Mayotte : la police tire à balles réelles


À Mayotte, l’État français fait une démonstration. La démonstration qu’il est capable d’expulser des milliers de personnes, de raser des bidonvilles et de mater les récalcitrants à l’autre bout du monde.


Pour cela, il déploie toute sa force : unité du RAID, gendarmes, drones, blindés et équipage de CRS 8 particulièrement violent. Les autorités appellent cette opération «Wuambushu», c’est-à-dire «Reprise en main» ou «Reconquête». Un clin d’œil évident à l’extrême droite. «On est sur une opération de reconquête du terrain» expliquait un commandant divisionnaire à l’AFP. Cette démonstration sert à la fois les intérêts impérialistes de la France : garder le contrôle sur un archipel stratégique dans l’Océan Indien, et politique en métropole : en montrant la «fermeté» de Macron à l’égard des immigrés.

Le journal Le Monde révélait hier que «650 grenades lacrymogènes, 85 grenades de désencerclement, 60 tirs de lanceurs de balles de défense (LBD)» ont été tirés avant même le début de l’opération par la seule compagnie de CRS 8, dimanche 23 avril. Tout cela pour disperser «une centaine d’assaillants». Plusieurs munitions par personne.

Près du village de Tsoundzou, les policiers ont également utilisé des balles réelles. 12 tirs «vers le sol et pour faire fuir». Comme si le recours à l’arme à feu était un moyen de faire fuir. Même Le Monde souligne que «de tels tirs d’armes de poing sont rarissimes dans un contexte de maintien de l’ordre ou de violences urbaines, même en cas de situation extrêmement dégradée.»

Ce mardi, en direct sur la télévision publique, le Vice-président du Conseil départemental de Mayotte, qualifie les jeunes immigrés Comoriens de «terroristes» et affirme : «Il faut peut-être en tuer.»

En janvier, Darmanin allait féliciter une unité du RAID à Mayotte, section militarisée de la police, en principe réservée au terrorisme et au banditisme. Ces agents lourdement armés sont intégrés aux opérations d’expulsion en cours. À la télévision, on les voit parader au milieu des gendarmes et des CRS. C’est donc une opération militaro-policière, un mélange qui préfigure la généralisation de ce type de répression.

Mayotte, comme les autres territoires colonisés par la France, est un laboratoire. Là-bas, il n’y a presque aucun moyen de vérifier les blessures, l’usage des armes, les exactions de l’État… Ce que la police française ne se permet pas encore en Hexagone contre les manifestations et la population blanche, elle se le permet loin de l’hexagone, sur des corps noirs. Mais cela finira par y arriver. Pour l’instant, peu de gens vont s’émouvoir de tirs à balles réelles face à des «assaillants» à Mayotte. Déjà, quand le RAID avait été envoyé dans les Antilles réprimer les mobilisations contre le Pass Sanitaire, qui s’en inquiétait ?

Aux confins de l’Empire, on habitue les CRS à dégainer, à tirer. Demain, ces pratiques seront intégrées au maintien de l’ordre dans les villes de métropole. En matière de répression, «l’exception» finit toujours pas devenir la norme.

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Une réflexion au sujet de « Mayotte : la police tire à balles réelles »

  1. Bonjour,
    Du coup, qu’est-ce qu’il faudrait faire pour Mayotte ?
    Merci pour votre réponse

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