Iran : le régime massacre son peuple


Des rafales d’armes de guerre vers des foules compactes. Des hangars remplis de cadavres emballés dans des sacs. Des hôpitaux qui croulent sous les blessés et les morts. Le régime iranien commet un véritable carnage depuis deux semaines contre sa propre population.


Des sacs mortuaires et une barricade enflammée en Iran, où les morts se comptent par milliers.

La dictature iranienne a mis en place des moyens très performants pour couper presque totalement internet dans le pays depuis plusieurs jours, y compris en brouillant les satellites Starlink, rendant l’envoi d’informations vers le reste du monde très compliqué. Une chose est certaine : c’est un bain de sang. Les estimations sont très disparates. L’ONG Iran Human Rights parle d’au moins 3.428 manifestants tués depuis le début du mouvement, fin décembre. La chaîne étasunienne CBS News avance le chiffre de 12.000 morts, ce qui ferait quasiment 1.000 manifestants assassinés chaque jour. L’organisation Human Rights Activists in Iran parlait déjà de 2000 personnes tuées le 12 janvier.

Ce sont en tout cas des milliers de personnes qui ont été fauchées par la dictature iranienne, trois ans après une précédente révolte survenue en septembre 2022 aux cris de «Femme, vie, liberté», qui avait déjà coûté la vie à plusieurs centaines de protestataires. Les forces du régime, l’armée et les paramilitaires autoproclamés «gardiens de la révolution» sont restées soudées derrière leurs dirigeants fanatiques et n’ont pas fait défection.

L’ordre de grandeur de ce massacre est celui d’une guerre. Plus de 10.000 morts, c’est une échelle de violence équivalente au premiers jours de l’opération génocidaire israélienne à Gaza. Plusieurs centaines de morts, c’est comparable aux violences atroces commises par le régime de Bachar al-Assad au début de la révolution syrienne. C’est une boucherie inqualifiable.

Il faut ajouter à cela les mutilations, nombreuses. Un ophtalmologue de Téhéran cité par le Guardian affirme avoir recensé à lui seul plus de 400 blessures aux yeux dans un seul hôpital causées par des tirs. Le soignant en est certain : les forces de répression «tirent délibérément sur la tête et les yeux» des manifestants «afin qu’ils ne puissent plus voir, comme ils l’ont fait en 2022». De nombreuses victimes ont perdu les deux yeux.

Pendant ce temps, l’impérialisme occidental est en embuscade. Les USA ont multiplié les menaces d’intervention militaire depuis deux semaines. Sur son réseau social, Elon Musk a remplacé l’émoji du drapeau de la République Islamique d’Iran par celui de la monarchie iranienne, un lion et un soleil. Israël menace également d’intervenir. Ces puissances n’ont aucune intention de «libérer» le peuple iranien, mais simplement de remplacer les bourreaux actuels par d’autres à leurs bottes, tout aussi sanguinaires. Leur projet affiché depuis des années désormais, est de remplacer les Mollah par l’héritier de l’ancien roi, le Shah d’Iran, renversé par une révolution populaire. Ce Shah était un vassal obéissant de l’occident, mais il était tout aussi violent que le régime islamiste : il faisait régner la terreur avec sa police politique, usait de la torture et d’assassinats d’opposants. Une intervention occidentale serait donc une opération coloniale visant à installer un régime royaliste fantoche au service des USA.

Mais l’Iran n’est pas le Venezuela. C’est une grande puissance militaire, démographique et économique, bénéficiant de conditions géographiques montagneuses rendant très compliquée une opération militaire d’envergure. Un assaut terrestre est hautement improbable, bien que des frappes ciblées restent possibles.

Surtout, le régime des Mollah bénéficie encore d’une assise populaire. Hors de ses frontières, il est aussi soutenu par des États alliés, et une une partie de l’opinion prétendument «anti-impérialiste». Pourtant, ces dernières années, l’Iran s’est davantage illustré par sa violence féroce contre les révolutionnaires que par sa résistance à «l’axe américano-sioniste». En effet, c’est l’Iran qui a supervisé la répression des insurgés syriens à partir de 2011, qui a causé des centaines de milliers de morts et entraîné un cycle de violences et de vengeances abominables. À l’inverse, depuis le début du génocide de Gaza, c’est peu dire qu’Israël n’a rencontré quasiment aucune menace sérieuse à l’extérieur de ses frontières.

Après avoir fait planer la menace d’une attaque contre l’Iran, Donald Trump affirme ce mercredi 14 janvier que «les tueries prenaient fin» en Iran et que les autorités n’avaient «pas prévu» d’exécuter des manifestants. Une communication à rebours de ses précédentes déclarations, alors même qu’un premier manifestant doit être pendu dans les prochaines heures. «Nous allons observer la situation et voir comment les choses évoluent. Mais nous avons reçu une très bonne déclaration de la part de personnes qui sont au courant de ce qui se passe» a déclaré le président des USA, laissant entendre qu’un accord aurait été trouvé sur le dos du peuple iranien. «Nous avons le contrôle total» de la situation et «le calme règne», affirme le ministre des affaires étrangères iranien. Circulez, il n’y a rien à voir. Les révolutionnaires iraniens sont donc seuls.

Faudrait-il les abandonner au prétexte que l’Iran serait un adversaire de l’occident ? Souvenons-nous qu’en 1917, les révolutionnaires de Russie étaient qualifiés d’alliés objectifs de l’Allemagne impériale. Toutes les contestations pendant la guerre froide ont été soupçonnées de faire le jeu des soviétiques à l’ouest, et des impérialistes occidentaux à l’est. L’opposition démocratique dans la Syrie de Bachar al-Assad était taxée de «sionisme» par le pouvoir. La révolte à Hong Kong était accusée d’être pilotée par les impérialistes selon le régime chinois et ses relais. En France, le gouvernement a même tenté de faire croire que le mouvement des Gilets jaunes était une opération de la Russie.

Selon ce logiciel binaire, toute opposition à un pouvoir et à ses forces armées reviendrait à faire le jeu de ses ennemis. Si les ingérences existent, les voir partout est une erreur, car ces accusations sont rarement fondés : les centaines de milliers d’iraniens et d’iraniennes qui risquent leurs vies dans les rues ne sont pas des agents du Mossad ou de la CIA. Cette lecture est paralysante, elle retire toute capacité d’action aux peuples.

Si chaque révolte sert, par ricochet, les intérêts d’États hostiles, s’il y a une main cynique derrière chaque soulèvement, alors il n’y a aucune issue, et autant ne jamais lutter. Cette vision du monde est donc fondamentalement conservatrice et même contre-révolutionnaire.


Contre les Shah, les Mollah et les interventions impérialistes, ne laissons pas l’opposition iranienne prise entre le marteau et l’enclume.


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