Avril : le chaos climatique est déjà là


“En avril, ne te découvres pas d’un fil”, disaient nos parents et nos grands-parents. En 2023, le mois d’avril est déjà la saison des restrictions d’eau et des premiers incendies.


Feux dans les Pyrénées

Le feu a dévoré plus de 1000 hectares ces derniers jours dans les Pyrénées-Orientales. 300 personnes ont été évacuées. C’est de loin le plus violent incendie depuis le début des archives météorologiques pour les mois d’avril et mai. Le déficit en pluies atteint -73% dans la région.

Lors d’une réunion mardi 25 avril, le préfet du département s’est alarmé des ressources en eaux, estimant que les quantités disponibles étaient «très faibles» et qu’il faudrait sans doute prendre des «décisions difficiles» dès les prochaines semaines. Le département est déjà en alerte renforcée sécheresse, et pourrait passer au stade supérieur ces prochains jours, avec des restrictions de distribution d’eau.

La ville de Perpignan est passée sous la barre des 200 millimètres de précipitations en un an, soit sous le seuil d’un climat désertique. Les réserves en eau sur le pourtour Méditerranéen ne permettront pas au cycle des cultures de fonctionner normalement.

Sécheresse et canicule en Espagne

En ce mois d’avril 2023, il n’a pas plu une goutte d’eau depuis soixante jours sur une grande partie de l’Espagne. En Catalogne, les réserves d’eau sont à 25% de leur capacité. Généralement à cette époque, c’est plutôt 60% ou 70%. La réserve artificielle de la Sau, près de Barcelone, est quasiment à sec. Du jamais vu depuis sa construction dans les années 1960.

Les usines de dessalement de l’eau de mer tournent déjà à plein régime, mais elles consomment énormément d’énergie et polluent. Cet été, des villages seront à sec, et il faudra faire venir des camions citernes pour les approvisionner. La population sera peut-être privée d’eau à certaines heures de la journée à Barcelone.

Une canicule historique frappe actuellement l’Espagne avec des températures inédites de l’ordre de 35 à 40°C. Par endroit, c’est 16°C de plus que les normes saisonnières, du jamais vu.

Crise agricole

Selon l’ONU, près de 75% du territoire espagnol est aujourd’hui en voie de désertification en raison du réchauffement climatique. Ce chaos climatique a des conséquences immédiates sur l’agriculture.

Les indices hydriques des sols agricoles, c’est-à-dire l’humidification des sols en profondeur, vont atteindre les niveaux proches de ceux du Sahara. La réserve hydrique des sols s’abaisserait à 0% en surface jusqu’à 40 centimètres de profondeur, et 1% sur jusqu’à 1 mètre. À ce niveau là, aucune culture n’ira à la maturité sans irrigation.

60% des terres agricoles espagnoles sont actuellement «asphyxiées» par le manque de précipitations, qui a d’ores et déjà entraîné des «dommages irréversibles» pour 3,5 millions d’hectares de céréales. Plus de 300 fois la surface de Paris.

Cette crise agricole aura certainement des répercussions internationales. Les pertes totales de récoltes sont déjà confirmées sur de larges territoires espagnols et nord africains. En France, les précipitations du printemps sur toute la partie nord permettent encore d’éviter ce scénario.

Mégabassines ?

Bien avant la France, l’Espagne a fait construire des retenues d’eau. Dans les années 70, de grosses mégabassines pouvant stocker deux ou trois millions de mètres cubes d’eau, soit 4 fois plus que celle de Sainte-Soline, ont été construites. Entre 1995 et 2015, de nombreuses autres retenues ont été creusées, avec l’intensification de l’irrigation. Et c’est un échec : celles remplies avec de l’eau pompée dans les nappes — et non des eaux de surface des rivières par exemple — sont les plus néfastes selon les agronomes.

Les mégabassines n’ont rien réglé, sauf peut-être à court terme, et elles aggravent même le problème à mesure que la sécheresse augmente.

Que font les gouvernants alors que le désastre s’approfondit à toute vitesse ? Ils appliquent des politiques néolibérales, autoritaires et racistes. Ils cèdent aux lobbys de l’agro-industrie. Et répriment férocement les luttes écologistes, en écrasant la mobilisation contre les mégabassines ou en annonçant la dissolution des Soulèvements de la terre. Le salut ne viendra pas d’en haut, mais de nous mêmes.

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