Evan, 19 ans, tabassé chez lui par des policiers qui sont repartis sans le soigner


Des hommes armés qui entrent chez vous, vous frappent, vous menottent, puis repartent sans crier gare, alors que vous êtes en état de choc. Cette scène glaçante, c’est celle qu’a vécu Evan, 19 ans, habitant de Toulouse, le 27 février.


Une photo d'Evan, jeune homme noir tabassé par des policiers, chez lui, à cause d'une coupure de courant et d'un voisin délateur

Ce soir là, Evan se prépare à manger dans le domicile familial, pendant que ses parents sont encore au travail. Soudain, une coupure de courant : Evan est plongé dans le noir et ne parvient pas à rétablir l’électricité. En attendant l’arrivée de ses parents, il continue de préparer à manger en s’éclairant avec la lampe torche de son portable. Jusqu’ici, une histoire banale.

Mais c’était sans compter les réflexes vichystes d’un voisin qui, apercevant une lumière suspecte dans la maison d’à côté, appelle la police. Il parle d’un cambriolage. La BAC débarque, entre sans sommation dans la maison, cogne le jeune homme, le plaque au sol et le menotte, le tout dans la pénombre. «Il a cru que c’étaient des voleurs» explique le père de la victime. Evan a l’arcade ouverte, saigne abondamment et explique aux policiers qu’il est chez lui, comme le prouvent ses papiers d’identité. Les agents pouvaient encore tenter de rectifier cette énorme erreur, mais non, ils s’échappent, sans porter assistance au jeune qu’ils viennent de blesser sérieusement, sans contacter les secours, sans même prévenir les parents. Comme des voleurs.

«Ils ont défoncé mon fils !» dénonce le père d’Evan, qui a déposé plainte le 2 mars. «Il ne comprenait rien, il était sonné. Il n’arrêtait pas de dire qu’il habitait ici, et en vérifiant sa carte d’identité, les policiers ont fini par réaliser leur erreur… Ils sont partis sans le soigner, sans rien demander, sans nous appeler». Le jeune homme est traumatisé.

Pour se couvrir, les agents ont mis sur pied une version rocambolesque : Evan se serait «mis en garde» lorsqu’ils sont entrés dans la pièce, les policiers se seraient donc sentis menacés. Ils prétendent aussi qu’ils ont aidé Evan avant de repartir, mais il n’y a aucune trace d’un quelconque secours.

La négrophobie de cet acte fait peu de doute : une suspicion de cambriolage, un jeune homme noir, des coups gratuits puis un repli, comme si c’était normal et que la vie de la victime ne comptait pas. Ces violences rappellent celles commises en novembre 2020, au sein du studio du producteur noir Michel Zecler, à Paris.

Il s’agissait d’une agression caractérisée, en réunion, par des policiers. Ils avaient suivi le producteur jusqu’à son lieu de travail, soi-disant pour le «contrôler», avant de le frapper, de jeter une grenade lacrymogène dans le lieu clos et de braquer les occupants avec des armes à feu. L’un des policiers avait traité la victime de «sale nègre». Si l’affaire a fait du bruit, c’est parce que Michel Zecler avait installé des caméras dans le studio : la scène avait été intégralement filmée. Elle était donc incontestable.

La victime avait eu plus de 45 jours d’ITT et un tendon sectionné. Pourtant, dans leur PV d’interpellation, les policiers assuraient que Michel Zecler avait refusé le contrôle d’identité et les aurait frappé. Ils auraient donc répliqué «en légitime défense». Les agents avaient ainsi porté plainte contre leur victime. C’était sans savoir que tout était filmé, faisant voler leur version en éclats.

Médiapart avait révélé, lors de l’enquête, les textos accablants qui avaient été découverts dans les téléphones des policiers impliqués. On y trouvait des messages WhatsApp dans lesquels un agent se vantait notamment d’avoir «défoncé» Michel Zecler, ajoutant : «Le mec n’a porté aucun coup, il s’est juste débattu». Son collègue regrettait de ne pas avoir davantage frappé ce «gros gros bâtard» : «En vrai, pas suffisamment, on n’a pas été méchant je trouve». «Punaise, quel bâtard. J’espère il a pris quand même», lâchait une policière dans un autre groupe WhatsApp. «Oui oui mais pas suffisamment à mon goût».

Dans ces téléphones, un des agents mis en cause possédait un montage photo avec George Floyd, étouffé sous le genoux d’un policier aux USA, accompagnée de la phrase «Quand tu dégonfles ton matelas en fin de soirée».

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