La DREAL punit une salariée qui travaillait sur les algues vertes


La mafia agro-industrielle frappe encore


Une plage bretonne recouverte d'algues vertes, produit de la mafia agro-industrielle

Le média Reporterre révélait ce 20 mars qu’une employée de la Direction régionale de l’environnement (Dreal), institution chargée de contrôler et de préserver la qualité de l’eau, de l’air et du sol, de protéger la biodiversité mais aussi d’informer la population sur la pollution, a été mutée sans sommation.

Cette salariée était «en première ligne sur le dossier des nitrates en Bretagne depuis une quinzaine d’années». L’institution affirme qu’elle est déplacée au motif de «l’intérêt du service». Pourtant, cette mesure ne laisse aucun doute aux syndicats : FO, le SNE-FSU, la CGT et l’UNSA y voient une «sanction contre celles et ceux qui osent dire non aux dérives» et «une atteinte inacceptable à l’indépendance des fonctionnaires». Ils dénoncent une procédure «d’une grande brutalité» qui n’est rien d’autre qu’une «sanction disciplinaire déguisée».

Cette procédure sert manifestement à empêcher toute enquête sérieuse sur l’agro-industrie bretonne et la pollution qu’elle génère, puisque la salariée est une «spécialiste des enjeux liés à l’eau et à l’agriculture, et en particulier du nitrate, dont la forte teneur est responsable de la prolifération d’algues vertes». Si personne n’est là pour mesurer et observer, alors le problème disparaît. Les syndicats dénoncent d’ailleurs la surcharge de travail et le manque de moyens, «symptôme d’une administration exsangue où l’on préfère sanctionner les lanceur·ses d’alerte plutôt que de recruter et de soutenir les équipes».

Ça se passe comme ça désormais en France : plutôt que de faire baisser la fièvre, les autorités préfèrent casser le thermomètre. Le gouvernement avait retiré son accréditation à Anticor, une association de lutte contre la corruption, l’empêchant ainsi de mener des procédures, ou supprimé l’observatoire de la pauvreté, mais aussi l’observatoire de la laïcité, jugés trop à gauche. S’il n’y a plus d’instances indépendantes pour travailler sur la pauvreté, les discriminations ou la pollution, ces sujet n’existent pas.

Or, la question des algues vertes est un véritable scandale d’État. En 1971, ce phénomène apparaît pour la première fois à Saint-Michel-en-Grève, près de Lannion au nord de la Bretagne. Ce sont depuis des centaines de milliers de tonnes d’algues vertes qui recouvrent les plages bretonnes chaque année. En 2021, la Cour des comptes établissait que le modèle agricole en était responsable à plus de 90%. «Les énormes marées vertes sont nourries par des pratiques agricoles intensives — il y a quatre fois plus de cochons que d’humains en Bretagne» expliquait alors le média Reporterre.

Les algues vertes se nourrissent du phosphore et de l’azote issus des nitrates rejetés par l’agriculture industrielle. Au milieu des années 60, le taux de nitrate se situait autour de 5 mg/L, il est aujourd’hui de 33 mg/L sur les côtes bretonnes. Dans les années 2000, les concentrations explosaient même jusqu’à 50mg/L. La Bretagne a été livrée aux appétits de l’agriculture intensive et des fermes usines. La région ne représente que 7% de la surface agricole française, mais concentre 50% des élevages de porcs, 50% des élevages de volailles et 30% des bovins du pays.

Le danger mortel que représentent les algues vertes sur nos côtes est connu depuis des décennies. En 1989 déjà, un jeune homme est retrouvé sans vie à Saint-Michel-en-Grève, sur un tapis d’algues vertes. Régulièrement, des animaux – sangliers, chiens, chevaux – ont également trouvé la mort en se promenant sur des plages contaminées. En 2009, Thierry Morfoisse, un chauffeur de poids lourd de 48 ans chargé de transporter les algues vertes ramassées sur les plages, trouvait la mort au volant de son camion, dans les Côtes d’Armor. La justice a tout fait pour dissimuler l’affaire et nier le lien entre ces algues et le décès du travailleur. Neuf ans plus tard, et malgré de nombreuses entraves à l’enquête, notamment des altérations de preuves et des tentatives de classement, le tribunal des affaires sociales de Saint-Brieuc reconnaissait pourtant qu’il s’agissait bien d’un accident du travail.

En parallèle, les journalistes qui enquêtent sur la responsabilité de l’agriculture intensive ont subi des intimidations mafieuses. En 2021, la reporter bretonne Morgan Large retrouvait les boulons de l’une des roues de sa voiture entièrement dévissés. Une tentative d’homicide. La journaliste Inès Léraud, qui a enquêté sur l’agroalimentaire en Bretagne et en particulier les algues vertes, a subi des menaces et une attaque en diffamation devant la justice. “Environ vingt personnes meurent chaque année sur la côte, souvent emportées par les marées ou les courants. La question qui se pose est la suivante : certaines de ces personnes pourraient-elles s’être évanouies à cause du gaz toxique provenant d’algues, avant d’être emportées ? L’État n’a pas fait la lumière sur ces questions” indiquait-elle au Guardian.

Aujourd’hui encore, l’État continue de protéger le modèle agricole productiviste mortifère. En 2018 le gouvernement déposait un décret pour simplifier les autorisations de fermes usines. La loi Duplomb, contre laquelle se sont levées des millions de personnes l’an dernier, facilite l’implantation et l’agrandissement des fermes-usines. Ainsi, la mutation autoritaire d’une agente de la DREAL va dans le même sens : celui d’une mafia agro-industrielle toute puissante, protégée par le pouvoir.

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