Même quand on pense qu’on est habitué, l’ignominie des chaines de télévision françaises continue de surprendre. Depuis le premier tour des élections municipales, les officines médiatiques publiques comme privées se sont encore surpassées dans le mensonge, le racisme et les campagnes ininterrompues contre la gauche. Un aperçu :

Dimanche 15 mars : Duhamel & Cie partout
Nous sommes le soir du premier tour des municipales. En zappant à la télé, on peut retrouver au même moment pas moins de quatre membres d’une même famille. Sur France 2, le fils Benjamin Duhamel, qui officie également sur BFM et France Inter. Sur LCI, on retrouve le père Patrice Duhamel, qui est dirigeant au sein de France Télévision, du Figaro, de France Inter, et président d’une école de journalisme. Un baron des médias français depuis l’époque de l’ORTF, dans les années 1970 ! Chez France Info, on aperçoit la mère Nathalie Saint-Cricq. Elle était invitée à diner à l’Élysée pendant le mouvement des retraites. Lors de la dissolution de l’Assemblée Nationale en 2024, alors que l’extrême droite était aux portes du pouvoir, elle avait tenté de communiquer discrètement avec les autres présentateurs en leur montrant un bout de papier où elle avait gribouillé «JLM 1 PB», soit «Jean-Luc Mélenchon, un problème». Enfin, sur BFM, il y a l’oncle Alain Duhamel. Même la Corée du Nord n’aurait pas osé, la semaine commence bien.
Saint-Denis, la ville des rois ?
Le même soir du 15 mars : le candidat Insoumis Bally Bagayoko remporte une victoire écrasante à Saint-Denis, deuxième plus grande ville d’Île-de-France. Il gagne la mairie dès le premier tour contre un socialiste tendance Manuel Valls. C’est une victoire très symbolique, mais Bally Bagayoko est un homme noir, et les éditorialistes n’ont retenu que cela. Sur LCI, le présentateur Darius Rochebin fait une insinuation raciste au nouveau maire : «Saint Denis c’était la ville des rois, et maintenant…» Réponse magistrale de Bally Bagayoko : «C’est la ville des rois, c’est aussi la ville du peuple».
Saint-Denis, la ville des noirs ?
16 mars, la présentatrice de RMC Apolline reconnaît : «J’ai reçu ce matin Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis. Dans le brouhaha du duplex j’avais mal entendu ses propos dimanche soir minuit, et j’en suis désolée. Ses mots exacts étaient ‘ville des rois et du peuple vivant’». Elle est évasive : en réalité, depuis la victoire du candidat Insoumis, une campagne initiée par l’extrême droite fait croire que le nouveau maire aurait dit «c’est la ville des noirs».
Tout est parti de Gilbert Collard, avocat néofasciste, habitué du plateau de Cnews. Ce que dit Bagayoko est pourtant parfaitement audible, c’est d’ailleurs une paraphrase de la jolie citation du poète dionysien Jean Marcenac : «Saint-Denis la ville des rois morts et du peuple vivant». Apolline Malherbe n’a pas «mal entendu», elle a repris une intox diffusée par des racistes. D’ailleurs, sur le plateau de France Info d’autres éditorialiste, Gilles Bornstein et Jean Sébastien Ferjou, ont relayé exactement le même mensonge. Cela rappelle le jour où BFM et France Info reprenaient une autre intox, un slogan de manif inventé : «À bas les juifs et les fachos» qui était en réalité «À bas les flics et les fachos». Là encore, les mêmes individus avaient diffusé en plateau des mensonges lancés par l’extrême droite sur les réseaux sociaux, sans rien vérifier.
Les excuses de Nathalie Saint-Criq
Cette intox n’a pas été sanctionnée. Par contre, Nathalie Saint-Criq a surnommé, le même soir, hors antenne, le candidat d’extrême droite Eric Ciotti de «Benito». France Télévisions a immédiatement présenté «ses excuses pour un propos inapproprié et déplacé» et retiré de l’antenne pendant une semaine sa propre présentatrice. Deux poids deux mesures. France Info a nié le génocide à Gaza, relayé des dizaines de mensonges de l’armée israélienne, sali la plupart des représentants insoumis, calomnié des manifestations… S’il fallait des excuses et des exclusions à chaque fois que France Info diffame la gauche ou diffuse une fake news, il n’y aurait plus personne sur son plateau.
Interrogatoire de la gauche en direct
17 mars : sur BFM, un éditorialiste impose un interrogatoire hallucinant à Bally Bagayoko. Selon lui, le maire aurait été élu grâce au soutien des narcotrafiquants, «de nombreux patrons de points de deal» étaient dans la mairie pour célébrer le résultat des élections. Il termine par cette question : «Vous êtes dans la main de qui, monsieur le maire ?» «C’est une question complètement irresponsable mais je vais vous répondre» rétorque calmement le maire.
Derrière les mots, cette scène est d’un racisme très violent. Personne ne demanderait à Édouard Philippe, dont la ville du Havre est le principal point d’entrée de drogues dures en France, dans «quelles mains» il se trouve. Plus grave, l’individu qui pose cette question se nomme Tudgual Denis : c’est le patron de Valeurs Actuelles. Ce torchon a été condamné en justice pour injures raciales. Le système médiatique, ici BFM, met sur les plateaux des fascistes pour harceler des élus de gauche.
« Mélenchon n’a pas de sang français »
20 mars sur Europe 1 : «Mélenchon est natif de Tanger, il n’a pas de sang français», déclare tranquillement l’éditorialiste d’extrême droite Rodolphe Cart. Parler de «sang français», c’est littéralement du racisme biologique qui renvoie à l’idée d’une «race» française. L’Arcom accorde des fréquences, qui sont un bien public, aux médias Bolloré qui diffusent sans complexe des mots d’ordres renvoyant aux pires idéologies pétainistes et fascistes.
Quand CNews anticipe des pogroms
Dimanche 22 mars sur Cnews, après la victoire de David Guiraud à Roubaix, le chroniqueur Frantz-Olivier Giesbert en roue libre, déclare : «J’aimerais pas être juif à Roubaix […] Il y a une cinquantaine de familles […] – Ils vont partir – Ils sont obligés, ils vont sans doute être obligés». Du pure délire diffamatoire instrumentalisant l’antisémitisme, tombant sous le coup de la loi.
Une agression bien réelle minimisée
En parallèle : le maire LR de la ville d’Arcahon a été filmé en train de menacer son opposant écologiste devant un bureau de vote, tenant des propos gravissimes : «enculé», «fils de pute», «Je vais tout faire pour vous baiser. Je vais trouver quelque chose dans votre vie personnelle. Vous allez voir six ans, ça va être terrible pour vous et votre famille», ou encore «Si je pouvais vous enculer, je le ferais».
S’il s’agissait d’un membre de LFI, cela aurait provoqué une polémique nationale et une destitution de l’élu. Mais comme ce maire est d’extrême droite, RTL vole à son secours : «Ne vous méprenez pas sur cette illusion de transparence parce qu’à force de tout dévoiler, on aura en face de nous juste des faux jetons qui s’exprimeront en langue de bois» dénonce l’éditorialiste Isabelle Saporta. «Je n’aime pas la transparence. Heureusement que je ne suis pas filmée à mon insu et qu’on ne scrute pas chacun de mes sms. Car je suis certaine que des ligues de vertu y débusqueraient des dérapages et qu’on pourrait me livrer à la vindicte populaire». Ce maire qui profère des intimidations contre la famille de son principal opposant et qui le violente serait donc une victime des «ligues de vertus» dans le monde parallèle de RTL. Mais quand Mélenchon parle fort, c’est un dictateur totalitaire à la tête d’une meute.
Les violences sexuelles autorisées
La même semaine, Médiapart dévoile une série de violences sexuelles commises par Patrick Bruel. Ce coup-ci, c’est RMC qui vole au secours du chanteur : à l’antenne, l’éditorialiste sioniste Barbara Lefebvre estime que la justice a «d’autres choses à faire» que de s’occuper de ces accusations de violences sexuelles vieilles de près de 30 ans. Comme condamner des manifestants qui dénoncent Israël ?
David Guiraud l’antisémite
Le 24 mars : interrogatoire sidérant de David Guiraud sur France Inter. Le fils Duhamel, plutôt que de parler de la situation de Roubaix, lui parle des «pogroms» du 7 octobre, et l’accuse d’antisémitisme parce qu’il soutient la Palestine. Réponse calme de l’élu : «Merci pour votre question bienveillante…» immédiatement coupée par Duhamel.
Guiraud rappelle l’histoire de Roubaix, la mort du résistant socialiste roubaisien Jean Lebas, mort en déportation, celle de Lilly Keller Rosenberg, femme du Nord, rescapée des camps qui témoigne sur la Shoah. Il évoque la création d’un musée dans la demeure de cette militante. «J’ai cette mémoire là» explique l’élu, à nouveau coupé, et à nouveau accusé. France Inter se moque des faits et de la vérité, et voulait simplement condamner sans procès pour antisémitisme un maire Insoumis.
L’entre-soi des plateaux en pleine décadence
Épilogue pathétique ce jeudi 26 mars : France 2 diffuse un reportage pour critiquer les conférences de presse de Mélenchon devant les «nouveaux médias numériques». Plutôt que de répondre seulement aux médias mainstream, le mouvement invite tous les mois des médias en ligne.
Inacceptable pour France 2, qui a mené l’enquête et déniché un immense scoop : certaines personnes dans la salle étaient de gauche ! Un vrai scandale, puisque la norme, c’est que la totalité des plateaux télé soient squattés par des militants d’extrême droite et d’extrême centre… Rappelons que la présentatrice phare de France 2 est littéralement en couple avec Raphaël Glucksmann. On ne sait plus si on doit rire ou pleurer devant tant de bassesse, mais une chose est sure : le règne de ces médias télévisés est en train de se terminer, ils n’influencent plus que les retraités.
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