La Baule : les riches n’ont pas (encore?) tremblé

L’idée semblait une évidence. Plutôt que de reproduire à l’infini les mêmes affrontements ritualisés dans des grandes villes transformées en bunkers policiers, viser directement les riches. Plutôt que de subir, prendre l’initiative. Bref, «aller les chercher» à La Baule, station balnéaire bourgeoise et réactionnaire à moins d’une heure de Nantes, peuplée de grands patrons et d’élus, avec un casino et un hôtel de luxe. Car c’est bien la seule chose qui fasse peur au possédants : qu’on aille directement devant chez eux. Et à Nantes, les quartiers huppés sont de toute façon inaccessibles et lourdement protégés.

Arrivée à La Baule, des Porsche et des Tesla, un mariage de riches, des maisons secondaires à n’en plus finir. Et beaucoup de flics. Un drone, des policiers en civil disséminés dans la ville, une compagnie de CRS… Les quelques centaines de manifestant-es faisaient pâle figure face au dispositif, qui a mis la pression tout l’après-midi malgré le calme ambiant.

La mobilisation est timide : 400 personnes dont la majorité venues pour une «manif de droite». Une parodie grinçante de la bourgeoisie, avec de jolis déguisements, notamment un masque de Bernard Arnault, mais dont il était difficile de rire. En effet, comment s’amuser du slogan «nous sommes fiers des violences policières» ou encore «5000 grenades à Sainte-Soline, c’est pas assez» alors que les mutilé-es se comptent par dizaines et qu’un camarade est toujours dans le coma depuis la manifestation contre les mégabassines ?

Le cortège anticapitaliste a peiné à trouver sa place, entre cette manif faussement «de droite», les badauds réellement de droite et les forces de l’ordre qui les suivaient à la trace. Le décalage entre la déferlante gigantesque du 1er mai et cette modeste manifestation est vraiment dommage, alors même qu’aucune autre date n’est proposée avant un mois et que les directions syndicales repartent déjà négocier à Matignon.

Un mouvement est fort lorsqu’il arrive à de se réinventer, à être imprévisible et à frapper les bonnes cibles. Cela n’a pas été le cas ce samedi. Mais le printemps vient juste de commencer…


Images : Estelle Ruiz et CA

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