“Ils ont fait exprès, ils étaient fous de joie” : le témoignage d’Ibrahim, survivant du “parechoquage” de la BAC à Aubervilliers


Dans la nuit du mercredi 13 au jeudi 14 mars, un jeune homme qui circulait à scooter à Aubervilliers est mort après avoir été percuté par une voiture de police. Il s’appelait Wanys et n’avait que 18 ans.


Son passager, Ibrahim, était à l’arrière du scooter et a été gravement blessé. Il souffre de fractures au bassin et à la cheville.

Les policiers ont d’abord menti en parlant d’un refus d’obtempérer, d’un accident, invoqué l’impossibilité d’éviter les jeunes hommes. Puis une vidéo qui montre clairement une voiture de police en civil roulant à contresens et faisant une embardée pour frapper le scooter de plein fouet a fait voler leurs mensonges en éclat.

D’autres images montrent que le passager du scooter, gravement blessé, a été violemment traîné au sol par les policiers. Ce qui est formellement interdit : on ne déplace jamais une personne victime d’un accident traumatique, et encore moins avec brutalité, au risque de provoquer de graves séquelles. Pire, ce passager a ensuite été menotté et placé en garde à vue.

Tout cela constitue déjà en soi un homicide sur Wanys, une tentative d’homicide sur le passager, et a minima une non-assistance à personne en danger, des actes commis en quelques minutes par des professionnels «dépositaires de l’autorité publique».

Mais ce n’est pas tout. Ibrahim est sorti de son silence et révèle ce qu’il a entendu après le choc auprès de France 3 : «On était poursuivi par une équipe de police de La Courneuve, et il y a une deuxième équipe qui a essayé de nous renverser, mais ils n’ont pas réussi. Ensuite on est arrivé à Aubervilliers. Ceux qui nous ont renversés n’avaient pas de Gyro [gyrophare Ndlr] c’était une voiture banalisée. La voiture était à contresens et à pleine vitesse. J’ai été éjecté un peu plus loin après l’impact.»

Le jeune homme ajoute : «Ils disaient ‘yes on a réussi à les renverser’, ils ont vu que j’étais conscient et que j’avais entendu, alors ils m’ont tapé ou essayé de m’étouffer (…) pour que je me rendorme.» Pour lui, «ils ont fait exprès, c’était volontaire, j’ai tout entendu. Ils ont dit comme quoi ils avaient réussi leur coup et qu’il n’y avait pas de caméra autour. Ils étaient fous de joie.”». D’ailleurs, non seulement les agents ont molesté le jeune homme, mais ils l’ont menotté et embarqué.

Cette affaire de policiers qui se réjouissent d’avoir renversé des jeunes hommes non-blancs en rappelle une autre, survenue au mois de mai 2022. Une policière nommée Sephora avait percuté un scooter à Sannois, dans le Val d’Oise. Puis elle avait écrit à sa mère par SMS : «Je suis fautive. J’ai foncé sur ce sale noir. Mes collègues me couvrent. Ils vont tous mentir sur le rapport». Elle précisait : «J’ai foncé sur lui alors qu’à la radio [la station directrice – ndlr] ils nous ont interdit de faire le refus d’obtempérer». Sa mère répond : «C’est bien fait pour lui t’as fait ton taf».

Maître Yassine Bouzrou, l’avocat des familles de Wanys R. et d’Ibrahim H., a porté plainte contre les policiers pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et violences volontaires aggravées. L’avocat des policiers, quant à lui, inverse le réel, comme toujours : «Dire qu’il l’a percuté volontairement est une contrevérité, objectivement cela reste un accident».

La technique du «parechoquage», qui consiste à foncer sur des personnes à interpeller, est parfois utilisée par la police anglo-saxonne, et est réclamée par les policiers français. Dans les faits, cette technique mortelle est utilisée contre la jeunesse des quartiers populaires, comme le montre la terrible affaire d’Aubervilliers.

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