Jupiter rêve de feu nucléaire


«Le demi-siècle qui vient sera un âge d’arme nucléaire», «durcissement de la dissuasion», «augmentation» du nombre de bombes», «feu nucléaire modernisé», menaces devant un sous-marin : alerte rouge


Macron tient son discours militariste devant un sous-marin nucléaire à Brest.

Dès 2016, en campagne présidentielle, Emmanuel Macron déclarait que «la France a besoin d’un chef de l’État jupitérien». Dans le cadre de leur propagande élogieuse, les médias des milliardaires ont massivement repris cette comparaison : Macron, le président Jupiter. Elle est pourtant très inquiétante.

Jupiter, c’est le dieu des dieux chez les romains, celui qui gouverne la terre et le ciel, celui qui frappe avec la foudre. Une telle image aurait dû, déjà à l’époque, mettre la puce à l’oreille. Un homme dont la mégalomanie le pousse à se comparer au dieu le plus puissant, celui qui fait gronder le tonnerre, ne devrait pas être au pouvoir. Macron a toujours été dévoré par le sentiment de toute puissance, l’obsession d’être un chef de guerre. Dès 2017, il fêtait sa victoire sur les Champs-Élysées sur un véhicule militaire entouré de soldats, ce qu’aucun autre n’avait fait avant lui. Dans les semaines suivantes, il se déguisait à plusieurs reprises en militaire, endossant une tenue d’aviateur de l’armée puis de la marine. En 2026, à l’approche de la fin de son deuxième mandat, il semble n’avoir plus aucune limite. Et si la guerre lui permettait de rester au pouvoir, il ne dirait pas non.

Macron a militarisé la France comme jamais depuis des décennies, fait exploser les budgets de l’armée, remis à l’ordre du jour, sans aucun débat, le service militaire pour la jeunesse. Il agite désormais la menace nucléaire.

«Une image folle» s’extasie le plateau de BFM TV ce lundi 2 mars. Emmanuel Macron a organisé une mise en scène : il a mobilisé pas moins de quatre Rafales pour escorter l’avion présidentiel vers le Finistère. Un cinquième avion était chargé de filmer ce cortège céleste pour les chaînes en continu. Chaque heure de vol d’un seul de ces avions coûte 20.000 euros. Cette simple scène, montrant les engins de guerre au-dessus du Mont Saint-Michel, aura donc coûté des centaines de milliers d’euros aux contribuables. Macron se rendait ainsi à l’île Longue, près de Brest, où se trouvent les sous-marins nucléaires et l’arsenal de dissuasion français.

Entouré de soldats, devant un sous-marin nucléaire en présence de toutes les caméras, il a prononcé un discours d’une rare violence. «Tous ceux qui souhaiteraient s’en prendre à la France savent le prix qu’il faudra payer». «Si nous devions utiliser notre arsenal nucléaire, aucun État ne s’en remettrait». Ou encore : «Pour être libre, il faut être craint».

Prenant un air grave, Macron a menacé : «Je n’hésiterai jamais […] Un seul de nos sous-marins, tel que celui derrière moi, emporte avec lui une puissance de frappe équivalente à près de mille fois la puissance des premières bombes nucléaires».

Macron adore cette formule aussi menaçante que débile. Il avait déclaré en décembre dernier : «À l’heure des prédateurs, nous devons être forts pour être craints. J’ai décidé de doter la France d’un nouveau porte-avions». Un an plus tôt, en novembre 2024 il disait déjà que «le monde est fait d’herbivores et de carnivores, si on décide de rester des herbivores, les carnivores gagneront», afin de justifier le surarmement. À moins d’avoir des rêves impériaux, la géopolitique ne devrait pas être considérée comme la loi du plus fort et de la peur. C’est exactement ce genre de formule, servant à justifier l’escalade d’armement, qui a conduit à la Première Guerre Mondiale. Au XXIème siècle, tout devrait être mis en œuvre pour une désescalade et non une surenchère.

Sur la guerre en Iran, Emmanuel Macron a aussi parlé d’un «embrasement possible à nos frontières». De quelles frontières parle-t-il ? Les USA sont en train d’attaquer un pays situé à plusieurs milliers de kilomètres de la France. Notre gouvernement devrait condamner cette guerre, pas faire croire qu’elle concerne notre pays pour alimenter le cycle de violence. Il s’agit en fait de préparer les esprits.

Ce lundi, le général Vincent Desportes expliquait tranquillement dans les médias : «La France est en guerre depuis ce matin». Une guerre lancée en soutien à Donald Trump et à Israël donc, et déclenchée une nouvelle fois, sans débat, sans contradiction. C’est absolument gravissime.

Ainsi, l’armée française annonce que des «Rafales vont décoller et tirer des missiles pour réduire les armes qui tirent depuis l’Iran». «Nous sommes partie prenante de cette guerre, cela dépasse la guerre régionale. On est dans une guerre tellurique de recomposition du Moyen-Orient et du monde» selon les mots du général.

Il y a 20 ans, la France refusait d’attaquer l’Irak, et des millions de personnes défilaient dans la rue contre cette guerre. Que reste-t-il de ce mouvement en 2026 ? Avons-nous tous perdu notre boussole, et la raison avec ?

Et que signifie la coûteuse mise en scène de Macron dans le Finistère ? Soyons clairs : elle ne s’adresse pas aux autres pays. Toutes les armées du monde savent déjà que la France dispose de l’une des principales dissuasions nucléaires de la planète, et qu’un conflit avec ces armes entraînerait une apocalypse. C’est tout l’enjeu de «l’équilibre de la terreur», dans lequel la France est partie prenante depuis 1960. Ces menaces ne s’adressent donc pas tant à l’étranger, mais au peuple français lui-même. Macron se présente en Président-soldat tout puissant, qui montre à son peuple qu’il peut rayer la vie de la surface du monde. Et cela devrait nous inquiéter au plus haut point. «Le demi-siècle qui vient sera un âge d’arme nucléaire» assène Macron.

Autre annonce aberrante, Macron propose d’offrir les capacités nucléaires françaises à d’autres pays, en renforçant les coopérations : «L’Allemagne et la France vont travailler ensemble sur des missiles de très longue portée». L’Allemagne, qui se militarise à une vitesse jamais vue depuis les années 1930, qui affirme vouloir la plus grande armée d’Europe, et où des néo-nazis font 20% des voix, aurait donc accès à l’arme nucléaire ! Nous sommes chez les fous. «La Pologne, la Grèce, les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark et la Suède» seront également impliqués explique Macron. C’est pourtant la non-prolifération nucléaire que nous devrions exiger ici et maintenant !

Enfin, Macron veut augmenter le nombre de têtes nucléaires. C’est la grande annonce du jour. La France en possède déjà 300, largement de quoi détruire une partie du monde. 120.000 têtes nucléaires ont été produites depuis le Projet Manhattan en 1945, et 2.400 ont explosé dans le cadre d’essais. Au plus fort de la guerre froide, 70.000 ogives étaient en stock dans les silos des grandes puissances. Elles ne sont plus que 12.000, mais il suffirait qu’une centaine soit utilisée simultanément pour provoquer un hiver nucléaire. L’entretien de cet arsenal a coûté à lui seul 82,9 milliards de dollars, soit 77 milliards d’euros en 2022 aux 9 puissances nucléaires. Cela représente 146.500 euros à chaque minute. Pas assez, selon Macron.

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