Dans les camps de l’ICE, les droits humains bafoués quotidiennement


Malnutrition, viols, tabassages, meurtres, détention de milliers d’enfants, maltraitance de femmes enceintes ou d’enfants dans les camps de concentration de l’ICE


Julien Pereira, tennisman français qui a été détenu un mois par l'ICE et qui témoigne de véritables camps de concentration.

L’ICE – immigration and Customs Enforcement, service de l’immigration et des douanes en français – est une agence fédérale américaine créée en 2003 par George W. Bush, en pleine surenchère «antiterroriste». Elle dépend directement du département de la sécurité intérieure. Actuellement dirigée par Todd Lyons, qui affirmait vouloir organiser la chasse aux étrangers comme le ferait une entreprise, elle compte aujourd’hui 20.000 membres.

En juillet 2025, le Congrès adoptait le «One Big Beautiful Bill Act», qui marquait le début d’une nouvelle ère de financements en faveur du programme anti-immigration de Trump. Les dépenses en armement de l’ICE ont explosé de 700% et son budget avoisine aujourd’hui les 171 milliards de dollars sur 4 ans. C’est l’un des services étatiques les mieux financés des USA.

En octobre 2025, le département de la sécurité intérieure affirmait avoir expulsé plus de 400.000 migrant·es du territoire étasunien en seulement 250 jours. L’administration Trump fixait récemment un nouveau quota : 3000 arrestations par jour. Les politiques démocrates ne valaient guère mieux : l’administration Obama avait déjà expulsé 2,5 millions de personnes en l’espace de 8 ans. Le démocrate Biden avait déporté 270.000 personnes lors de sa dernière année de mandat, ce qui constituait un record. Les libéraux ont pavé la voie aux fascistes américains. La «gauche» molle est toujours le marche-pied de l’extrême-droite.

Mais force est de constater qu’il y a une accélération depuis le retour de Trump aux affaires. Ainsi, le nombre d’arrestations en juin 2025 était 268% plus élevé qu’en juin 2024. 65.000 personnes au moins sont actuellement détenues dans les 212 camps de concentration de la police de l’immigration. Depuis le début du second mandat Trump, au moins 3800 enfants ont été détenus, dont 500 avaient moins de 5 ans. Ces centres sont des zones de non droit, aux pratiques qui bafouent les droits humains.

Dans les camps de concentration de l’ICE

En 2025, 32 personnes sont mortes dans les prisons de l’ICE, soit l’année la plus meurtrière depuis sa création. Depuis le début de l’année, ce sont déjà sept personnes qui ont perdu la vie. Cela n’est pas dû au hasard, mais à des conditions de détention inhumaines.

Le tennisman français Julien Pereira a passé un mois dans un de ces centres, après un problème avec son visa qui lui a valu une interpellation par la police aux frontières. Les événements des derniers mois l’ont amené à témoigner. Menotté aux chevilles, à la taille et aux poignets, il est envoyé à Batavia, près de Buffalo, où il découvre l’innommable. Sur un matelas par terre, dans un dortoir de 80 personnes, entouré des cris de détresse des détenu·es, les lumières allumées 24h/24, il côtoie des personnes qui ont perdu espoir après cinq ans de détention. D’autres qui savent qu’elles seront assassinées si elles sont renvoyées dans leur pays.

Julien Pereira explique : «On n’a plus de nom. On est un numéro. Leur but, c’est de vous casser moralement». Les mots mêmes de Primo Levi lorsqu’il raconte son enfermement à Auschwitz dans son témoignage, Si c’est un homme. En un mois, il perd 7kg du fait de la nourriture insuffisante et périmée. «Les prisons sont gérées par des entreprises privées qui font de l’argent en vous gardant le plus longtemps possible […] C’est une véritable usine à détenus» explique-t-il.

Ces prisons représentent en effet un juteux business. 90% des prisons de l’ICE sont gérées par des entreprises pénitentiaires privées. L’une d’elles, Geo Group, réalisait un chiffre d’affaires de 682,3 millions de dollars au 3ème trimestre 2025, soit 80 millions de plus que l’année précédente. Ainsi, les milliards de dollars d’argent public dédiés à l’ICE servent avant tout à enrichir des firmes privées. 45 milliards de dollars sont alloués aux centres de détention pour les quatre prochaines années. Ainsi, la guerre intérieure et extérieure sont les deux faces du développement du capitalisme en crise qui cherche de nouveau débouchés. En échange d’une caution de 5000$ et d’un bracelet électronique, le tennisman finit par quitter le centre, sans argent ni papier. Une association locale le prend en charge, et il finit par rentrer en France. Mais si un Français blanc subit de telles conditions de détention, celles des détenus non-blancs est bien pire.

Déjà en août 2025, un rapport du sénateur de Géorgie Jon Ossoff révélait qu’au moins 510 personnes avaient vécu des abus dans les centres de détention de l’immigration. Cela recouvrait les morts en détention, les sévices sexuels et actes de torture, les mauvais traitements envers des femmes enceintes ou des enfants, des conditions de détention insalubres, l’exposition à des températures extrêmes. 41 cas de viols et violences physiques, 14 femmes enceintes maltraitées dont l’une laissée se vider de son sang pendant des jours lors d’une fausse couche, sans assistance médicale ni eau. 18 enfants, dont les plus jeunes n’avaient pas deux ans, ont subi des mauvais traitements. Un enfant de quatre ans a été emprisonné et n’a pas pu consulter un médecin alors qu’il suivait un traitement contre un cancer métastatique.

Début janvier, un membre de l’ICE reconnaissait le viol répété d’une femme de nationalité nicaraguayenne, en échange de lettres et photos de son enfant, dans un centre de détention en Louisiane. Les viols semblent être récurrents dans les camps de l’ICE. L’administration Trump prétend que la déportation massive de milliers de personnes arrêtées de manière arbitraire parce que n’ayant pas la bonne couleur de peau est nécessaire pour préserver la sécurité intérieure du pays. Il prétend que ces personnes seraient dangereuses pour la sécurité des Américains et Américaines, qu’ils violeraient «des jeunes filles américaines». Pourtant, les rapports abondent ces derniers mois pour dénoncer que ceux qui violent sont en réalité les agents de la milice de l’immigration américaine.

Le Camp East Montana à Fort Bliss, dans l’état du Texas, est le plus grand centre de détention actuellement en service. Ouvert il y a 3 mois sur le site – ironie de l’Histoire – d’un ancien camp de concentration pour les Japonais pendant la Seconde guerre mondiale, il détient actuellement 3000 personnes sur une capacité de 5000. Dès les cinquante premiers jours du centre, au moins 60 violations des standards de détention sont recensés. Il a fait l’objet d’au moins 45 signalements pour agressions physiques et sexuelles ou négligences médicales, et des associations demandent sa fermeture pure et simple.

Parmi les nombreux témoignages, on retrouve celui d’un adolescent, Samuel, qui a fini à l’hôpital après avoir été roué de coups. Il explique avoir eu les testicules broyées par un officier, tandis qu’un autre lui enfonçait le doigt dans l’oreille jusqu’à lui faire perdre une partie de l’audition. Il a également eu une dent cassée. Les personnes dorment dans des tentes, sur des matelas à même le sol, alors même que le centre se situe dans une zone soumise à des températures extrêmes.

Dans des dortoirs de 70 personnes, la nourriture suffit à en nourrir à peine 50. Du papier toilette en quantité insuffisante, pas de savon, les détenus ont en outre décrit des tentes inondées par l’eau des canalisations, charriant urine et excrément. Pour les détenus souffrant de maladie chronique, les soins médicaux sont insuffisants. L’insuline n’est donnée aux diabétiques que de manière sporadique, les mettant en danger de mort. L’accès à l’aide juridique est elle aussi, fortement limitée. Trois détenus sont décédés en deux mois. Voilà la réalité du fameux «rêve américain».

Sept nouveaux gros centres sont en projet, notamment en Virginie, au Texas et en Arizona, pouvant accueillir chacun 10.000 personnes, ainsi que 12 plus petits de 1500 personnes. Aujourd’hui est l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz Birkenau par l’armée rouge en 1945. 80 ans après, l’histoire se répète.

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