Agression contre l’Iran et embrasement au Levant : on fait le point


L’axe impérialiste sème le chaos et la désolation en Iran, au Liban et alentours. La «guerre défensive» est un mensonge, et aucun bombardement ne libère jamais. Les USA veulent remplacer une dictature par une autre. Trump espère consolider son pouvoir par la guerre.


Téhéran sous les bombes au début de l'agression de l'Iran par l'armée étasunienne.

«Fureur épique», ou «Epic furry» en anglais. C’est le nom écœurant donné par l’état-major des USA à l’agression militaire contre l’Iran démarrée le 28 février. Pendant des semaines, les États-Unis ont concentré une puissance aérienne et navale colossale au Moyen-Orient, dépassant même selon certains observateurs celle utilisée contre l’Irak lors des guerres de 1991 et 2003.

Depuis plus de trois jours, le pays reçoit un déluge de bombes, qui a tué des centaines de civils et déjà liquidé une partie des dirigeants du pays. Le Liban est envahi par l’armée sioniste. Donald Trump, Israël et leurs alliés britanniques et arabes poursuivent leur politique de guerre permanente et de prédation dans tout le Levant.

Malgré les milliers de tirs d’aviations sur l’Iran et le Liban, Trump ricane ce 3 mars : «Nous n’avons même pas encore commencé à les frapper sérieusement. La grande vague arrive bientôt». Son ministre de la guerre va encore plus loin : «Nous ne sommes plus des défenseurs ; nous sommes des guerriers, entraînés à tuer l’ennemi et à briser sa volonté». Ces gens sont assoiffés de sang. Dans les cercles dirigeants des USA, on parle même d’envoyer des forces terrestres.

Cette nouvelle guerre n’est que la dernière étape d’une série d’attaques contre l’Iran ces trois dernières années. La dernière offensive majeure a eu lieu en juin 2025, baptisée «Lion qui se lève», et a été initiée par Israël. Il faut y ajouter les opérations terroristes, comme l’attaque aux bipeurs piégés menée sur le sol libanais. Ce n’est malheureusement sans doute pas la dernière agression, dont la seule issue ne peut être que le chaos et la dévastation. Les peuples d’Iran se retrouvent entre l’enclume du régime et le marteau impérialiste. Quelques éléments que vous n’entendrez pas dans les médias.

Une «attaque défensive» n’existe pas

Cette agression est une nouvelle violation flagrante du droit international par les USA, qui prétendent une nouvelle fois mener une «guerre préventive». Lors de l’attaque de l’Irak, George Bush avait déjà prétexté une «guerre préventive» pour empêcher la prolifération «d’armes de destruction massive». On sait désormais que c’était l’un des plus gros mensonges du XXIème siècle, qui a causé des centaines de milliers de morts en Irak et déstabilisé durablement tout le Moyen-Orient.

«L’attaque défensive» est un oxymore, un concept de propagande, comme le coup de poing affectueux ou la claque gentille. Il s’agit d’une agression délibérée commise contre un État, en violation du droit international, quoiqu’on pense du régime iranien. Et ici encore, elle repose sur un énorme mensonge.

Des négociations qui étaient sur le point d’aboutir

Les guerres ont toujours besoin de prétextes. Pour agresser l’Iran, Israël et les USA parlent d’une menace imminente de fabrication de bombes atomiques. Une invention. Trump et Netanyahou attaquent l’Iran alors que des négociations concernant le nucléaire était en cours. Un médiateur du sultanat d’Oman, dans le cadre de pourparlers, explique que le régime iranien venait d’accepter des concessions majeures, car il était conscient des menaces d’une intervention. Cet homme, Badr al-Busaidi, qui est le ministre des affaires étrangères d’Oman, explique : «Je suis consterné. Des négociations actives et sérieuses ont une fois de plus été sapées». Téhéran avait accepté de se débarrasser de son stock d’uranium enrichi contre une levée des sanctions visant le pays, et une nouvelle réunion devait avoir lieu à Vienne pour finaliser cet accord.

En juin dernier, avant les précédents bombardements, des négociations avaient déjà été sabotées de la même manière. En pleins pourparlers, des frappes avaient tué le principal négociateur nucléaire iranien : Ali Shamkhani. Le 15 mai 2025, le quotidien Le Monde titrait : «Nucléaire : l’Iran est prêt à accepter un accord en cas de levée des sanctions, affirme un conseiller du Guide suprême». En juin 2025 comme en février 2026, le processus de négociation est détruit par l’axe USA-Israël. À chaque fois, c’est le choix de la guerre à outrance et de l’escalade. Les pays occidentaux savent tous que les USA mentent, mais reprennent pourtant ce narratif.

Une écrasante disproportion à tous les niveaux

La disproportion entre l’axe Israël-USA et l’Iran est écrasante, et comment pourrait-il en être autrement ? Entre la plus grande armée du monde et celle d’un pays sous embargo. Entre un empire militaire, en guerre permanente et dont les budget en armement dominent tous les autres, et un État paria ?

Dès les premières minutes de l’attaque, le «guide suprême» Khamenei était tué à Téhéran avec une partie de sa famille. L’offensive était pourtant annoncée depuis des jours, mais il n’a pas cherché à se cacher. Plusieurs hauts responsables de l’appareil militaire, policier et politiques ont aussi été assassinés, notamment lors d’une réunion où de nombreux dirigeants se retrouvaient dans un quartier général. Des responsables religieux ont également été visés. Quant au remplaçant de Khamenei, il a été abattu au bout de quelques heures de règne.

Ces frappes précises sont une nouvelle preuve que l’appareil d’État iranien est infiltré par les agences de renseignement occidentales, un élément déjà démontré lors des tirs de juin dernier. Cela jette évidemment un climat de suspicion au sein même du régime. Et la guerre se joue aussi sur internet : une application de prière massivement utilisée en Iran a été piratée pour afficher les messages «Help Has Arrived» et inciter les forces du régime à déposer les armes.

Le Financial Times révèle aussi que pendant des années, Israël a piraté la quasi-totalité des caméras de circulation de Téhéran, pour préparer des assassinats, reconstituer les trajets et horaires des dignitaires, leurs adresses, les déplacements de leurs gardes du corps.

Même si l’Iran riposte en visant des bases militaires étasuniennes, israéliennes et de leurs alliés, la plupart des munitions sont interceptées, y compris par les pétromonarchies du golfe, alliées des USA. Sur le plan militaire, l’Iran subit une nouvelle humiliation. Mais cela ne signifie absolument pas la chute du régime.

Une attaque contre-productive ?

Ali Khamenei était âgé de 86 ans, c’était un chef spirituel qui n’avait plus vraiment de pouvoir politique. Ses jours étaient comptés. Il meurt finalement sous les bombes des USA, ce qui lui confère un statut de martyr éternel au niveau international. Du reste, ce «guide» avait dit son opposition à la fabrication de bombes nucléaires.

Israël a donc probablement réalisé un but contre son camp : plutôt que de décapiter le régime, il a éliminé l’un des obstacles à la construction du programme nucléaire iranien. Désormais, les plus durs du régime, notamment les Gardiens de la Révolution, auront le champ libre pour décider de fabriquer l’arme nucléaire. Ces attaques à répétition entérinent le fait qu’aucune négociation ne peut avoir lieu avec les occidentaux.

Quant au régime, il reste bien implanté. L’Iran n’est pas la Syrie ou la Libye. C’est une dictature à la fois militaire et religieuse mais aussi idéologique, profondément installée et organisée. C’est une véritable puissance technologique, démographique et économique.

Surtout, le régime iranien bénéficie encore d’une assise populaire, comme en témoignent les manifestations massives en hommage aux martyrs. Certes, la dictature a été secouée par des contestations férocement réprimées. Mais cela n’enlève rien à l’adhésion réelle de millions d’iraniens derrière les dirigeants. Les Gardiens de la révolution sont des millions, ils sont implantés jusque dans les villages et assurent un encadrement idéologique de la population, mais aussi un réseau d’écoles, d’universités et de formations. Croire qu’il suffit de bombarder l’Iran pour déboulonner la République islamique est une absurdité, cela risque même de la renforcer et de la radicaliser.

Enfin, le pays est immense, et bénéficie de conditions géographiques montagneuses rendant très compliquée une opération militaire d’envergure. Un assaut terrestre serait un véritable défi pour l’armée des USA, qui a déjà été mis en échec en Afghanistan.

Remplacer un dictateur par un autre

L’histoire le montre, on n’apporte pas la démocratie à coups de bombes. Trump multiplie les appels destinés au peuple iranien à renverser les autorités. «L’heure de votre liberté est à portée de main», «Lorsque nous aurons fini, emparez-vous du pouvoir. Des bombes vont tomber partout».

En d’autres termes, les iraniens sont piégés entre deux périls : la corde et les balles du dictateur ou les bombes de Trump et de Netanyahou. Une horreur totale. Le régime iranien était affaibli par deux ans de contestations sociales et féministes. Les dirigeants iraniens ont assassiné des milliers d’opposant·es et persécutent les minorités. Maintenant que le pays est attaqué, le gouvernement va pouvoir verrouiller toujours plus le pays et assimiler toute critique interne aux USA et à Israël.

Les impérialistes n’ont que deux solutions à proposer : la destruction de l’Iran ou une nouvelle dictature. Ces puissances n’ont aucune intention de «libérer» le peuple iranien, mais simplement de remplacer les bourreaux actuels par d’autres, à leurs bottes et tout aussi sanguinaires. Leur projet affiché depuis des années est de remplacer les Mollah par l’héritier de l’ancien roi, le Shah d’Iran, renversé par une révolution populaire. Ce Shah était un vassal obéissant de l’occident, mais il était aussi très violent : il faisait régner la terreur avec sa police politique, usait de la torture et d’assassinats d’opposant·es. Il s’agit donc donc une opération coloniale visant à installer un pouvoir royaliste fantoche au service des USA pour piller les ressources iraniennes, notamment pétrolières.

Soit le régime actuel se maintient et se durcit. Soit il s’effondre dans un chaos total avec une guerre civile à côté de laquelle la catastrophe irakienne paraîtra minime. Soit une dictature en remplace une autre. Aucun des scénarios n’est enviable, ni pour les iranien·nes, ni pour le reste du monde.

Les médias français au garde à vous, la France entre en guerre

Partout dans nos médias, on ne parle que des israéliens qui doivent se réfugier dans des abris en cas de riposte iranienne, de la poignée de soldats étasuniens tués, des touristes bloqués à Dubaï, on donne la parole à des exilés iraniens qui acclament les bombardements sur leur propre pays d’origine. Qui rappelle qu’au moins 85 personnes sont mortes dans une frappe sur une école pour filles ? Ou que plus de 500 iraniens sont déjà portés disparus ? Tout est fait pour nier la souffrance du peuple iranien, le déshumaniser et justifier les attaques. Le même processus était à l’œuvre pour légitimer l’opération génocidaire à Gaza.

Un général français annonçait le 2 mars que la France était déjà en guerre de facto au Levant. Macron envoie un porte-avions, les forces françaises sont déjà engagées, des Rafale interviennent depuis les Émirats Arabes Unis. La France est liée par des accords de défense aux Émirats, au Qatar et au Koweït — des accords qui l’autorisent à mobiliser ses moyens sur place. 5000 militaires français sont déployés dans la région, et notre impérialisme tricolore entend bien jouer un rôle dans la nouvelle donne au Moyen-Orient.

Trump tente de reprendre la main par la guerre

On le sait, les guerres servent avant tout à consolider le pouvoir de ceux qui les mènent. Donald Trump est très abîmé après un an de mandat. La contestation contre l’ICE a mobilisé des millions de personnes, et les crimes de sa milice ont horrifié une partie de la population. L’affaire Epstein et ses révélations dévoilent le trumpisme tel qu’il est : une association d’agresseurs et de tortionnaires.

Au sein même des Républicains, Trump est de plus en plus isolé. C’est pour cela qu’il multiplie les provocations et les agressions militaires : le président de la première puissance mondiale est aux abois, et il est capable de tout pour faire oublier ses casseroles et reprendre la main, même s’il faut embraser le monde. C’est ce qui le rend d’autant plus dangereux.

AIDEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide.

Faites un don à Contre Attaque, chaque euro compte.