Le réalisateur d’Avatar rend hommage à Gaza


À propos de cinéma et d’imaginaire de résistance


James Cameron, le réalisateur de Terminator et d'Avatar qui défend Gaza, le Soudan et l'Ukraine.

Hollywood n’est pas uniquement une industrie au service de l’Empire, qui irrigue les cerveaux depuis un siècle de l’imaginaire visant à asseoir la toute puissance des USA et à imposer l’idée que ses guerres sont légitimes.

«Il y a des combats justes, l’anéantissement total est une raison de se battre», vient de déclarer le réalisateur James Cameron, dont le troisième opus de sa saga Avatar vient de sortir en salle. Selon lui, son film «reflète la violence cyclique du monde réel : nous l’avons vu à Gaza, nous l’avons vu au Soudan, nous l’avons vu en Ukraine». «Tant de choses deviennent générationnelles, elles se propagent à travers le temps», a déclaré Cameron.

Ces mots ont été diffusés le 19 décembre, lors d’une interview avec le podcasteur Brandon Davis, dans le cadre de l’émission «Director Debrief». Avatar est une fable écologiste et anticolonialiste qui connait un succès mondial depuis 15 ans. Elle utilise la science fiction pour revisiter des thèmes comme l’extermination des autochtones d’Amérique du Nord par les occidentaux, mais aussi pour dénoncer les logiques extractivistes, le «progrès» économique construit sur l’élimination de peuples considérés comme primitifs, l’expropriation de terres par une humanité qui aurait dévasté son propre écosystème…

Derrière un film à grand spectacle, aux effets spéciaux spectaculaires et à l’intrigue parfois un peu simpliste, les batailles permettent de questionner la nécessité de se battre lorsque la survie est en jeu, dans le cadre de guerres asymétriques. Et forcément, on jubile quand les grosses machines industrielles et militaires des envahisseurs se font dégommer par le peuple victime d’une invasion.

Dans la même interview, James Cameron revient sur son enfance durant la guerre du Vietnam et son expérience des guerres en Afghanistan. Il explique que ces opérations militaires répondaient à des intérêts géopolitiques plutôt qu’à de prétendues «guerres justes», et les oppose à des situations où des peuples sont contraints de se battre pour survivre. Notamment dans le cas de Gaza donc, ce qui est une prise de parole rare et courageuse dans un contexte étasunien en proie au trumpisme. Il y aurait donc, comme dans Avatar, une résistance légitime face à l’oppression.

L’engagement de James Cameron n’est pas nouveau. Auteur de nombreux films ayant marqué le monde, comme Titanic ou Alien, il a déjà mis en images d’autres prises de position. En 1991, son film Terminator 2 sort en salle. À cette époque, les USA sont dirigés par George Bush père après 10 ans de gouvernement Reagan et de triomphe du néolibéralisme. Il choisit de représenter le grand méchant du film, un robot tueur T1000, envoyé depuis le futur pour liquider la résistance humaine à l’avènement d’une Intelligence Artificielle exterminatrice, en policier. Ce flic tueur, effrayant et quasiment invincible, utilise une violence extrême. C’est un choix très original à l’époque, car le cinéma et la télévision imposent l’image du policier héroïque absolument partout. Toute l’industrie du spectacle, jusqu’à aujourd’hui, s’est mise au service des forces de l’ordre : une propagande totale, dont aucune autre profession ne bénéficie. Cameron fait donc un pas de côté.

Le choix d’un policier n’est pas anodin : il montre que l’uniforme permet au robot tueur de circuler partout et de commettre une multitude de crimes sans jamais être arrêté ni questionné. Il incarne aussi un personnage froid et déshumanisé. Le film sort justement au moment du tabassage de Rodney King, un jeune homme noir, par des policiers blancs à Los Angeles. Une affaire qui provoquera d’immenses émeutes contre les violences policières. Pour l’anecdote, ces violences ont eu lieu à quelques mètres du restaurant où le héros de Terminator 2, un robot protecteur incarné par Schwarzenegger, apparaît au début du film.

Au milieu de nombreux blockbusters insipides et souvent propagandistes, en faveur de l’armée et du pouvoir impérial des USA, quelques superproductions diffusent d’autres imaginaires. En 2018, James Cameron avait évoqué lors d’une interview croisée, son admiration pour le travail de George Lucas, créateur de la saga Star Wars.

L’inventeur de Luke Skywalker et Dark Vador assume lui aussi l’utilisation de la fiction pour faire passer des messages. «Ce n’est pas la science, les extraterrestres et tout ce genre de choses sur lesquelles je me concentre. C’est la façon dont les gens réagissent à toutes ces choses» expliquait Lucas. Le réalisateur assume un parallèle entre l’Alliance Rebelle qui résiste à l’Empire, avec le soulèvement des colonies américaines contre l’Empire britannique, et celui du peuple vietnamien contre les USA.

Le premier opus de Star Wars sort en 1977, en pleine vague de contre-culture et juste après le grand mouvement anti-guerre du Vietnam. Lucas explique que «l’ironie est que, dans les deux cas, les petits gars ont gagné. L’empire hautement technique — l’empire anglais, l’empire américain — a perdu.» Comme dans ses films.

Le réalisateur assume d’ailleurs s’être inspiré des combattants communistes Vietnamiens pour les Ewoks, peuple autochtone qui tient tête, dans la forêt, avec des armes rudimentaires et des méthodes de guérillas, à une armée beaucoup plus puissante. Dès 1973, Lucas réfléchissait à une série de films mettant en scène «un grand empire technologique s’en prenant à un petit groupe de combattants de la liberté».

Entre 1999 et 2005, c’est la sortie de la prélogie de Star Wars, où l’on comprend comment la République est devenue un Empire totalitaire dirigé par un dictateur. On y voit le chancelier Palpatine profiter d’un contexte de guerre pour obtenir les pleins pouvoirs du Sénat. Le personnage de Padmé Amidala déplore : «Ainsi s’éteint la liberté, sous une pluie d’applaudissements». Cet épisode, sorti peu après le début de la guerre en Irak, est une critique évidente du Patriot Act du gouvernement Bush et du déclenchement de l’opération militaire au Moyen-Orient après les attentats du 11 septembre. Dans le reste de la saga, L’Étoile Noire utilisée par l’Empire pour semer la terreur est une arme génocidaire permettant de détruire des planètes entières, et fait référence aux bombes nucléaires utilisées par les USA à Hiroshima et de Nagazaki.

Malgré les succès colossaux d’Avatar et de Star Wars, les rangs des rebelles restent bien isolés dans le monde réel, preuve que le combat culturel ne suffit pas à lui seul pour mettre les corps en action. Depuis la sortie d’Avatar, toute la galaxie trumpiste défend sur les réseaux sociaux le camp des envahisseurs humains contre les sauvages bleus, le «progrès» contre les primitifs considérés comme improductifs. En 2021, la police française avait aussi publié sur Twitter une photos de ses agents déguisés en «Stormtroopers», ces soldats de l’armée impériale dans Star Wars. Concrètement, pour sa propre communication, la police française se compare au bras armé d’une dictature et trouve ça cool.

Une manière de rappeler que, même quand l’industrie du cinéma propose des films avec des bons sentiments et des idées progressistes, les Palpatine, Dark Vador et autre Colonel Quaritch sont au pouvoir.

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