Action chez Total, nasse de 8 heures et arrestations de masse


Récit


Action chez total, nasse de 8 heures et arrestations de masse

C’est le grand rendez-vous annuel depuis quelques années maintenant : actionnaires du pétrole et écologistes se font face lors de l’Assemblée Générale de Total pour confronter leur monde : celui de l’apogée du capitalisme, de la primauté des profits au détriment des droits humains les plus basiques, contre celui de défense du vivant, et du climat. Cette année encore, certain.es n’ont pas hésité à faire le chemin depuis les 4 coins de la planète pour le démontrer. Depuis l’Ouganda notamment, où Total a exproprié des centaines de milliers de personnes afin de réaliser une énième bombe climatique – le plus grand oléoduc chauffé au monde, EACOP – ou le Pérou avec Marisol Apagüeno, représentante du peuple amazonien kichwa massivement exproprié de ses terres, venue interpeller Total sur ses activités criminelles.

Ce vendredi 24 mai 2024, le dispositif de «maintien de l’ordre», ou de défense des intérêts du capital face à l’intérêt général diront certain.es, a forcé les militant.es à se diriger vers une autre cible : Amundi, gestionnaire d’actifs et 1er actionnaire de Total, dont l’Assemblée Générale se tenait le même jour.

Plusieurs centaine de personnes déterminées se sont donc retrouvées devant cette tour du 15è arrondissement afin de faire valoir leurs revendications. Elles sont simples : l’abandon des bombes climatiques et sociales de Total à travers le monde, l’arrêt du financement de nouveaux projets fossiles, la fin immédiate des violations de droits humains et d’accaparement des terres et des ressources et enfin le démantèlement de Total.

Une partie d’entre elles et eux, vêtu.e.s de combinaisons blanches, a réussi à s’introduire à l’intérieur du siège malgré la présence de vigiles violents, afin de mettre en lumière les crimes de ces entreprises. «Total assassin, Amundi complice» peut-on lire sur les murs et les vitres après leur passage, ou encore «argent facile argent fossile» et «stop EACOP». A l’arrivée des forces de répression, les militant.es refluent à l’extérieur, pour se retrouver pris.es dans une nasse. Il est 11h15, ils et elles ne savent pas encore que cette dernière, de manière totalement illégale, va durer près de 8h. Pour rappel, la pratique de la nasse a été condamnée à de nombreuses reprises pour son caractère illégal. Le 8 février 2024, la France était même condamnée par la cour européenne des droits de l’homme pour une nasse policière à Lyon datant de 2010.

L’ambiance est plutôt joyeuse, les militant.es en ont malheureusement l’habitude : on chante, on danse, des prises de parole de populations directement touchées sont entendues. Les slogans sont un joyeux mélange d’anticolonialisme, de défense du vivant et du climat, d’antifascisme. De son côté, la police a commencé sa vilaine besogne : sous les huées des militant.es scandant «police nationale, milice du capitale», elle procède aux premières interpellations. Ces dernières atteindront un nombre hallucinant, encore assez difficile à déterminer : plusieurs dizaines, voire près de 200, pour des motifs parfois inexistants. Les flics attrapent celles et ceux qui ont le malheur de s’écarter de leurs camarades.

Les scènes de violence policières s’enchaînent : coups de genoux dans les côtes de militant.es traînées par les bras, coup de poing au visage de militant.es au sol. Certain.es en larmes et choqué.e.s par cette violence, sont mises dans des bus de la police, pour être envoyé.e.s dans des commissariats aux 4 coins de Paris et de sa banlieue. La mission est claire : faire peur, et arrêter un maximum de monde pour pouvoir procéder à un fichage avant les Jeux Olympiques de la honte. La preuve : une grande partie des camarades arrêté.e.s seront relâché.e.s avant même d’être auditionné.e.s, au bout de quelques heures, mais pas avant d’avoir pris leur identité et leurs empreintes….

D’autres ont d’ailleurs été prévenues par la police : «n’essayez pas de faire ça pendant les JO, on ne laissera rien passer» assure l’un d’entre eux. Un bon nombre de garde à vue sera même annulée pour vice de procédure. Mais la légalité, cela fait un bon moment que le pouvoir macroniste l’a piétinée. Certaines interpellations sont lunaires : une personne atteinte de cécité et se déplaçant de ce fait avec une canne a été apostrophée par un policier : sa canne est considérée comme une arme…. À quand l’interdiction des fauteuils roulants en cellule ? Une vingtaine de personnes sont parquées dans un bus sans accès à des toilettes ou à de la nourriture et sans se voir notifiée de leurs droits, avant d’être conduite dans des commissariats à minuit, après 8h dans le bus…

Du côté de la nasse, à 15h15 le décompte est lancé : le délai de 4h sera-t-il respecté ? Et non, toujours sans information, l’encerclement se poursuit. Pas d’accès à des toilettes pour elles et eux non plus. Mais on s’organise : des militant.es se mettent en cercle, bâche au milieu, afin de permettre aux envies pressantes de se soulager. La faim et la soif commencent à se faire sentir malgré le partage de ce que chacun.e avait emmené en prévision.

Les sympathisant.es viennent grossir les rangs des spectateur.ices qui soutiennent les nassé.e.s. Ils et elles tentent de faire passer du ravitaillement, sans succès. Il faudra attendre l’arrivée de la députée Sandrine Rousseau pour que cette dernière puisse faire passer de l’eau et de la nourriture. Un ravitaillement plus conséquent, fait par d’autres camarades, aura lieu mais à… 19h soit après 8h.

Durent cet enfermement à ciel ouvert ouvert, les militant.es ne cessent de réclamer des précisions sur la situation : s’agit-il d’un contrôle d’identité ? D’une garde à vue ? Après de nombreuses heures, on leur fait savoir qu’iels sont en garde à vue, ce qui est donc complètement illégal puisque une garde à vue doit être notifiée dans les 30 minutes suivant la privation de liberté. On leur annonce qu’iels vont être conduit.es une par un.e dans des commissariats. «La nasse est illégale» continuent-iels de chanter, toujours aussi joyeusement, malgré la fatigue qui commence à se faire sentir.

La police tente de négocier avec les militant.es : on vous laisse partir sans aller au commissariat si vous donnez votre identité. Vulgaire piège pour réussir leur fichage, mais la nouvelle est tombée vers 18h : le Conseil Constitutionnel a été saisi pour constater le caractère illégal de cette nasse. À cour de solution, la police finit par lâcher : ce sera libération immédiate de tout.es les personnes encore présentes, au nombre de 200. Tout le monde explose de joie, et se donne rendez-vous pour aller soutenir les camarades parti.es en garde à vue. Certain.es y passeront la nuit, et il est à l’heure actuelle impossible de savoir combien seront prolongées.


La répression brutale des militant.es écolo-terroriste-islamo-gauchistes semble bien être devenue la norme. Total, à l’année prochaine !


Photos : Extinction Rebellion

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