Le 24 juillet 1936 : la colonne Durruti part combattre le fascisme


Histoire libertaire


«Chez vous, il y a une dictature, dans votre Armée rouge, il y a des colonels et des généraux, alors que dans ma colonne, il n’y a ni supérieur ni inférieur, nous avons tous les mêmes droits, nous sommes tous des soldats, moi aussi je suis un soldat.» Buenaventura Durruti

Le 18 juillet 1936 en Espagne, le général d’extrême droite Francisco Franco organise un coup d’État contre le gouvernement de gauche fraîchement élu. Le fascisme s’impose peu à peu en Europe, il est déjà au pouvoir en Italie et en Allemagne.

Mais en Espagne, la résistance est farouche. Le peuple prend les armes pour défendre la République. Et la guerre civile qui commence est aussi un moment de révolution. Les anarchistes sont des centaines de milliers, organisés notamment au sein de la CNT, puissant syndicat libertaire implanté sur le territoire. Dans le pays, la guerre sociale est déjà en cours depuis des années, elle oppose la bourgeoisie et les grands propriétaires terriens au mouvement révolutionnaire. Il y a des grèves, une répression féroce, des actions directes, des affrontements très durs. Ainsi, en juillet 1936, face au fascisme qui tente de s’imposer, c’est une armée populaire qui se lève, et la bannière rouge et noire flotte dans les rues.

Dès le 24 juillet, une colonne anarchiste se forme à Barcelone et se met en marche. Elle sera baptisée «Colonne Durutti», du nom de Buenaventura Durruti, ouvrier anarcho-syndicaliste à l’engagement sans faille depuis de longues années.

Douze centuries, 1200 personnes, constituent le premier noyau de la colonne, qui atteindra plus de 6000 combattant-es, avec un fonctionnement se voulant libertaire. Il y a des centaines de femmes dans cette armée qui combat en première ligne les troupes fascistes.

Le 25 juillet, la colonne est en Aragon, le 26 elle atteint la ville de Saragosse, tenue par les Franquistes. Elle subit les attaques de l’aviation de Mussolini et Hitler. Mais elle tient ses positions et résiste aux offensives nationalistes. Les antifascistes manquent d’armement et de munition, car la République française refuse de les soutenir militairement, alors même que Franco et ses soldats de métier, bien armés, reçoivent des renforts massifs d’Italie et d’Allemagne.

Pendant l’été 1936, c’est à la fois la guerre et la révolution. À mesure que la colonne avance, la société se transforme. Le communisme libertaire est proclamé, l’argent aboli, les propriétaires expropriés. Les outils agricoles, les bâtiments et le travail sont collectivisés, des villages expérimentent l’autogestion, on construit des fermes et des hôpitaux Il ne s’agit plus seulement de contenir le coup d’État, mais d’expérimenter le communisme ici et maintenant.

C’est l’une des seules tentatives de mettre en œuvre concrètement une ébauche de société anarchiste, débarrassée des oppressions. Mais cette expérience est éphémère, car la militarisation du front et l’autoritarisme inhérent à la montée en guerre vont suspendre ces avancées révolutionnaires.

En novembre 1936, Durruti défend Madrid, assiégée par les troupes franquistes. Il est tué lors des combats le 20 novembre. En décembre un militaire de carrière est nommé à la tête de la colonne pour le remplacer, en Aragon. La fin de la révolution sociale commence. La colonne Durruti se militarise, c’est-à-dire que les combattant-es anarchistes doivent se calquer sur le fonctionnement d’une armée classique, avec une hiérarchie, une discipline militaire, des conditions réclamées par le gouvernement Républicain. La colonne disparaîtra en étant incorporée aux troupes classiques.

Malgré une résistance énorme et le renfort de brigades internationales composées de volontaires venus de nombreux pays, le front républicain va se déchirer en guerres de factions, subir des trahisons et sombrer face à une armée fasciste beaucoup mieux équipée.

Franco finira par l’emporter après de nombreuses batailles en 1939, après avoir causé des centaines de milliers de morts. Le pays est dévasté et les antifascistes survivant-es ont dû fuir le pays. En France, le gouvernement parque les réfugié-es espagnol-es dans des camps aux conditions de vie insoutenables. Le cauchemar ne va pas s’arrêter, car Franco ne sera pas démis à la Libération, au moment où Pétain, Hitler et Mussolini tombent. Le dictateur espagnol se maintient au pouvoir, au grand désespoir des antifascistes exilés, et va imposer la terreur jusqu’en 1975. Mais les idées de Durruti restent bien vivantes. Il avait parfaitement analysé le phénomène fasciste : «Quand la bourgeoisie à vue le pouvoir lui échapper, elle a eu recours au fascisme afin de se maintenir». Une pensée qui doit nous éclairer aujourd’hui.

Durruti disait aussi : «Nous ne sommes pas effrayés le moins du monde par les ruines. Nous allons hériter de la terre, cela ne fait pas le moindre doute. La bourgeoisie peut détruire et ruiner son propre monde, avant de quitter la scène de l’histoire. Nous transportons un monde nouveau, ici, dans nos cœurs. Ce monde grandit maintenant.»

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