Un campement d’exilés incendié à Paris : silence médiatique


Nécropolitique : des vies livrées à la merci des attaques fascistes, des racistes et des violences policières


Une image des tentes en train de brûler ce mois de janvier dans un campement d'exilés à Paris

De puissantes flammes qui consument soudainement des tentes habitées par des réfugié·es au milieu de la nuit. Un homme gravement brûlé et deux autres blessés par l’incendie. Un acte manifestement raciste et intentionnel, car selon un travailleur social «quelqu’un aurait aspergé les tentes d’une substance inflammable avant d’y mettre le feu. Les pompiers auraient retrouvé des traces d’hydrocarbures». C’est une affaire gravissime qui a eu lieu à Paris dans la nuit du 18 au 19 janvier dernier, et qui est rapportée par le média Streetpress. Une affaire qui, pourtant, passe inaperçu dans les médias nationaux.

Ce campement se situe dans le 19ème arrondissement de la capitale. Les réfugié·es qui vivent dans cet habitat précaire, à la merci du froid et des intempéries, faute de places d’hébergement dignes, ont failli mourir cette nuit là. «Entre 1h30 et 2 heures, j’ai vu plusieurs tentes, dont la mienne, prendre feu. Mes amis, encore endormis, essayaient de sortir comme ils pouvaient. J’ai eu très peur» explique un exilé à Street Press. «Les flammes sont montées jusqu’au pont. Trois tentes ont été détruites !»

Muhammed, arrivé en France il y a un an, a été gravement blessé par le feu, et se trouve dans un service hospitalier de grand brûlé. Deux autres personnes ont été évacuées en ambulance. Et plusieurs ont failli brûler vives dans leur sommeil. Le 22 janvier, des victimes sont allées porter plainte, mais elle a été rejetée par la police, explique StreetPress. Cet acte criminel restera donc impuni, et ne sera même pas comptabilisé dans la liste officielle des atteintes racistes.

En privant les personnes exilées d’un accueil digne et sécurisé, l’État français les place en insécurité, à la merci des agressions. En refusant toute plainte, il considère même que leur existence n’a aucune valeur. En attendant de les rafler et de les expulser.

Cette affaire n’est malheureusement pas un cas isolé, et les attaques commises contre des réfugié·es sont régulières, dans une indifférence médiatique totale. À Saint-Ouen, un campement d’une trentaine de personnes avait été détruit par un cocktail Molotov en décembre 2025. La police n’avait même pas mené d’enquête. En novembre 2015 à Nantes, une maison inoccupées où vivaient plusieurs personnes exilées avait reçu des cocktails Molotov en pleine nuit. Même mode opératoire : il s’agissait d’une tentative d’homicide, clairement menée par l’extrême droite. Les auteurs n’avaient jamais été retrouvés. Démunies parmi les démunies, exclues parmi les exclues, les personnes sans papiers et à la rue sont privées de droits, les autorités leur signifient que leurs vies ne valent rien.

En décembre 2021, à Paris déjà, un militant d’extrême droite, William Mallet, avait essayé de tuer des réfugiés soudanais au parc de Bercy à coups de sabre, trois jours après un grand meeting de campagne d’Eric Zemmour. Deux hommes avaient été hospitalisés, l’un d’eux dans un état grave. L’agresseur lacérait les tentes où dormaient les exilés avant de s’en prendre physiquement à eux tout en tenant des propos contre les étrangers. Le même William Mallet avait récidivé un an plus tard, en commettant un massacre au Centre Démocratique Kurde à Paris, tuant 3 personnes par balles et en blessant 4 autres.

En juillet 2024 à Calais, des jeunes originaires du Soudan venaient de quitter un point de distribution de nourriture d’une association humanitaire et rentraient vers leur campement. En chemin, ils racontent avoir «croisé un groupe d’une dizaine d’hommes» près de voitures, puis «l’un d’eux serait monté dans son véhicule, les aurait poursuivis en zigzagant ou montant sur le trottoir» avant de percuter un jeune soudanais à deux reprises. La victime tentait d’échapper au chauffard, qui a foncé délibérément sur lui pour l’écraser. La voiture avait fini sa course encastrée sous un panneau publicitaire. Les victimes rapportaient que l’homme était descendu du véhicule accidenté, «armé d’un bâton», et avait tenté de frapper l’exilé à terre. Le cauchemar a continué puisque, toujours selon les victimes, le chauffard a été récupéré par un autre véhicule qui a «continué à les prendre en chasse et a tenté de leur bloquer le passage».

Un mois plus tôt, l’association Utopia 56 révélait, photo à l’appui, que «près de Dunkerque, un liquide chimique a été mélangé à l’eau destinée aux centaines de personnes sans-abri. Cette eau, fournie quotidiennement par une organisation citoyenne, est utilisée pour boire, cuisiner et se laver». Encore une affaire qui n’a pas fait scandale et qui n’a été suivie d’aucune condamnation.

Le chercheur camerounais Achille Mbembé a forgé en 2003 le concept de «nécropolitique» : politique de mort. Quand les autorités décident quel type de population laisser mourir et quelle population il faut sauver. Ici, les condamnées sont les populations marginalisées, livrées à la merci des attaques fascistes, des racistes, et des violences policières.

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