Agriculteurs : rejoindre la colère


Depuis des mois, le monde agricole mène des actions pour montrer sa colère. Au début, le mouvement était totalement contrôlé par la FNSEA, détestable lobby de l’agro-industrie lié au gouvernement et largement responsable de la souffrance des petits agriculteurs. Ces derniers jours, l’explosion est générale, avec des actions paysannes dans tous les sens, parfois spontanées, et échappant à la FNSEA qui fait tout pour rattraper le train en route.


Rappelons trois éléments importants :

➡️ Les inégalités sont énormes dans l’agriculture avec 80% des aides captées par 20% des agriculteurs. Il n’y a pas un groupe monolithique qui serait «les agriculteurs». Il y a une lutte des classes au sein du monde agricole, entre les petits, poussés au suicide ou à la misère, et les gros qui cumulent les terres, polluent et mangent les petits. Il y a dans ce mouvement des prolétaires et des millionnaires, c’est pour cela qu’il est si dur à comprendre.

➡️ Ce mouvement est massivement soutenu par la population. 87% des français approuvent les actions, selon un récent sondage. Tout le monde s’identifie au paysan qui galère alors qu’il trime jusqu’à épuisement. Surtout avec ce gouvernement de managers qui nous en fait baver et nous méprise, que tout le monde rêve de voir tomber. Aller à l’encontre de ce sentiment ultra-majoritaire, qui renvoie à l’imaginaire des jacqueries, profondément ancré en France, ne peut être que contre-productif.

➡️ Les agriculteurs ont les moyens matériels du rapport de force. Leur équipement, en particulier les tracteurs, ne peut pas être réprimé comme de simples manifestants à pied. Il suffit de quatre tracteurs pour bloquer une autoroute, cela change profondément la donne. On le voit à Nantes, où des tracteurs de paysans solidaires sont souvent présents dans les manifestations sociales : cela donne un sentiment de puissance et de sécurité face à la police. Le gouvernement laisse faire les agriculteurs pour le moment, pour des raisons stratégiques, mais il sait aussi que s’il lançait la répression, ce serait beaucoup plus compliqué que contre des lycéens ou des Gilets Jaunes.


Une fois ces points en tête, trois informations importantes montrent l’évolution rapide de ce mouvement de colère, et du soutien qu’il faut lui apporter :

➡️ Dans une notre rendue mercredi, les services de renseignement alertent sur «le risque de débordement» de la base des paysans : «plus les jours passent, plus les risques de dérapage s’accentuent». Ils estiment que les «syndicats risquent d’être débordés» et remarquent que «les syndicats expriment eux-mêmes leur surprise face à l’ampleur de la mobilisation. De nombreux représentants voient des agriculteurs non encartés, et particulièrement déterminés, rallier le mouvement». Enfin, ils notent que «dans de nombreuses actions, la part des non-syndiqués est importante», en ajoutant que ces derniers «ne sont pas tenus de répondre favorablement aux consignes» syndicales.Cela veut dire que le gros syndicat collabo qui soutient l’agro-industrie, la FNSEA, pourrait être mis hors jeu au profit d’un mouvement bien plus intéressant qui ciblerait les vrais responsables de la souffrance des agriculteurs. Et dans ce cas, il est évident qu’il faut le soutenir !

➡️ De son côté, le 25 janvier, la CGT a appelé ses militantes et militants, «partout où c’est possible, à créer les conditions permettant de faire converger les revendications des salarié·es, des travailleuses et des travailleurs agricoles et des agricultrices et des agriculteurs. Nos échanges doivent permettre d’élargir la mobilisation et de créer des convergences sur les moyens de bien vivre de son travail». Après une défaite très douloureuse sur les retraites, le mouvement ouvrier, s’il s’alliait avec les petits paysans, pourrait prendre sa revanche sur ce gouvernement.

➡️ Enfin, la Confédération Paysanne, syndicat historiquement à gauche de la profession agricole, opposée au productivisme, «affirme sa pleine solidarité avec les mouvements d’agricultrices et d’agriculteurs en France. Le constat est partagé : la colère exprimée est légitime, tant le problème de la rémunération du travail paysan est profond. Il y a 25 ans, la Confédération Paysanne dénonçait déjà les conséquences du libéralisme, du Larzac à Seattle.» La Conf’ réclame «un revenu digne pour tous les paysans et paysannes» et de «rompre avec le libre-échange» : des revendications à soutenir.

Nous étions des millions dans la rue au printemps dernier sur les retraites, cela n’a pas suffit. Nous étions des millions en jaune sur les ronds-points en 2018 et 2019, cela a fait trembler le pouvoir, mais il a tenu. Ces révoltes ont été vaincues, mais la colère n’est jamais retombée. Si tout le monde frappe au même moment, Gilets Jaunes, jeunesse, monde ouvrier et agriculteurs, tout est possible.

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