On fait le point sur la journée du 6 juin

Dans n’importe quel pays voisin, lorsqu’il y a quasiment 1 million de manifestant-es dans les rues, on parle de crise de régime, de tsunami, de chaos social, de mouvement majeur. En France mardi 6 juin, il y avait 900.000 manifestant-es selon les syndicats.
Et tous les médias titraient sur une mobilisation «en forte baisse» voire «modeste». Le gouvernement ne faisait aucun commentaire, comme s’il ne s’était rien passé. Des centaines de milliers de personnes mobilisées un jour de grève, malgré la répression, malgré la propagande, malgré les 49-3, et après 5 mois de lutte et une stratégie inaudible des directions syndicales, c’est pourtant du jamais vu.
Un tour des actions de la journée :
- Paris : «Pas de retrait, pas de JO». À midi, des syndicalistes de la RATP ont envahi le siège du comité d’organisation des Jeux Olympiques de Paris 2024, situé à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Fumigènes, pétards et slogans pour cette action qui préfigure un zbeul monumental lors des JO. L’après-midi, la grosse manifestation parisienne s’est heurtée à un énorme dispositif policier très agressif, mais de nombreuses barricades, tags et affrontements ont eu lieu.
- Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine : plus de 200 syndicalistes de l’énergie ont coupé l’électricité de grandes entreprises situées dans la commune. Pourquoi à cet endroit ? Car de nombreux médias comme Canal+, Eurosport, et RFI, ainsi que d’autres entreprises comme Orange, Eutelsat, Microsoft, Cisco, ou encore Raboni, s’y trouvent et ont été privées de courant !
- Rennes : le drone de la police a été attaqué par des goélands pendant la manif, provoquant l’hilarité générale. La gare a été envahie par plusieurs centaines de personnes et de nombreux affrontements ont eu lieu lors du défilé.
- Lyon : un sabotage a perturbé le réseau de transports en commun. Un incendie volontaire dans la nuit a coupé des lignes de tramway, alors que la direction des transports lyonnais se vantait du faible impact des grèves sur le réseau. L’après-midi a été mouvementée dans la ville, avec 25.000 manifestant-es, beaucoup de cibles capitalistes attaquées et de sérieux affrontements.
- Angers : cortège de tête déterminé, destruction d’enseignes capitalistes, nombreux tags et affrontements, dans cette ville jadis réputée pour son calme, mais où la colère sociale monte à chaque manifestation.
- Strasbourg : des milliers de personnes dans les rues et une nuée de parapluies pour se protéger des drones.
- Lille : barrage filtrant le matin, suivi d’une manifestation puis d’un concert de soutien aux grévistes. Des policiers avec des tatouages néo-nazis photographiés aux abords du cortège.
- Toulouse : cortège de tête déterminé, feux d’artifice et affrontements. Au moins une personne gravement blessée évacuée inconsciente.
- Nantes : manifestation de grande ampleur, cortège de tête déterminé avec beaucoup de jeunes. Forte solidarité entre les premières lignes, les syndicalistes et des paysans en tracteur. Nombreuses actions anticapitaliste et résistances multiples face aux offensives policières.
- D’autres actions ont eu lieu dans de nombreuses villes.
Les dirigeants syndicaux reconnaissaient à demi mot, à l’issue de cette journée, leur humiliation par le gouvernement, malgré leurs appels constants à rester «calmes», «bon enfant», lors de journées bien espacées et encadrées. Après avoir joué le jeu et respecté les règles, ils n’ont obtenu que le mépris du pouvoir.
Au début du mouvement, les médias ne tarissaient d’ailleurs pas d’éloge sur la «responsabilité» des centrales syndicales… Ce 6 juin, après avoir bien organisé la défaite, le patron de la CFDT annonçait tout content qu’il n’y aurait pas d’autre journée de grève. Fin de chantier ?
Malgré tout, ce mouvement n’est pas terminé, et il a déjà permis de populariser les pratiques d’autodéfense, les actions de blocage, la désobéissance. En dehors de quelques habitués des «négociations entre partenaires sociaux», tout le monde a bien compris que ce gouvernement ne comprend que la force. De nombreux secteurs syndicaux se battent encore comme des lions, la jeunesse reste dans la rue.
Il n’appartient qu’à nous de construire des mobilisations puissantes et gagnantes, en se passant des habituels organisateurs de défaites. Notamment avec des Assemblées populaires fortes, capables d’impulser leur propres agendas de lutte.
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