En pleine sècheresse, Cristaline s’approprie une gigantesque nappe phréatique dans l’Hérault


La mairie du village de Montagnac a bradé cette ressource commune contre l’espoir de potentielles «créations d’emplois»


En pleine sécheresse, Cristaline s'approprie une gigantesque nappe phréatique dans l'Hérault.

Dans le Sud de la France, et en particulier dans l’Hérault, la sécheresse continue encore et toujours. Si le déficit de pluie des dernières années a été partiellement comblé par les intempéries et la forte humidité de ces derniers mois, notamment dans l’Ouest, ce n’est pas le cas partout en France.

Et cette sècheresse touche notamment l’Hérault depuis des années, un département du Sud, où se trouve la commune de Montagnac, peuplée de 4.000 âmes. C’est justement là bas que pourrait s’implanter une usine d’eau minérale qui pomperait dans la nappe phréatique à plus d’un kilomètre de profondeur. L’objectif de Source-Alma, la firme qui possède notamment Cristaline, l’eau minérale la plus vendue de France : produire jusqu’à 1,6 millions de bouteilles par jour selon BFM.

Une association nommée «Veille au grain» tente de lutter contre l’installation de l’usine, alors que les habitant-es n’ont pas été consulté-es sur le projet. Le média Reporterre explique que le puits est déjà existant suite à un forage réalisé il y a trente-cinq ans, mais qu’il n’a jamais été réellement exploité par les deux anciens propriétaires. Désormais c’est une multinationale qui a mis la main dessus, achetant le puits à la mairie pour une bouchée de pain en 2022.

L’acquisition de cette nappe n’aura coûté à Cristaline que 30.000 euros et lui permettra donc de pomper chaque année des centaines de millions de litres, mis dans bouteilles en plastique et vendues 200 fois plus chères que l’eau du robinet. Les habitant.e.s ont fait le calcul, le groupe privé pourrait réaliser chiffre d’affaires quotidien de quelque 240.000 euros, quasiment 10 fois le prix d’achat à la commune, chaque jour ! Un marché extrêmement rentable, et une véritable braderie d’un bien commun. Jusqu’à épuisement de la ressource. Un cas classique de cadeau fait par le secteur public à une entreprise privée.

Artificialisation de terres agricoles, augmentation du nombre de camions sur les routes, risque plus fréquent de remontées d’eau salée en période de sècheresse, déchets… le projet sera vraisemblablement ultra-polluant pour la région. Et c’est sans compter les tonnes de plastique nécessaires à la production d’eau en bouteille, des plastiques qui iront bien souvent polluer… l’eau des rivières et des océans !

Mais au-delà de la pollution, l’accaparement d’une nappe phréatique par une multinationale pose la question du partage des ressources. Selon l’association, la nappe «pourrait alimenter 20.000 personnes pendant quinze ans» si elle était gérée localement : une denrée précieuse, vitale, sous les pieds d’une population souffrant de sècheresse mais qui sera entre les mains de prédateurs capitalistes.


Toutes les conditions sont réunies pour qu’à Montagnac se joue un nouvel épisode de la guerre de l’eau. Après les golf sabotés, les mégabassines désarmées : la construction d’une usine empêchée ?
À suivre.


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