Le 13 mars 1901 : la mort de Fernand Pelloutier, anarchiste, syndicaliste, révolutionnaire


«Nous sommes (…) ce que les politiciens ne sont pas, des révoltés de toutes les heures, des Hommes vraiment sans dieu, sans maître et sans patrie, les ennemis irréconciliables de tout despotisme, c’est-à-dire des lois et des dictatures, y compris celle du prolétariat.»


Le 13 mars 1901, il y a 122 ans, s’éteignait Fernand Pelloutier, figure majeure du syndicalisme et de l’anarchisme en France, qui a notamment beaucoup milité à Saint-Nazaire. Nous lui devons les «Bourses du Travail», lieux autonomes d’organisation de la classe ouvrière, dont les «Maisons du Peuple» qui fleurissent actuellement sont les héritières. Histoire.

Né en 1867, Fernand déménage à l’age de douze ans à Saint-Nazaire avec sa famille. Dès l’adolescence, il exprime sa révolte. Il s’évade d’un internat religieux, il sera ensuite viré pour avoir écrit un texte anticlérical. La fin du 19ème siècle est une période appelée «Belle époque», qui n’a pas grand chose de joli. C’est l’âge du capitalisme triomphant : des industries s’implantent dans les grandes villes, les ouvriers sont exploités 12 heures par jour dans les usines, sans droits, vivant entassés dans des immeubles insalubres. C’est un moment d’immenses profits pour les patrons, et d’une souffrance énorme des exploités. C’est aussi une époque de grands conflits sociaux et de développement de l a pensée anarchiste.

Fernand s’engage. Il va évoluer, aller du socialisme vers l’anarchisme. Il souhaite la révolution, mais il milite aussi pour des revendications immédiates : la diminution de la durée du travail, l’augmentation des salaires, les droits des salarié-es face aux patrons.

Le droit de grève est enfin reconnu en 1884 en France, mais pour s’organiser il faut se réunir, trouver des lieux. Le mouvement social doit créer ses propres espaces pour se retrouver et préparer des grèves victorieuses. En 1895, Fernand Pelloutier devient secrétaire général de la Fédération nationale des Bourses du Travail. Une organisation qui se fixe un objectif très ambitieux : implanter des bâtiments, les «Bourses du Travail», dans toutes les grandes villes. Un véritable réseau de lieux pour le monde ouvrier, qui doit permettre une autonomie des exploité-es.

Les Bourses du Travail remplissent quatre fonctions :

  • L’enseignement au sens large, on y donne des cours, un accès à des bibliothèques. Après le boulot, on peut aller y lire, suivre des enseignements. «Ce qui manque à l’ouvrier, c’est la science de son malheur» disait Pelloutier. Il fallait pouvoir comprendre la société pour mieux se révolter.
  • L’aide aux ouvriers qui cherchent du travail. D’une certaine manière, les Bourses du travail préfigurent la création d’un service public de l’emploi sous contrôle ouvrier. L’inverse des agences d’Intérim ou de l’Ubérisation.
  • La «propagande» : c’est-à-dire la production de textes, de ressources, d’études, d’affiches…
  • Et surtout le «service de résistance», c’est-à-dire l’aide concrète aux luttes, qui va de l’organisation de meetings et de manifs aux «soupes communistes», qui sont des distributions de repas gratuits lors des grèves.

Ce sont des endroits où l’on s’organise, où l’on apprend et partage en préparant la révolution : des endroits nécessaires encore aujourd’hui, pour appuyer les luttes en cours. Et c’est ce dont la police fait tout pour nous priver en expulsant les lieux dès qu’ils sont occupés.

À l’époque, ces bourses sont essentielles dans la guerre de classe. À Nantes, la première ouvre en 1893. La même année éclate un mouvement dans toute la ville. L’organisation de cortèges vers les usines, le blocage du matériel et des rues, l’organisation par les syndicats de grands meetings de soutien permettent, malgré la présence massive de l’armée et de la police, de gagner des victoires. Et tout cela grâce à une «base», un quartier général : la nouvelle Bourse. Les syndicats naissants se retrouvent et se développent dans ces lieux.

Pelloutier voit ces Bourses «non pas seulement comme un instrument de lutte contre le capitalisme, car elles auront un rôle plus élevé» mais aussi un endroit pour «la formation de l’état de la société future». Ces lieux doivent permettre d’organiser la révolution en l’expérimentant directement, à petite échelle.

En 1894, un congrès syndical important à Nantes est à l’origine de la création de la CGT. C’est l’union des Bourses et des différents syndicats dans une organisation commune. Il est décidé que la CGT doit préparer la grève générale révolutionnaire, qui vise à exproprier les patrons, en toute indépendance des partis politiques.

En 1906, la Charte d’Amiens, qui reste encore aujourd’hui le fondement de la CGT, entérine l’indépendance des syndicats, l’abolition du capitalisme et de la société de classes, par l’expropriation et la grève générale. 120 après, ces principes semblent avoir été oubliés… À l’époque, les syndicats sont à l’offensive : il ne s’agit pas seulement de s’opposer à des reculs (par exemple, le recul des retraites) mais d’arracher des victoires, des avancées. On ne fait pas grève en réaction à un projet du gouvernement, mais pour obtenir quelque chose en plus. C’est ainsi que tous les progrès sociaux ont d’ailleurs été arrachés, des congés aux retraites, des journées plus courtes à la sécurité sociale.

Mais Pelloutier n’aura pas le temps de voir éclore les fruits de son infatigable travail : rongé par une terrible maladie, il meurt dès 1901, à 33 ans seulement.

Aujourd’hui, beaucoup de Bourses du Travail n’existent plus, ou ne sont plus des espaces ouverts à tous, destinés à organiser les luttes. À Nantes, celle qui se trouvait dans le centre-ville a été fermée et remplacée par une «Maison des syndicats» contrôlée par la mairie, dont les accès ne se font qu’avec un pass et une autorisation. Le projet initial est bien loin, il faut donc rouvrir et réinventer de tels espaces.

«Ce n’est que par la grève universelle que l’ouvrier créera une société nouvelle dans laquelle il ne trouvera plus de tyrans» disait enfin Pelloutier. Un message toujours valable : tout arrêter, bloquer l’économie pour destituer les oppresseurs.

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