Est-ce le début de la fin pour Erdogan, qui règne sur la Turquie depuis 20 ans ? Le dirigeant autoritaire et réactionnaire est confronté à la plus grande vague de révolte populaire depuis le grand soulèvement de 2013, qui était parti de la Place Taksim, à Istanbul.
12 ans plus tard, c’est de cette même grande ville, à cheval entre l’Europe et l’Asie, qu’a démarré un nouveau mouvement.
Le 19 mars, Erdogan a fait arrêter Ekrem Imamoglu, le maire d’Istanbul qui est aussi son principal opposant aux prochaines élections. Il a accusé son rival de «terrorisme» et de «corruption» avec plusieurs de ses proches, lui reprochant notamment de soutenir les Kurdes.
Loin de se démonter, juste avant d’être arrêté, l’élu a dénoncé dans une vidéo la perquisition de son domicile et appelé le pays à se mobiliser. Le soir même, des protestations éclataient dans plusieurs villes. Des étudiants et des syndicalistes forçaient des cordons de police, malgré les tirs de balles en caoutchouc et les interdictions de manifester, rejoints par d’autres secteurs de la société, notamment des avocats.
«Ne te tais pas sinon ce sera bientôt ton tour !», «N’ayez pas peur, le peuple est là» ou «Gouvernement, démission», crient des cortèges gigantesques qui tiennent tête à la police. Une centaine de personnes ont été interpellées, selon le ministère de l’intérieur.
Ce mouvement a lieu alors que l’appareil politique d’Erdogan semblait avoir verrouillé la Turquie, en arrêtant des dizaines de milliers d’opposants et en réprimant férocement la minorité Kurde. Erdogan, qui mêle une vision religieuse réactionnaire et un expansionnisme nostalgique de l’Empire Ottoman, à la tête d’une des plus grandes armées de l’OTAN, plantait ses griffes dans toute la région. Il a fait massacrer les arméniens du Haut-Karabagh, envoyé ses mercenaires en Syrie, persécute les zones Kurdes de Turquie…
L’autocrate pourrait bien, enfin, rencontrer un obstacle à sa soif de pouvoir intarissable.
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