, 700 espèces d’oiseaux, 177 espèces de mammifères ou encore 430 espèces de poissons. C’est aussi un territoire en forte expansion démographique depuis près de 20 ans qui traverse une profonde crise économique. Aujourd’hui encore, beaucoup de guyanais-es n’ont pas accès à l’électricité. On estimait en 2017 que 53% des guyanais-es vivaient sous le seuil de pauvreté (moins de 1010€ par mois).

Pour répondre aux besoins énergétiques de la population, les politiques publiques ont alors brutalement imposé la construction d’une centrale photovoltaïque et à hydrogène sur un territoire de forêt du village de Prospérité (proche de Saint-Laurent-du-Maroni). Sous couvert du développement des énergies verte, le projet est présenté comme un projet durable. Pourtant pas moins de 80 hectares de forêt primaire devront être rasés pour permettre l’implantation de cette centrale.

Décidés à faire déplacer le projet sur des espaces nettement moins sensibles, près de 200 Kali’na – peuple autochtone de la côte Caraïbe – s’opposent farouchement aux politiques et administrations qui soutiennent les travaux. Les habitant-es dénoncent le mépris des autorités : un projet associatif et autogéré local attend depuis 30 ans de l’État qu’un terrain soit confié au titre des «zones de droit d’usage collectif». En moins d’un an, la société HDF Energy a obtenu l’autorisation pour y implanter le méga-projet de centrale électrique.

Malgré les efforts des habitant-es, près de 16 hectares ont déjà été victimes de la déforestation… Mais rien n’est perdu, car pour s’opposer au projet les actes de résistances des Kali’na vont bien au-delà de la simple dénonciation ! En effet, à l’initiative des populations locales s’est constituée aux abords du chantier une «Zone Autochtone à Défendre» constituant un véritable camp de base d’où partent régulièrement les militant-es pour envahir le chantier ou organiser des opérations de sabotage.

Pourtant, en face, la répression est féroce. Le déploiement des forces de l’ordre est abusif et régulièrement disproportionné. Les gendarmes sont souvent postés à l’entrée des villages dissidents. Drones et patrouilles quadrillent le terrain, prêts à mater toute forme de résistance. Les responsables des villages sont régulièrement mis en garde à vue pour tenter de décourager l’opposition. Mais rien à faire, les esprits sont déterminés à inscrire la lutte dans la durée. À vrai dire, il en va de la survie des Kali’na puisque c’est sur ce territoire que les habitant-es vivent, chassent, pêchent et cueillent tous les jours.

L’obstination des industriels et politiques sur le territoire guyanais n’est pourtant pas une première. Trésor de ressources naturelles, la Guyane fait depuis plusieurs années office de proie idéale pour les capitalistes voraces qui souhaitent imposer des centrales à biomasse gigantesques, des sites d’orpaillage ou encore des mines. On se souvient tous du projet avorté de «la Montagne d’or» soutenue en grande pompe par Emmanuel macron. Un délire pharaonique qui troquait volontiers 800 hectares de forêt et polluait les sols contre 85 tonnes d’or… Absurde

Encore une fois, le déploiement des forces françaises pour soutenir de tels projet nous rappelle que la colonisation capitaliste n’est pas encore morte et que les sociétés industrielles n’ont que du mépris pour la vie (et l’avis) des populations locales quand il s’agit d’ouvrir de nouveaux marchés.

Pourtant, si aujourd’hui le défi de se débarrasser de cette société capitaliste paraît si grand, c’est parce que beaucoup d’individus ont renoncés à leur tâche de résistance. Or les victoires sont possibles lorsque les populations font bloc. Il est urgent de construire des contre-pouvoirs, pour que les peuples aient un véritable pouvoir de décision sur la gestion des espaces naturels qui composent leurs territoires. Construire une résistance pour que l’imaginaire capitaliste puisse céder la place à une écologie sociale et libertaire.

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