Oussama, nantais indomptable, nous a quittés brutalement


Hommage


Oussama lors d'un discours pour la manifestation antifasciste du 26 février dernier.

Oussama aimait surprendre. En amitié, dans les luttes, dans la vie : toujours là où on ne l’attendait pas. Insaisissable, créatif, hors normes. Oussama vient de nous faire une dernière surprise, terrible et irrévocable celle-là. Il nous a brutalement quittés, à l’âge de 44 ans.

Oussama est né à Nantes dans une famille populaire, dont le grand-père travaillait aux chantiers navals. Breton, franco-algéro-marocain, internationaliste avant tout. Il était un connaisseur intarissable des luttes nantaises, de leur histoire et de leur actualité. Il en était surtout un acteur de premier plan depuis plus de 20 ans.

Oussama était partisan d’un communisme désirant, joyeux et combattif, volontiers irrévérencieux. Hors des chapelles, jamais dans les cadres ni donneur de leçon, il était animé d’une force vitale hors du commun. Il y a quelques jours encore, au pied levé, il avait été capable de préparer un succulent repas pour 100 personnes lors d’un événement antimilitariste, avant d’aller soutenir une grève syndicale et de réaliser des vidéos pour la CGT. Quelques jours plus tôt, il donnait de la voix contre l’extrême droite dans les rues de Nantes.

Oussama a mené une existence extraordinaire, au sens premier du terme. Il a eu 1000 vies. Déserteur à 20 ans. Durement violenté en garde à vue par la police en 2005 lors de la révolte des banlieues. Étudiant engagé à la fac de Nantes contre le CPE. Animateur de gigantesques assemblées populaires contre Sarkozy. Ouvrier en abattoir dans le centre Bretagne ou dans une déchèterie nantaise, où il menait la bataille pour de meilleures conditions de travail, la lutte des classes chevillée au corps. De tous les mouvements sociaux. Journaliste dans plusieurs titres de la presse locale. Employé à la mairie de Carhaix. Serveur dans de nombreux bars. Alternativement comédien, clown et musicien. C’était un créatif qui partait dans toutes les directions. Il jouait de l’orgue de barbarie, de l’accordéon ou des instruments à vent, organisait des spectacles, écrivait des pièces de théâtre dont une bonne partie inachevées. Il apprenait le breton, le russe, l’allemand et étudiait même le droit… Il avait toujours un projet, pas forcément abouti, mais à chaque fois réalisé avec passion. Partout où il allait, c’était un empêcheur de tourner en rond. À Rostronen, Rennes, Nantes ou Berlin, il ne laissait personne indifférent.

Il faisait partie de ces «individus défavorablement connus des services de police». Arrêté une bonne dizaine de fois, que ce soit après une manifestation anti-aéroport débordante, pour avoir tenu tête à des nervis d’extrême-droite ou brûlé un drapeau tricolore. Il avait même été interpellé devant le tribunal de Nantes dès la sortie d’un jugement, pour être rejugé dans la foulée. Et il arrivait à en rire. Il n’a jamais baissé les yeux face à la répression et était capable de prendre tous les risques pour des camarades en danger. Même pour ceux qu’il n’aimait pas. Il détestait la victimisation et le moralisme.

Oussama, c’était une voix, grave et puissante, qui portait loin. Il pouvait chanter a capella des dizaines de chansons de lutte qu’il connaissait par cœur ou qu’il avait composées. Improviser un discours sans micro devant des centaines de personnes. C’était un gouailleur qui n’hésitait pas à hausser le ton contre les cons. Il n’avait pas peur du conflit et n’hésitait jamais à affirmer haut et fort un désaccord, ni à dire ce que personne n’avait envie d’entendre. Y compris au sein des milieux militants. En décalage total avec la sensiblerie et les échanges toujours un peu plus policés de notre époque.

Oussama, c’était une présence. Une silhouette longiligne de quasiment 2 mètres, familière de la nuit nantaise. Habitué des comptoirs de bars, en tant que serveur et client. Parfois même les deux en même temps. En 2021, il avait créé un collectif de barmans contre le Pass sanitaire : «Contrôler n’est pas notre métier». Il avait sauvé la vie d’un inconnu lors d’une bagarre de rue. Il ne refusait jamais un verre et connaissait tous les établissements fréquentables. C’était un noctambule invétéré, avec qui on pouvait parler politique et histoire jusqu’à l’aube, et qui faisait encore la fête avec ses amis quelques heures avant de disparaître.

Oussama était un compagnon de route et un contributeur de Contre Attaque. Il était un peu de nous, nous étions un peu de lui. Il laisse déjà un grand vide. C’est un morceau de l’esprit du Nantes irréductible qui disparaît et qui va continuer de vivre dans nos mémoires et à travers nos luttes. Juste avant de nous quitter, il venait de créer une chaîne de vidéos intitulée «Zapping antifasciste» et il terminait l’écriture d’un petit manifeste qu’il concluait ainsi : «Si nous ne sommes pas capables de rêver à nouveau, notre futur ne sera fait que de cauchemars».


Un hommage lui sera rendu ce vendredi Premier Mai à Nantes, à l’issue de la manifestation, sur la Place du Bouffay. Cette journée de lutte internationaliste, c’était un peu sa fête, son rendez-vous annuel incontournable. Venez avec vos textes, vos pensées et vos apéros.


Image : Oussama lors d’un discours pour la manifestation antifasciste du 26 février dernier.

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